[LU] Les ONG font-elles un marketing de la compassion ?

[LU] Les ONG font-elles un marketing de la compassion ?
À l’occasion de la sortie de son livre "ONG : compassion à tous les rayons ?", Bruno-Georges David s’est entretenu avec Le Figaro pour discuter de la réalité actuelle des organisations non gouvernementales. L’expert en communication estime que les ONG doivent se questionner leur modèle actuel, basé selon lui sur un business de la compassion et la culpabilité.



 

Une communication axée sur la rentabilité

 

S’il n’y a aucun doute sur la légitimité des ONG, Bruno-Georges David estime qu’elles doivent s’interroger sur leur rôle dans le monde actuel. Si elles sont nées de la société civile, il croit qu’aujourd’hui elles ne représentent plus qu’elles-mêmes. « De structures militantes et engagées, les ONG sont devenues des organisations de gestionnaires et financiers dépolitisés, » estime le président de Communication Sans Frontières.

 

Une grande partie du problème réside selon lui dans les outils de communication des ONG. Celles-ci ne font plus de plaidoyers ou de prises de position comme auparavant, mais empruntent désormais les codes du marketing et de la publicité. En résulte une communication qui fait appel aux émotions, à la compassion et à la culpabilité, axée sur la rentabilité. Bruno-Georges David note que cette communication est de plus en plus souvent jugée comme caricaturale et stigmatisante par le public et les populations en difficulté.

 

L’auteur décrit une industrialisation des dispositifs des ONG, notamment causée par l’hyper-médiatisation des crises humanitaires comme le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est ou le tremblement de terre en Haïti en 2010. Selon lui, les ONG suivent aujourd’hui l’actualité, et les causes deviennent tantôt tendance, tantôt moribondes. Cette situation provoque une concurrence intense entre ONG.

 

Faire connaître les petites structures

 

Bruno-Georges David critique aussi le mode de financement des ONG, qui favorise selon lui les plus grandes structures au détriment des petites et moyennes organisations. Il estime qu’il faut se préoccuper de l’accès de celles-ci aux médias. « J'en appelle depuis des années à la création d'une centrale d'achats d'espaces dédiés aux ONG qui pourrait être financée par les médias eux-mêmes et les annonceurs », dit-il. Il suggère également la possibilité de mettre en lumière les plus petites structures lors de « minutes de solidarité », qui seraient diffusées sur quotidiennement sur toutes les chaînes de télévision, ou encore un spécial de 24 h sur les solidarités, sur le modèle du Téléthon.

 

Enfin, Bruno-Georges David en appelle à un changement de modèle qui remettrait les citoyens au centre de l’équation. Il appelle à se défaire de l’opposition Nord et Sud, en faveur « d’alliances citoyennes massives et internationales pour représenter les peuples et leurs projets », à la hauteur des problématiques globales auxquelles le monde fait face aujourd’hui.

 

Retrouvez l’interview complète de Bruno-Georges David dans Le Figaro : « Les ONG font-elles du business avec notre compassion ? »

, , ,