[INFO ENGAGÉE] Valentin Pringuay, fondateur rédacteur en chef de Terra Incognita

[INFO ENGAGÉE] Valentin Pringuay, fondateur rédacteur en chef de Terra Incognita
Le journalisme de solutions, ou impact journalism, met en avant les initiatives sociales, citoyennes, solidaires qui font avancer la société. Ces sujets liés à l'intérêt général, au développement durable, à l'innovation sociale sont plébiscités par le grand public. Les rédactions des médias généralistes et spécialisés s'emparent, depuis quelques années ou plus récemment, de ces thèmes exigeants, loin des clichés sur un traitement de l'information léger et futile. Aujourd'hui, nous donnons la parole à Valentin Pringuay, rédacteur en chef et fondateur de Terra Incognita. Lancé en 2017, le magazine, à raison de trois à quatre publications par an, explore la notion d’open source en invitant ses lecteurs à assister à l’élaboration du contenu et valorise les acteurs de l’intérêt général.


 

 

Valentin, pourquoi êtes-vous devenu journaliste ?

 

Ce qui me passionne, c’est le besoin d’échanger avec des gens, j’ai une forme de curiosité maladive. Le journalisme et les interviews sont le meilleur moyen de rester inspiré. Après quelques années, je commence à accepter de me présenter comme un “vrai” journaliste, mais je me sens davantage entrepreneur. Terra Incognita, c’est avant tout un projet d’entreprise pour explorer de nouvelles choses.

 

Pourquoi avez-vous choisi de traiter des sujets engagés ?

 

Dans mon ancien travail, j’avais besoin de temps de cerveau disponible pour me soucier de l’environnement, des grandes problématiques de société… Et je ne me sentais pas aligné dans ce que je faisais. C’est venu en créant mon entreprise, c’est comme ça que j’ai trouvé ma place et du sens. Je vais vous raconter une anecdote : la sortie du numéro trois de Terra Incognita coïncidait avec la naissance de ma fille. La veille, on m’a dit : “Comment peut-on donner naissance dans un monde pareil ?”. Le lendemain, ma fille était dans mes bras, c’était trop tard. Il me fallait désormais trouver des raisons d’être optimiste.  

 

 

Les avez-vous trouvées ?

 

C’est un work in progress ! J’ai fait un constat en lisant la presse : on se sent souvent impuissant face aux problèmes de société. Certes, la situation est tendue, mais on ne prend pas le temps d’avoir de la distance pour voir les grandes tendances se dessiner. Notre façon de fonctionner, c’est en se focalisant sur le négatif, alors qu’il y a des raisons d’être positifs. Avec Terra Incognita, nous essayons de contrebalancer le discours ambiant.

 

Comment sensibiliser le public à ces sujets et aborder son lectorat ?

 

Nous sommes plus une communauté qu’un média, puisque nous permettons à nos lecteurs de venir assister aux interviews. Actuellement, nous sommes en train de repenser notre mode de fonctionnement, on aimerait offrir plus de transparence sur le travail journalistique en les impliquant à toutes les étapes. Nous souhaitons échanger avec eux et trouver le moyen de les faire passer à l’action.

 

Avez-vous le sentiment que les sujets d'engagement prennent aujourd’hui plus de place dans la presse généraliste  ?

 

Non, pas vraiment. Mais cela va venir, car il y a une demande des lecteurs, qui sont en quête de sens. Les gens ont besoin de nouvelles positives et surtout d’une ouverture vers le journalisme de solutions.

 

Pouvez-vous me citer une rencontre marquante  ?

 

La couverture du numéro un, Joséphine Goube de Techfugees. En entrant dans la pièce, elle a prononcé une phrase que j’ai encore en tête : “Pour une fois, mes propos ne seront pas déformés par les journalistes”. Notre volonté d’être encore plus transparent en 2019 part de là. J’ai réalisé que nous avions cette valeur ajoutée. Ensuite, car elle m’a sensibilisé à la cause des migrants et à la crise des réfugiés, un combat qui n’était pas le mien et qui m’a touché et donné envie de creuser le sujet. En 2019, nous avons  décidé de consacrer un numéro entier aux migrants. Rencontrer des gens qui vont m’inspirer, c’est ma principale motivation.

 

Le sujet que vous avez préféré traiter  ?

 

Récemment, nous avons rencontré Laurent Bazin (ancien animateur de La Matinale d’RTL, présentateur de C dans l’air sur France 5, ndlr). Je me rends compte que ce projet, Terra Incognita, est une manière d’expérimenter un nouveau modèle de médias, de rencontrer d’autres journalistes du secteur et d’imaginer à quoi ressemblera dans quelques années. Et ça, c’est un sujet qui me passionne.

 

Comment voyez-vous l'avenir des médias  ?

 

Je pense les médias seront davantage des communautés, ou des médias de niche avec une forte valeur ajoutée pour leur audience.


 

 


 

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