[ÉCLAIRAGE] Entreprises cotées : vers un modèle "contributif" ?

[ÉCLAIRAGE] Entreprises cotées : vers un modèle "contributif" ?
Danone, Total, Carrefour, L’Oréal, Renault… Les entreprises cotées du SBF 120 intègrent-elles les défis environnementaux et sociaux dans leur modèle économique, et si oui, comment ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre l’étude menée par Sparknews et le think tank Prophil, en partenariat avec le cabinet de conseil en transition Wavestone et le journal Les Échos. Le document met en lumière les grandes tendances à l’œuvre dans les entreprises du SBF 120 pour passer d’un modèle traditionnel à un modèle dit “contributif”, générateur d’externalités positives.


 


 

Les grandes entreprises françaises à l’étude

 

Depuis quelques années, les entreprises du SBF 120 (indice qui regroupe CAC 40, CAC Next 20 et CAC Mid 60), soumises à la pression de toutes leurs parties prenantes (clients, société civile, fournisseurs, législateur et actionnaires), ont acté la nécessité de mettre en place de nouveaux modèles de performance, basés non plus uniquement sur le profit mais sur un ensemble de critères environnementaux, sociaux et sociétaux, le fameux “impact social”. Pour autant, cette prise de conscience est-elle remontée jusqu’aux pôles exécutifs et décisionnels des grands groupes et s’est-elle concrétisée en interne ?

 

Sparknews et Prophil se sont emparés de la question avec le soutien d’un panel d’experts indépendants, pour mesurer tant les freins que les moteurs de ces entreprises dans leur transition vers un modèle "contributif", c’est-à-dire un modèle qui produirait des externalités positives sur toute la chaîne de production et sur son écosystème. Pour Philippe Mirmand, partner chez Wavestone, “Rares sont les entreprises qui ont réellement franchi un nouveau cap en modifiant profondément leur modèle économique pour mieux respecter les valeurs qu’elles souhaitent défendre et incarner. Les entreprises, comme les individus, notamment les nouvelles générations, sont en effet pourtant de plus en plus en quête de sens et ambitionnent d’avoir un impact positif sur le monde dans lequel ils évoluent”.


 

Des petits pas plutôt qu’un grand bouleversement

 

L’étude montre en effet que, malgré une certaine “bonne volonté”, les grandes entreprises françaises sont réticentes à un changement radical ou restent bloquées par des contraintes internes et externes. En conséquence, la “stratégie des petits pas” demeure privilégiée. L’étude souligne les difficultés rencontrées par ces entreprises pour dépasser la simple gestion des externalités négatives et aller vers la production d’externalités positives, véritablement “contributives” au bien commun : seules 30 % des entreprises interrogées déclarent avoir “renoncé à des produits ou à des activités au regard de leur impact ESG/RSE”.

 

Le passage d’un modèle responsable à un modèle véritablement “contributif” soulève de nombreux défis, si bien qu’aucune entreprise n’a véritablement enclenché de transformation organisationnelle interne profonde en ce sens, et beaucoup préfèrent les procédés “test & learn” à petite échelle. Par ailleurs, il est rare que les entreprises aient défini une stratégie claire, quantifiée et transparente envers leurs parties prenantes, d’autant que le dialogue actionnarial ne progresse que très lentement : à la question “Nombre de résolutions dédiées aux sujets ESG en AG?”, seules 19 % des entreprises se sont prononcées.

 

Réelle bonne volonté ou “mission washing” ?

 

Les entreprises interrogées font néanmoins état d’une prise de conscience, certes d’ampleur variable, quant aux enjeux sociétaux et de l’urgence environnementale : elles sont 60 % à déclarer avoir défini une trajectoire carbone cohérente avec les scénarios du GIEC, et certaines d’entre elles mentionnent explicitement les Objectifs de Développement Durable (ODD) dans leur stratégie. 52 % des entreprises du SBF 120 déclarent par ailleurs publier des informations ESG (Environnement, Social et Gouvernance) détaillées, au-delà du reporting imposé par la loi.

 

Par ailleurs, beaucoup des entreprises du SBF 120 ont témoigné à travers cette enquête, de leur volonté d’interroger ou de réinterroger leur “raison d’être”, à la faveur de la loi Pacte qui doit prochainement introduire cette notion à l’article 1835 du Code civil pour permettre aux entreprises qui le souhaitent d’adopter le statut d’“entreprise à mission”. “On note dans les entreprises de nombreuses initiatives positives portées par des individus, mais ces actions doivent encore trouver leur colonne vertébrale pour constituer une véritable force de transformation”, affirme Sandra de Bailliencourt, directrice générale de Sparknews. “Gageons que les travaux menés autour de la raison d'être de l'entreprise constituent ce point d'ancrage et que les gouvernances aient le courage de ré-interroger en profondeur leur modèle économique”.

 

Mais pour la majorité des entreprises interrogées, cette affirmation consiste davantage en une “profession de foi” qu’en une mise en œuvre concrète. À ce titre, l’étude pointe du doigt les dangers du “mission washing” et de la stratégie dite “du guépard” (tout changer pour que rien ne change), des opérations de communication et de marketing ou de simples déclarations d’intention qui tendent à masquer l’absence de changements opérationnels significatifs. Comme le souligne l’étude, ces stratégies de contournement risquent de “nourrir la défiance, voire la fatigue” des parties prenantes de l’entreprise.

 

Consulter l'intégralité de l'étude Sparknews/Prophil, Les nouveaux modèles de performance : enquête sur l'entreprise contributive auprès des dirigeants du SBF 120

 

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