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[HORS-FRONTIÈRES] La philanthropie polonaise en plein essor

[HORS-FRONTIÈRES] La philanthropie polonaise en plein essor
Entrée dans l’Union européenne en 2004, la Pologne est alors le plus important des nouveaux entrants par la taille (312 000km2) et la population (38 millions d’habitants). Avec des fondations créées dès le 17e siècle et une histoire de philanthropie très riche, le pays voit sa générosité se développer très rapidement. Mais derrière les dons et les mécanismes de déduction fiscale, quelle est la réalité du complexe philanthropique polonais ?


 

70 % de donateurs et un mécanisme d’allocation d’impôt

Avec un PIB par habitant de 12 372 dollars, la Pologne est l’un des pays les moins bien notés d’Europe dans ce domaine. Ce chiffre ne doit cependant pas occulter le fait que le pays est l’un des plus dynamiques économiquement parlant (+4,2 % de PIB en 2017, à comparer à 2,3 % pour le reste de l’Union européenne). Et les Polonais sont 70 % (23 millions) à faire des dons ! Ce pourcentage extrêmement élevé classe la Pologne en deuxième position (derrière les Pays-Bas et ex aequo avec la Suisse) des pays investigués par l’étude An overview of philanthropy in Europe par l’Observatoire de la Fondation de France et du CerPhi. Un peu comme dans le modèle allemand, il existe depuis 2004 en Pologne un mécanisme permettant d’allouer une partie de ses impôts (1 %) à une organisation agréée par la justice. Les partis politiques, les organisations professionnelles (syndicats…) et les fondations créées par les partis politiques ne peuvent recevoir d’argent par ce biais. Et, pour conserver son statut, plusieurs déclarations sont obligatoires chaque année comme la publicité des comptes, des traitements… Le contribuable peut choisir de ne pas réaliser de don, mais 13 millions de Polonais utilisent cette possibilité : 660 millions de zlotys (+/- 158 millions d’euros) ont ainsi été collectés par ce biais en 2016.

 

18 135 fondations, soit 15 % des fondations européennes

Vous avez bien lu ! Un pays sorti de l’URSS il y a 30 ans et où l’ensemble des biens des fondations avaient été nationalisés par décret en 1952 compte plus de fondations que la France, la Belgique et l’Italie réunis ! 15 % des fondations européennes seraient ainsi hébergées en Pologne (3 % pour la France). Il faut dire que la figure de la fondation est relativement ancienne dans le pays et il apparaît qu’au 17e siècle, l’Université de Cracovie en “abritait” une douzaine. Dans son rapport sur le sujet, Jan Jakub Wygnansky en compte 3 000 dans l’entre-deux-guerres, dont certaines, comme la Kociuszko Foundation (1925) et la Potocki Foundation (1934) sont toujours actives. À noter que 85 % des fondations existantes ont été créées par des donateurs privés et qu’elles totalisent 1,444 million d’euros d’actifs (21 890 millions d’euros en France). D’après le sondage de référence mené par l’association Klon/Jawor, les fondations polonaises sont principalement actives dans 4 secteurs : l’éducation (24,8 %), la culture (17,5 %), la santé (13,6 %) et les “services sociaux” (12,3 %).

 

Avec 200 fondations, un engagement des entreprises encore à construire

Il existe en Pologne 200 fondations créées par des entreprises et, pour la moitié d’entre elles, le budget annuel n’excède pas 175 000 euros. Si seulement 10 % des fondations d’entreprises ont un budget annuel supérieur à 1 200 000 d’euros, elles sont en revanche, deux tiers d’entre elles à organiser l'engagement des employés, y compris par le bénévolat. Enfin, il convient d’indiquer que plusieurs d’entre elles sont d’inspiration étrangère : les financeurs du rapport 2017 sur le sujet étant la Orange Fundacja et CitiGroup en Pologne.

 

Une renaissance américaine, un secteur à consolider

Si la Pologne est donc historiquement un pays de fondations et de philanthropie, il faut bien avouer que les graines de la reconstruction du complexe philanthropique polonais ont été américaines : une “Académie pour le développement de la philanthropie” est lancée dès 1988 par l’USAID, l’agence de coopération américaine. Le Trust for Civil Society in Central and Eastern Europe (un regroupement des plus importantes fondations américaines) a également été actif dans le relèvement et le développement du secteur. Si les chiffres cités ci-devant sont impressionnants et que les fondamentaux pour le développement de la philanthropie semblent présents, le secteur reste sujet à plusieurs challenges.

 

Derrière les chiffres, des réalités en trompe-l’oeil

Si le nombre de fondations est important, c’est en partie parce que la création d’une fondation est extrêmement simple et qu’aucune mise de fonds minimale n’est requise. Comme le souligne Jan Jakub Wygnansky, “la dynamique actuelle ne peut pas être attribuée à la croissance d’une attitude philanthropique, mais plutôt à l’augmentation des besoins à la disponibilité accrue de financement (principalement public)”. Ainsi, les fondations polonaises distribuent, en moyenne, moins de 40 000 euros par an et 80 % d’entre elles ne constituent pas de dotation. De même, si 70 % des Polonais se déclarent donateurs, ils ne sont que 28 % à donner au-delà du dispositif légal expliquait Agnieszka Sawczuk en 2011 à Philanthropy Impact. Il existe pourtant une incitation fiscale : les dons sont retranchables de l’assiette d’imposition jusqu’à 6 % pour les individus et 10 % pour les entreprises.

 

Menaces sur les dons, un secteur mobilisé

S’il connaît un développement important, des besoins de structuration semblent néanmoins caractériser un secteur philanthropique polonais parmi les plus dynamiques d’Europe. Ce dynamisme s’illustre également par la mobilisation du secteur qui a plusieurs fois fait reculer le gouvernement sur des sujets comme la taxation des subventions allouées par les fondations. Mais le combat continue : une loi veut permettre aux agents de l’État de décider du caractère d’intérêt général d’une fondation. Le secteur philanthropique continue sa mobilisation.



 

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