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[ENVIRONNEMENT] [MÉCÉNAT CULTUREL] Total au Louvre, un mécénat qui fait tache ?

[ENVIRONNEMENT] [MÉCÉNAT CULTUREL] Total au Louvre, un mécénat qui fait tache ?
Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tous, signe pour carenews.com une rubrique mensuelle. À travers des chroniques étudiant quelques cas d'études de mécénat culturel, Bernard Hasquenoph retrace l'historique des relations entre de grandes marques, souvent du luxe, et les institutions culturelles françaises. Croisant les problématiques de la philanthropie, du marketing, de l'image, du financement, du parrainage... ses récits sont au coeur d'une spécificité bien française, celle du mécénat culturel traditionnel, devenu nécessaire et omniprésent, parfois sans le dire, dans les musées, établissements publics, opéras, théâtres... Le Louvre a été récemment le théâtre d’une nouvelle action de militants écologistes contre le mécénat de Total. Retour sur une bataille d’image.


 

Le Louvre est un musée écoresponsable. Pour preuve, il modifie son éclairage pour des diodes électroluminescentes. Avec un double avantage. « Les LED vont diviser par quatre notre consommation d’électricité et nous faire économiser 36 000 euros par an » annonçait sa directrice technique en 2011, au lancement des travaux financés par l’entreprise Toshiba. Un projet, disait-elle, qui « incarne le choix du musée du Louvre d’intégrer les préoccupations écologiques ». En la matière, le premier musée de France est bon élève. Signataire de plusieurs chartes dont Paris Action Climat, il est engagé dans une démarche de responsabilité globale (RSO). Conscient de son « devoir d’exemplarité » qui « vaut également en ce qui concerne [son] emprise sur l’environnement et la société », le Louvre vise à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Non sans contradiction quand il décide d’externaliser ses réserves à 200 km de Paris, ce qui va multiplier les déplacements d’œuvres et de personnes, à l’opposé de ce que préconisent ses bilans carbone. Mais ce n’est rien à côté de ce que lui reprochent les militants de la cause climatique qui, depuis janvier 2017, lui demandent de mettre fin à son partenariat de 20 ans avec Total. Un mécénat qui fait tache selon eux quand, dossier de l’ONG 350.org à l'appui, ils accusent de duplicité le groupe pétrolier qui ambitionne « de devenir la major de l’énergie responsable ». Malgré des « inflexions symboliques », les militants estiment que sa « stratégie reste axée sur la poursuite et l’intensification de l’exploitation du pétrole et du gaz », alimentant la menace d’un « chaos climatique ».

Dommage car Total promeut, à travers sa fondation, « un engagement citoyen » planétaire. C’est justement à la suite du Sommet de la Terre de Rio, étape cruciale dans la lutte contre le changement climatique, qu’elle s’est créée en 1992, injectant 24 millions d’euros en 15 ans pour la protection de l’environnement, particulièrement la biodiversité marine. Pour ensuite s’ouvrir aux domaines de la santé, de la solidarité et de la culture, jusqu’à intervenir dans plus de 50 pays, avec toujours plus de moyens. Forte d’un budget de 25 millions d’euros, la Fondation Total devient cette année la plus dotée de France. Premier mécène de la Fondation du Patrimoine, elle finance de multiples chantiers de restauration et de réinsertion, axés sur le patrimoine industriel et artisanal. Question musées, outre le Louvre, le musée du Quai Branly - Jacques Chirac et l’Institut du monde arabe ont ses faveurs. Au nom du « dialogue des cultures ». Ou de ses intérêts bien sentis car la plupart des expositions soutenues sont « celles qui valorisent la richesse culturelle des pays hôtes du Groupe », comme elle l’indique elle-même. C’est encore le cas pour l’exposition-évènement du Louvre à Téhéran qui, révèle le magazine du Monde, a bien eu du mal à attirer les mécènes : « Finalement, ce sont les fondations de Total et Renault, à l’affût de l’ouverture du marché iranien, qui ont répondu présent. »

Semblant moins au service de l’intérêt général, définition du mécénat, que du sien propre, il est tentant d’accuser Total d’écoblanchiment. Pas loin de ce que dit le quotidien économique Les Échos, peu suspect d’hostilité : « Le mécénat valorise ainsi l'image institutionnelle de Total et la respectabilité d'un groupe régulièrement dans le collimateur des associations de défense de l'environnement ». C’est d’ailleurs dans les années 2000, plombé par les affaires Erika et AZF, que Total fit son premier geste spectaculaire pour le Louvre, en finançant la restauration de la galerie d’Apollon. Les militants savent que tout se joue sur l’image. C’est pourquoi ils mènent des performances dans le musée, pacifiques et inattaquables juridiquement, s’inspirant des flashmob theater de la coalition britannique Art Not Oil qui a réussi à chasser BP de la Tate. À Paris, c’est le happening le plus simple qui aura eu le plus d’écho. Le 12 mars 2018, habillée de noir, une dizaine de personnes s’allongeait devant Le Radeau de la Méduse de Géricault, lui donnant une nouvelle dimension politique. Le Louvre résiste, insistant sur le « soutien financier décisif » de Total à ses activités sociales, mais jusqu’à quand ? Sa charte éthique prévoit de dire non à un partenaire dans le cas où « une association d’image avec lui puisse être préjudiciable à l’image du musée ». C’est arrivé. Sous la pression, le Louvre a cessé d’accueillir le gala annuel du salon de l'armement Eurosatory et a renoncé à la générosité de l’industrie du tabac…

 

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