Réinsertion : un centre pénitentiaire fait participer des détenus aux vendanges

Réinsertion : un centre pénitentiaire fait participer des détenus aux vendanges
En Bourgogne, le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, 470 détenus dont un quartier mineur, joue à fond la carte de la réinsertion. Trois détenus ont récemment participé aux vendanges dans le domaine de Vincent Dureuil, sous la surveillance du personnel de la prison. C’est d’abord “une histoire d’amitié entre trois copains”, commente Steve, l’un des investigateurs du projet, surveillant et ami du viticulteur. Mais aussi l’opportunité pour les détenus d'échapper à leur quotidien carcéral et de renouer avec “l’extérieur”. Aussitôt soutenue par Franca Annani, la directrice de la prison, et le juge d’application des peines, cette mission de réinsertion s’inscrit dans le cadre d’un projet initié en 2013 par l’établissement visant à repenser la profession de surveillant et à développer des alternatives pour moderniser l’administration pénitentiaire.


 

Des alternatives pour accompagner les détenus vers la réinsertion

 

Quand l’hiver dernier, Steve, Hervé et David, habitués des vendanges au domaine de Vincent Dureuil et collègues du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, sont venus lui présenter son projet, Franca Annani n’a pas hésité. “Il faut que les prisons s’ouvrent, il faut les inscrire sur le territoire à travers des projets d’insertion et que la société civile connaisse la population carcérale”, nous explique-t-elle. Quelques jours après la fin de l’expérience, tous les compteurs sont au vert. “Tout s’est super bien passé, raconte Steve. Les trois détenus ont fait un excellent travail et se sont parfaitement intégrés. Après concertation avec Mme Annani et le juge d’application des peines, on a même décidé de prolonger l’expérience à une deuxième semaine !”. Payés 550 euros pour neuf jours de travail, les détenus – tous condamnés à de courtes peines courant jusqu’à un an – ont accédé en réalité à bien plus qu’un salaire correct : des responsabilités, une ouverture sur le monde extérieur mais surtout une porte d’entrée vers la réinsertion. Ils ne sont pas les seuls à bénéficier de l’initiative. “Les surveillants souffrent souvent de l’image qu’on a d’eux. Il y a une vraie méconnaissance du milieu carcéral, assimilé aux prisons américaines, déplore la cheffe d’établissement. Ce genre de projet permet de valoriser leur profession.” La preuve, Steve se dit aujourd’hui prêt à renouveler l’expérience, et a en déjà tiré les premiers enseignements. “Nous allons en discuter, pour ajuster et faire évoluer le projet”, tient-il à préciser, aussi prudent et qu’investi. Il devrait à nouveau trouver une oreille attentive auprès de sa directrice, qui non seulement n’exclut pas de reconduire l’opération, mais envisage également d’aller plus loin avec des “programmes applicables sur des peines un peu plus importantes”.

 

Moderniser la profession de surveillant et penser la justice du XXIe siècle

 

Depuis 2013, le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand multiplie les expérimentations pour moderniser le métier de surveillant et lui donner une place dans le parcours de détention, mais aussi optimiser la prise en charge des personnes détenues. “Les surveillants participent aux commissions d’applications des peines, peuvent présenter des projets de réinsertion, organisent leur propre service en équipe...”, détaille Franca Annani. Après cinq ans d’expériences, les premiers résultats sont encourageants : les agressions ont diminué, et l’établissement affiche un taux d’absentéisme particulièrement bas chez les surveillants, d’1,8 %. Les dispositifs sont multiples et souvent complémentaires : des sorties “cultuelles” sont organisées puis évaluées par les surveillants, des partenariats sont montés avec l’extérieur. En janvier dernier, le chef pâtissier Philippe Conticini avait notamment animé un atelier, là encore sur l’invitation d’une surveillante. Conquis par l’expérience, il est revenu cet été assister à la remise des diplômes de cinq détenus ayant obtenus leur CAP cuisine. “Ce sont des expériences, mais j’irais plus loin, ce sont des programmes d’action qui vont se pérenniser, assure la directrice de la prison. Je suis convaincue que la prison doit s’ouvrir vers le monde extérieur.” En marche vers une justice du XXIe siècle, Franca Annani est convaincue de ne pas faire cavalier seul. “Dans tous les établissements, on est porteurs de projets, d’innovations, de manière générale assez peu mis en lumière par les médias, assène-t-elle. Si nous pouvons nourrir la réflexion, je veux bien continuer à être le laboratoire d’idées, d’autant que plus ce genre d’expérimentations est plus difficile à monter dans de plus grosses structures. Il faut montrer qu’il y a d’autres méthodes et moderniser l’administration pénitentiaire. La prévention à la récidive est une responsabilité collective.”

 

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