[HORS-FRONTIÈRES] Luxembourg, petit pays mais grand philanthrope

[HORS-FRONTIÈRES] Luxembourg, petit pays mais grand philanthrope
Membre fondateur de l’Union Européenne, le Grand Duché de Luxembourg est l’un des États les plus riches du monde. Avec un PIB nominal par habitant de 111 716 euros, il était normal que notre rubrique Hors-Frontières se penche sur l’état de la philanthropie dans ce petit pays d'Europe d’à peine 600 000 habitants.


 

 

Le Luxembourg et sa philanthropie, une histoire récente...

Si la création de la Fondation de France en 1969 ne marque pas le début de l'histoire de la philanthropie en France, il est certain qu’elle a agi comme un catalyseur. Du point de vue luxembourgeois, la création d’un organisme comparable, la Fondation de Luxembourg (FdL), est encore plus récente : décembre 2008. “Il y a eu un mouvement de création de fondations par les grandes familles de l’acier à la fin du XIXe/début du XXe siècle” nous dit Tonika Hirdman, Directrice Générale de la FdL, “mais malgré la loi de 1928 sur les associations et fondations, il y avait, au tournant des années 80/90, proportionnellement beaucoup moins de structures au Luxembourg qu’en France ou en Belgique”. Et Mme Hirdman d’ajouter “il y avait alors une approche collectiviste de la philanthropie et les sources de financement du progrès social étaient vues comme relevant davantage de l'Église ou de l'État.”

 

… mais une structuration rapide

Malgré ce retard initial, le sujet de la philanthropie est pris à bras le corps dans les années 1990-2000 avec, en 1994, une première loi qui modernise la législation existante. Si cette modification réglementaire entraîne un frémissement (20 créations de fondations recensées entre 1990 et 2000), c’est une décision au plus haut niveau de l’État qui va véritablement être déclencheuse. Dans son discours du 22 mai 2008 sur l’état de la nation, Jean-Claude Juncker dévoile une batterie de mesures : doublement des plafonds de déductibilité, création de la Fondation de Luxembourg et simplification des procédures d’autorisation. La création de la Fondation de Luxembourg va alors agir comme un catalyseur pour la philanthropie luxembourgeoise avec, à sa tête, Tonika Hirdmann.

 

Leadership et évangélisation

De nationalité suédoise, Mme Hirdman débute sa carrière comme diplomate avant de passer dans le secteur financier et notamment dans la mise en place d’une offre de fonds ISR (Investissements Socialement Responsables). Directrice durabilité et investissements responsables chez ABN Amro, elle est ensuite nommée Country Manager et responsable de la banque privée pour le Luxembourg. Elle prend en 2009 la tête de la Fondation de Luxembourg, alors nouvellement créée : “à l’époque, nous avons mené un gros travail de sensibilisation auprès des dirigeants des banques privées afin qu’elles intègrent mieux le conseil en philanthropie à leur offre”. Au-delà de l’abri de fondations, la FdL s’attaque donc rapidement à un véritable travail “d’évangélisation” avec une centaine de séminaires auprès de conseillers en gestion de patrimoine et des collaborations poussées avec une vingtaine de banques notamment actives dans la gestion des avoirs des fondations.

 

Un développement local et international

Et ce travail paie rapidement : de trois fondations abritées en 2009, la Fondation de Luxembourg va terminer l’année 2017 à 70 fondations sous égide. “47 % des fondations sont crées par des résidents luxembourgeois et 16 % par des Français, à égalité avec les ressortissants belges”. Et ce bien, que la déduction d’impôts soit plus avantageuse en France, le Luxembourg fonctionnant avec une réduction du revenu imposable.

En droite ligne avec l’histoire du pays et comme le montre le profil de sa directrice, la FdL revendique une ambition européenne et une expertise internationale. C’est dans ce cadre qu’elle s’est récemment fait reconnaître d’utilité publique par… l’État français. “Les traités européens reconnaissent les donations comme faisant parti du marché européen mais peu de pays ont retranscrit les directives dans leur législation nationale” indique Mme Hirdman. Mais pourquoi faire abriter sa fondation au Luxembourg ? “Nous avons une véritable expertise en finance et en droit international. De plus, le contexte politique et économique demeure très stable.

 

Des projets à faire grandir

Agissant la plupart du temps sur des longues durées (5 ans), la FdL distribue aujourd’hui entre 4 et 6 millions d’euros par an à des projets de toute tailles et de toutes localisation. “Nous sommes présents en France via nos soutiens au musée du Louvre et au château de Versailles et que dans le domaine de l’ESS (Ashoka, Entreprendre...)”. La FdL et les fondations qu’elle abrite sont également actives dans les domaines de la lutte contre la pauvreté et soutien au lien social, éducation, culture et diversité ainsi que la recherche et le changement climatique. Et Mme Hirdman de conclure: “à terme, nous voulons être reconnus comme le centre d’expertise sur la philanthropie à l’échelle européenne”. Si la philanthropie luxembourgeoise part de loin, son ADN européen en fait, à coup sûr, un acteur important des années à venir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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