[HORS-FRONTIÈRES] Mecenazgo y philanthropia : l’Espagne s’ouvre à l’engagement

[HORS-FRONTIÈRES] Mecenazgo y philanthropia : l’Espagne s’ouvre à l’engagement
Alors qu’elle n’est une démocratie que depuis 1976 et qu’elle n’est membre de l’UE que depuis 1986, l’Espagne a connu un développement important. Avec 14 000 fondations distribuant chaque année 8,5 milliards d’euros, elle est en effet un acteur dynamique du complexe philanthropique européen.


 

 

 

 

Suppression, fonctionnement complexe, investissements obligatoires. Des débuts difficiles…

 

Pour bien comprendre le développement de la philanthropie espagnole, il faut garder à l’esprit que les premières occurrences de soutien aux arts et aux indigents sont intimement liées à la monarchie et donc à l’Église catholique. Par-delà ces racines, le contexte des 19e et 20e siècles a pesé négativement sur le développement des fondations. En effet, elles sont d’abord supprimées dans leur majorité durant les troubles des années 1820, puis une loi de 1849 les autorise, mais avec des conditions d’exercice tellement restrictives qu’elles ne peuvent fonctionner sur le long-terme. Si le retour d’émigrants ayant fait fortune en Amérique latine relance la machine à la fin du 19e siècle, l’espoir est de courte durée. Non seulement cette philanthropie séculière est minoritaire, mais elle est vite encadrée par une loi de 1912 qui aura cours jusqu’en 1994 : à part les bâtiments nécessaires à leur activité, les fondations ne peuvent investir que dans des obligations de l’État...

 

Sous Franco, les “entités singulières” et la philanthropie des familles

 

De 1939 à 1975, la dictature de France va, paradoxalement, voir les premières actions d’institutionnalisation du secteur.  En premier lieu, 5 associations atteignent une taille critique au sein d’un secteur fragmenté et principalement composé de petites et moyennes structures. La Croix Rouge, la ONCE (fondation des personnes aveugles), Cáritas Española (fondation de l’Église Catholique), Manos Unidas (fondation catholique pour la coopération internationale) et l’association espagnole contre le cancer vont développer une relation privilégiée avec les gouvernements espagnols successifs jusqu’à aujourd’hui. Le second axe de progression de la philanthropie espagnole va intervenir avec les balbutiements de la philanthropie familiale et la création de fondations personnelles bien dotées. Afin d’échapper au contrôle de l’État, leur créateur conférait au conseil d’administration tout pouvoir sur la gestion des actifs, leur évitant de tomber sous le coup de la loi de 1912. L’arrivée de la démocratie va ensuite aider à déverrouiller le secteur.

 

Plus de 14 000 fondations espagnoles, des entreprises et des acteurs publics engagés

 

L’Espagne est l’un des pays les plus dynamiques du continent européen: 12 900 fondations auxquelles il faut ajouter les 1 100 organisées sous un régime de droit canon et affiliées à l'Église catholique. L’association nationale de référence compte près de 800 membres ce qui en fait la plus importante d’Europe après son homologue allemande. L’essor des fondations espagnoles est en partie attribuable au dynamisme du secteur privé avec 16 % des fondations espagnoles issues du monde de l’entreprise (contre 25 % en France et 1 % en Belgique) et à celui des acteurs publics, notamment des entités locales (35 % des fondateurs). Avec des ressources à 80 % privées, l’implantation de ce nouveau type d’acteur dans le paysage semble réussie.

Ces chiffres ne doivent cependant pas occulter une taille moyenne modeste avec deux tiers des fondations ayant moins de 500 000 euros de revenus par an (3 % au-dessus de 10 millions). 75 % sont opératrices (vs distributrices) et elles sont principalement actives dans 3 domaines : la culture (46 %), la recherche (36 %) et les services sociaux (35 %). À noter que les fondations espagnoles possèdent des actifs comparables en valeur à leurs homologues françaises (23,9 milliards vs 21,8 milliards) quoique leur répartition soit très inégale: 54 % des fondations ont plus du minimum légal d’actifs (30 000 euros).

 

Mais 20 % de donateurs et une société encore à convaincre

 

Aux antipodes de ce dynamisme institutionnel, le comportement des individus interpelle: seuls 19 % des Espagnols effectuent des dons, un chiffre parmi les plus bas d’Europe et qui s’explique vraisemblablement en partie par une confiance basse dans les associations (33 % d’opinions positives) et une réduction d’impôt limitée à 25 % du montant donné. Ce chiffre ne prend toutefois pas en compte les Espagnols qui souscrivent au “X solidaire”: il est possible de donner 0,7 % de la somme due au titre des impôts à l’Église catholique et/ou à un organisme en cochant la case dédiée de sa déclaration (d’où le X). Ce mécanisme est choisi par plus de 10 millions de déclarants et a représenté, en 2016, près de 300 millions d’euros distribués aux organismes “à fins sociales”. Cependant, l’opinion publique reste encore à convaincre. En témoigne la récente mésaventure du fondateur de Zara lequel a vu des dons refusés et a déclenché une polémique nationale à l’annonce d’un plan de lutte contre le cancer de 320 millions de dollars.  

 

Le contexte historique et un réseau d’associations relativement peu développé expliquent vraisemblablement l’essor rapide des fondations espagnoles. En effet, celles-ci se sont rapidement imposées comme le principal vecteur de l’engagement des personnes physiques et morales. Cependant, le secteur philanthropique espagnol se développe, peut-être, trop vite pour certains.

 

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