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[ENTRETIEN] Fabienne Morgaut, directrice RSE et Fondation Maisons du Monde

[ENTRETIEN] Fabienne Morgaut, directrice RSE et Fondation Maisons du Monde
Depuis près de dix ans, Fabienne Morgaut pilote la stratégie d’engagement environnemental de Maisons du Monde. C’est sous son impulsion que la fondation du groupe a vu le jour en 2015, scellant l’engagement du groupe pour la protection des forêts. Soucieuse d’apporter sécurité et flexibilité aux projets qu’elle soutient, elle s’engage sur des périodes de trois ans, et encourage les modèles duplicables. Pour Carenews, elle revient sur son parcours au sein de Maisons du Monde et détaille le fonctionnement des différents pôles philanthropiques du groupe.


 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

 

J’ai commencé dans le secteur associatif aux débuts de la certification forestière, mais côté producteurs, avec les industriels. Cette expérience m’a donné l’occasion de voyager en Afrique et en Asie. Puis j’ai rejoint l’association Orée, pour laquelle j’ai notamment animé un groupe de travail sur l’écoconception. J’ai ensuite eu une belle rencontre avec Xavier Marie, le fondateur de Maisons du Monde, qui m’a demandé de monter le service “Développement Durable” autour de deux problématiques : le travail sur les produits forestiers et l’écoconception. En 2010, j’ai commencé à travailler sur la traçabilité, le sourcing des meubles et le bilan carbone, puis à structurer la politique du mécénat.


 

Vous avez créé la fondation alors que vous étiez directrice RSE, un schéma assez peu classique. Pourquoi ce besoin ?

 

Maisons du Monde soutenait depuis 2006 des ONG “de cœur” comme SOS Villages d’Enfants ou L’Homme et l’Environnement. Pour les financer, le fondateur du groupe avait commencé à commercialiser des huiles essentielles dans les magasins mais ça ne marchait pas : les clients n’avaient pas l’habitude, on ne savait pas packager… Dès mon arrivée, j’ai eu envie de monter la fondation, mais ça a pris du temps. Dans un premier temps, nous avons co-créé une association dédiée à la préservation de la biodiversité dans les pays du Sud, Man & Nature, en binôme avec le fondateur de L’Homme et l’Environnement. Cela a affiné notre expertise sur les projets associatif et leurs financement, car durant cinq ans, nous étions administrateurs de la structure. En 2011, nous avons sondé les collaborateurs sur nos actions de développement durable et ils ont émis le désir d’en savoir plus sur nos partenariats. Nous avons donc créé le programme Congé Solidaire (rebaptisé Solidari’Trip cette année), avec lequel je suis partie en 2011 à Madagascar. En 2013 nous avons rejoint le mouvement 1 % for the Planet (une communauté d’entreprises agissant pour la planète, en reversant 1 % de leur chiffre d’affaire à des associations, ndlr) afin de marquer notre engagement en faveur de l’environnement, la suite logique était de clarifier nos axes de mécénat avec une structure chapeau, lisible à la fois pour nos collaborateurs et nos clients. Avant son départ, Xavier Marie a choisi de sanctuariser des fonds pour une fondation, destinée à poursuivre notre engagement sur les forêts en intégrant un axe beaucoup plus social.

 

Quelles sont les principales actions de la Fondation Maisons du Monde ?

 

Elle a trois piliers : la préservation des forêts dans les pays du Sud, qui mobilise environ les deux tiers de nos fonds. Nous finançons des projets de niche en choisissant des associations localement implantées pour favoriser l’appropriation, le transfert de compétences, l’impact. Ce sont des projets holistiques, qui couvrent à la fois les champs de la reforestation, de l’éducation à l’environnement, la place des femmes, la sensibilisation des populations… Les philanthropes doivent avoir conscience des besoins du terrain : les associations ont besoin de partenaires solides et pluriannuels. Ensuite, nous travaillons sur la revalorisation du bois. Nous avons des projets d’insertion avec un fort axe social. Là, nous recherchons un fort potentiel d’innovation et un travail sur un public spécifique comme celui du foyer Notre-Dame des sans-abri avec “Le mobilier de 2mains”, qui propose une formation qualifiante sur la réparation de meubles auprès de personnes en insertion professionnelle. Le projet a été testé à Lyon, chez Emmaüs Défi à Paris et est maintenant duplicable. Enfin, nous cherchons à mobiliser pour l’environnement : nous engageons des communautés à s’intéresser et agir pour les projets que nous soutenons, à travers l’arrondi en caisse, l’évènement Aux Arbres ou 1% for the Planet.

 

Au sujet de l’évènement Aux Arbres justement. Quels enseignements tirez-vous de la première édition ?

 

Il aura lieu tous les deux ans. Sa grand force, c’est d’avoir rassemblé tous les acteurs de la préservation de la forêt (société civile, associations, entreprises...) autour de ce même enjeu. Nous voulons agir pour la mutualisation. Le prochain évènement aura lieu en juin 2020, en attendant, nous animerons l’écosystème en 2019 pour faire valoir ces solutions auprès des enfants. Entre avril et juin, des vidéos, articles avec kits de doityourself seront disponibles en ligne, et le 2 juin durant une après-midi à Strasbourg, en Île-de-France, à Nice et Toulouse, nous organisons Aux Arbres pour les enfants. L’idée est de ne pas les culpabiliser, mais de leur donner des pistes pour se connecter à la nature, à la forêt, comprendre les interactions entre les arbres et nous....

 

Comment la fondation est-elle intégrée dans l’entreprise ?

 

Son budget annuel est indexé au chiffre d’affaires de l’entreprise, donc les deux sont liés. Ensuite, les clients peuvent eux aussi financer la fondation : les collaborateurs votent tous les trimestres pour un projet, qui est ensuite porté ensuite au niveau national par l’ensemble des collaborateurs en magasin auprès des clients auxquels ils proposent l’arrondi en caisse. Les salariés peuvent également participer par le biais du Solidaritrip (25 collaborateurs envoyés tous les ans). Là encore, cela permet de créer un lien supplémentaire avec le client, d’apporter du concret. Nous avons enregistré six millions de donateurs en un an et demi, qui donnent en moyenne 10 à 12 centimes : nous leur devons une transparence.

 

Quel est votre regard sur le secteur du mécénat ?

 

C’est un secteur un peu vieillissant qui a besoin de se renouveler. On constate encore une lourdeur administrative qui nous handicape. Pour préserver l’agilité, il faudrait que les bailleurs mutualisent leur expérience et leurs outils. Quand on fait un appel à projets, cela implique des RH, une sélection, un comité, une évaluation…Et pour le même projet, les associations font appel à plusieurs bailleurs. Imaginez le poids de la procédure, pour eux comme pour nous ! La bonne nouvelle, c’est que l’on commence à communiquer entre nous. À chaque fois que je sollicite une structure semblable à notre fondation, elle est prête à coopérer.




 

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