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[ENTRETIEN] Félix de Monts, fondateur et CEO de Vendredi

[ENTRETIEN] Félix de Monts, fondateur et CEO de Vendredi
À seulement 26 ans, Félix de Monts est à la tête de Vendredi, une start-up sociale proposant aux salariés à toutes les étapes de leur vie professionnelle, du stage à la fin de carrière, de s’engager pour des missions sociétales auprès d’associations ou d’entreprises sociales. Fondée en 2014, la start-up oeuvre aujourd’hui auprès de plus de 100 partenaires associatifs, parmi lesquels Télémaque, Simplon.co, Mozaïk RH mais aussi de plus petites structures. Les salariés de près d’une trentaine d’entreprises profitent également de ses services. Le temps d’un entretien, Félix de Monts partage son regard sur le secteur et l’avenir du mécénat de compétences dans l’Hexagone.


 

 

Quel est votre parcours ?

 

J’ai toujours été passionné par l’intérêt général sous ses différentes facettes. Durant mes études pluridisciplinaires, entre SciencesPo et l’Université Pierre et Marie Curie, j’ai pris goût à faire se rencontrer des univers différents. C’est durant ces études que je me suis engagé. Après une expérience de bénévolat en Afrique, dans une association montée par une amie de mes parents, j’ai décidé de proposer un nouveau modèle d’engagement. J’ai tout d’abord permis à neuf jeunes d’aller faire des stages partagés entre cette association, Educ’Actions pour l’Afrique, et deux petites entreprises locales à Yaoundé, au Cameroun. De là est né le concept de “stages partagés”, d’abord sous le nom de Stagiaires Sans Frontières, qui est ensuite devenu Vendredi. Nous avons ensuite importé ce concept en France, avant de le proposer également aux salariés. J’occupe aujourd’hui le rôle de directeur général, un équivalent de CEO, de l’association qui est constituée d’une équipe de 11 personnes.

 

Pouvez-vous détailler le concept de “Vendredi” ?

 

Vendredi permet à chacun d’offrir ses compétences pour des associations ou des start-up sociales sur son temps de travail, à raison d’un ou plusieurs jours par semaine ou par mois. Cela concerne aussi bien des salariés en fin de carrière qui veulent faire une transition douce, que des stagiaires ou des salariés de 30 ou 40 ans. Nous agissons à quatre niveaux : nous aidons les entreprises comme les associations à concevoir les dispositifs d’engagement (quel public pour répondre à quels enjeux), nous les aidons à animer ces programmes (comment communiquer en interne dans l’entreprise, comment mettre en place des outils technologiques simples), nous sommes opérateurs des expériences (échange avec les salariés, formation aux bonnes pratiques), et enfin, nous offrons des outils technologiques afin de simplifier chaque étape clé (accès à des missions, mise en relation, aspects juridiques…).  Si le mécénat de compétences ne se développe pas, c’est avant tout car les citoyens ignorent qu’il existe. Nous sommes donc là en partie pour participer à cette evangélisation. Chez Vendredi, nous pensons que le modèle de travail actuel est à bout de souffle. On passe 80 000 heures à travailler dans nos vies. On pense qu’au moins deux millions de salariés pourraient s’engager chaque mois. Comment réenchanter le travail ? C’est là notre ambition : développer l’engagement tout au long de la carrière.

 

Quand s’est opéré chez vous le déclic de l’intérêt général ?

 

J’ai toujours eu la volonté d’être utile. Lors de mes études à SciencesPo, je me posais de nombreuses questions. Je trouvais la fonction publique ankylosée, le business pur pas pleinement aligné avec des convictions personnelles... Alors j’ai lancé ce projet, qui a trouvé un certain écho, et j’ai réfléchi : quel est le sens du travail pour mon entourage, à toutes les échelles de la vie professionnelle ? Mon engagement s’est nourri, j’ai participé à Ticket for Change, qui m’a permis de découvrir des projets comme Emmaüs Défi ou Passeport Avenir (devenu Article 1).  J’ai compris qu’il y avait du temps pour ça, et qu’il pouvait être réalloué.

 

Quels sont selon vous les défis actuels du mécénat de compétences ?

 

C’est un sujet qui aujourd’hui est tout à fait dans l’air du temps, il y a une vraie prise de conscience impulsée à la fois par les salariés qui veulent s’engager, les fondations et les équipes RSE, qui commencent à le voir comme une vraie solution. Les directions RH doivent s’impliquer davantage, mais la bonne nouvelle, c’est qu’elles sont attentives et curieuses. On observe aujourd’hui deux grandes tendances : le développement du mécénat de compétences de courte durée à plus grande échelle (trois à six jours par an), et l’engagement pour accompagner la fin de carrière. Le premier croît fortement et se pose la question de la digitalisation, mais son véritable enjeu, c’est de trouver des formats d’engagement malins sans monter des usines à gaz pour que les personnes qui s’engagent soient efficaces. En ce qui concerne le second, de nombreuses entreprises y réfléchissent et doivent être accompagnées pour concevoir et lancer des pilotes. Celles qui sont en avance doivent quant à elles répondre à des enjeux d’outillage numérique pour le rendre accessible au plus grand nombre et favoriser l’essaimage. En prenant plus de hauteur, il y a également un travail immense à faire sur les engagements tout au long de la carrière. Il y a très forte envie individuelle et une volonté de cohérence entre nos choix de citoyen, consommateur et travailleur, et c’est une excellente nouvelle. Mais en parallèle il y a une profonde transformation du travail avec le numérique et l’apparition des cultures de « digital nomade ». En d’autres termes, les salariés sont prêts pour ce nouveau modèle de carrière hybride et citoyenne, mais le développement du modèle tout au long de la carrière reste très contraint car les organisations ne sont pas encore culturellement assez souples, notamment au niveau des directions. Bref, il y a encore du chemin à parcourir !

 

Concernant le secteur justement, quel regard portez-vous sur son évolution ?

 

Le don est de plus en plus orienté vers l’impact. La philanthropie essaye de se rapprocher des enjeux business des entreprises. Il y a une vraie évolution de fond sur les porosités avec développement du social business. Il faut trouver un équilibre entre ce qui relève de l’impact social et du business. Les gens qui entreprennent aujourd’hui cherchent à résoudre des problèmes de société, les associations doivent trouver des modèles économiques propres qui ne reposent pas sur le don. Quant au mécénat de compétences, les entreprises qui se lancent doivent trouver leur format d’engagement à choisir et concevoir le dispositif, tandis que celles qui ont le plus de maturité doivent s’équiper et s’équiper pour changer d’échelle.

 

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