[ENTRETIEN] Cécile Colonna d’Istria, dirigeante et fondatrice de PRODURABLE

[ENTRETIEN] Cécile Colonna d’Istria, dirigeante et fondatrice de PRODURABLE
Les 4 et 5 avril prochains se tiendra au Palais des Congrès la 11e édition du salon PRODURABLE. L’occasion d’évoquer sa création avec sa fondatrice, Cécile Colonna d’Istria. Après quinze années passées à organiser des salons professionnels, elle a décidé de monter le sien, dédié au développement durable, en 2008. Après avoir soufflé sa dixième bougie l'an dernier, PRODURABLE accueillera cette année pas moins de 6 500 visiteurs et 450 intervenants. L'occasion de faire le point sur l'évolution de l'engagement des entreprises en matière de développement durable.


 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

 

J’ai commencé à travailler très tard, à 33 ans. Je me suis mariée très jeune, et je suis partie vivre à l’étranger. À mon retour,  j’ai passé un diplôme de l’IFP (Institut Français de Presse) avec une spécialité en communication d’entreprise et sémiologie. J’avais envie de gagner ma vie, alors je suis entrée en 1993 chez Tarsus France, une société d’édition de guides professionnels. La société a ensuite grandi, et s’est spécialisée dans trois secteurs : l’édition de guides professionnels, la publication de magazines professionnels et l’organisation de salons. Très rapidement, j’ai pris en charge l’organisation d’un salon, c’est devenu mon expertise.

 

Comment est né PRODURABLE?

Je me suis passionnée pour le sujet. J’ai commencé à me documenter, puis j’ai monté un dossier et j’ai dit à mes patrons que je voulais monter un salon. À l’époque, nous avions été rachetés par un groupe anglais coté en bourse, et nous avions besoin de leur aval. Rien ne venait, donc j’ai démissionné. J’ai réuni quelques partenaires, un peu d’argent, et je me suis lancée. C’était un pari fou, mais je pense que dès le début, nous avions le bon positionnement B2B.

 

Avez-vous perçu de grandes phases de ralliement ?

 

En 2008, notre message était “Intégrez le développement durable au coeur de vos métiers”, et il a été très bien accueilli. C’était le début, tout le monde avait envie d’y croire. Puis il y a eu la crise, et l’élan s’est atténué de 2011 à 2013. Pendant ce temps, notre rôle était de continuer à former et informer. Nous voulions accompagner le passage de la stratégie à l’action, car j’étais convaincue que sans preuve de l’efficacité du modèle sur le plan économique, l’entreprise ne changerait pas. Au bout de quatre ou cinq ans, les gens ont compris que les achats durables avaient du sens. L’entreprise avait évoluée, on demandait désormais de rendre compte. Ça a permis d’éduquer, on parlait du dialogue avec les parties prenantes. Et le dernier grand virage date de 2015. La raison écologique a enfin rencontré la raison économique.

 

Pouvez-vous revenir sur le fil rouge de cette édition, “En premier lieu ne pas nuire, au-delà faire du bien”. S’inscrit-il dans une réflexion plus globale sur l’importance de l’intérêt général ?

 

Pendant les dix dernières années, nous avons exploré tous les champs de la responsabilité sociétale de l’entreprise. Faire en sorte de ne pas nuire, c’est la première grande exigence que l’on doit avoir d’une entreprise. Mais aujourd’hui, il faut aller plus loin. Un immense nouveau chapitre s’ouvre, celui qui va conduire à aller au-delà et à “faire du bien”. Nous sommes en plein dedans, avec la loi Pacte et le rapport Senard/Notat commandé par le gouvernement qui envisage d’étendre le statut de l’entreprise, de lui adjoindre une mission ou une raison d’être pour l’intérêt général

 

L’agro-alimentaire est à l'honneur pour cette édition.  Comment l’avez-vous déterminé ? Y-a-t-il concertation avec l’État (ie : le salon est organisé sous le haut patronage du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation) ?

 

Nous déterminons cela en fonction de l’actualité, des enjeux et de leur urgence. Pour cette édition, nous voulions faire écho aux États-Généraux de l’alimentation. C’est également un sujet qui touche tout le monde, et en France, il reste que deux grandes industries : l’agroalimentaire et l’aéronautique. Puis nous essayons d’innover, on ne peut pas parler tous les ans la même chose.

 

Vous passez de 77 à 130 conférences. Quid de ce changement d’échelle ?

 

Les deux dernières années ont été de très belles éditions. L’an dernier, j’ai commencé à oser, et le taux de fréquentation de l’évènement m’a donné raison. Nous avons donc un hall plus grand cette année, d’autres salles de conférences, et nous avons même monté un petit programme incubé par PRODURABLE, sur le travail du futur : NewWork. 

 

Quel regard portez-vous sur l’ESS aujourd’hui ? Quelles vont selon vous être ses évolutions majeures dans les prochaines années ?

 

S’il n’y avait pas d’abus, nous n’aurions pas besoin de besoin de parler de responsabilité sociétale et d’entreprise à mission. Ce qu’il reste surtout à faire, c’est établir une sorte de grande éthique et d’équité financière : les entreprises doivent toutes payer des impôts, l’évasion fiscale doit prendre fin. Nous sommes en bonne voie : aujourd’hui, on s’intéresse beaucoup plus à la consommation responsable et à l’engagement des marques, à leur responsabilité. D’ailleurs, de grandes marques intègrent ça dans leur stratégie. Ca n’existait pas il y a encore quelques années. Tout cela prouve que le développement durable et les démarches sociétales engagées sont des leviers vertueux et économiquement viables.

 

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