[ENTRETIEN] Eric Philippon, Fondation FAMAE : l'innovation pour l'environnement

[ENTRETIEN] Eric Philippon, Fondation FAMAE : l'innovation pour l'environnement
Investisseur de métier, Eric Philippon a créé en 2017 la Fondation FAMAE, fondation familiale indépendante engagée dans la réduction de l’empreinte environnementale. Il a choisi d’octroyer une dotation annuelle conséquente (2 millions d’euros en 2018) via un concours thématique pour soutenir l’innovation sociale. FAMAE fait émerger et accompagne les solutions nouvelles favorisant l’économie circulaire pour préserver les ressources naturelles comme l’eau (thème du concours 2018), mais aussi l’empreinte écologique liée aux déchets, à la mobilité ou encore à la production d’énergie… Eric Philippon revient pour Carenews sur son parcours et son engagement au sein de FAMAE.


 

 

Quel est votre parcours ?

 

J’ai travaillé 20 ans dans le monde de la finance pour un fonds qui avait la caractéristique d’investir dans des sociétés non cotées comme des hôtels pour lesquels notre apport servait à des rénovations ou à de nouvelles acquisitions. Nous financions aussi des promoteurs immobiliers pour construire des logements. J’ai ainsi pu participer à 200 investissements, ce qui représente 2 milliards d’euros en 20 ans. En 2006, le fonds 123venture dont j’étais directeur général a commencé à investir dans les énergies renouvelables. Il y a 12 ans, le secteur était naissant, car la réglementation venait de changer. Le cadre financier était très intéressant, car les tarifs de rachat avaient été fixés. Ils étaient au dessus des tarifs de rachat d'électricité d’origine thermique ou nucléaire, de manière à stimuler les investissements dans cette industrie. Cela a induit énormément de développement dans tous les pays européens. C’est notamment ce qui a permis à tous les fabricants de panneaux solaires et d'éoliennes d’atteindre des économies d’échelle très intéressantes et de réduire leurs prix.

 

Pourquoi avoir changé de carrière ?

 

C’est d’abord un sujet personnel. J’ai trois enfants adolescents et une question me taraude : dans 30 ans, mes petits-enfants me diront : «Mais qu’est-ce que t’as fait?» Parce que dans 30 ans, notre monde sera inhabitable. Mes futurs petits-enfants connaîtront l’année 2100 et ce sera une catastrophe, sauf si on arrive à faire quelque-chose. Parallèlement, j’ai pu toucher du doigt le réchauffement climatique. J’ai grandi à l'île d'Oléron ; la maison de mes grands-parents, au bord de la plage, a été submergée en 1999 et en 2010. Ces évènements sont censés n’arriver que deux fois tous les cent ans. C’est arrivé deux fois en 10 ans et il y en aura d’autres prochainement. J’ai toujours été sensible à cette question, depuis l’école quand on nettoyait les plages en primaire. J’ai éduqué mes enfants comme ça. Je n’ai jamais eu de voiture à Paris par exemple. Ce sont mes valeurs, mais il faut aller un cran plus loin !

 

Comment avez-vous créé la Fondation FAMAE ?

 

En 2016, j’ai décidé de sortir du capital de l’entreprise. Comme j’ai eu la chance par mes compétences de gagner un peu d’argent, je pouvais m’arrêter de travailler, mais je n’ai pas voulu. J’ai décidé de consacrer la moitié de ce que j’avais gagné en l’investissant ou en le donnant vers des technologies, des actifs et des infrastructures qui permettent de sauver le monde et de baisser l’empreinte environnementale. J’ai ainsi créé la Fondation FAMAE qui organise un concours annuel pour faire émerger ces technologies. L’année dernière, la thématique était les déchets. 1 500 candidats ont postulé. Cette année, ça marche encore mieux puisqu’on atteint les 3 000 candidats ! 6 prix ont été accordés l’année dernière dont  trois prix d’une valeur de 300 000 euros chacun. Ce fonds de dotation a une particularité : il donne ou il investit selon que les candidats partagent leur propriété intellectuelle ou non. Si les gens partagent, c’est en open source. Et dans ce cas, nous faisons un don puisque c’est grâce à l’open source qu’on a l’impact le plus étendu possible. Si les gens ne partagent pas la propriété intellectuelle, la dotation est un prêt. L’année dernière, la répartition était la suivante : deux tiers d’investissement et un tiers de dons. Au-delà de l’aspect financier, nous proposons un accompagnement et nous sommes membres des conseils de surveillance et des conseils d’administration. On les aide autant qu’on peut !

 

Vous avez parallèlement monté un fonds d’investissement, comment s’articule-t-il avec la fondation ?


 

Nous lançons effectivement un fonds d’investissement, FAMAE IMPACT, à impact environnemental avec déjà une trentaine de millions d’euros mobilisés. Nous visons les 100 millions d’euros. Je veux vraiment démontrer aux investisseurs institutionnels, aux assureurs-vie, aux mutuelles, aux banques et aux fonds de pension que l’on peut placer des fonds dans les technologies qui réduisent l’impact environnemental et gagner de l’argent. Sur les projets qui seront des “start-up”, l’investissement sera de quelques centaines de milliers d’euros. Pour les entreprises bien établies, nous investirons entre 3 et 7 millions. Ce fonds sera labellisé ESUS (Entreprise solidaire d'utilité sociale). Même s’il est vrai que le critère de lucrativité limitée peut freiner les aspirations des investisseurs. Nous avons également l’ambition d’être labellisés B Corp et de devenir une entreprise à mission.

 

Une partie des frais de gestion alimentera la fondation. Ensuite, le fonds pourra investir dans les projets lauréats de la fondation.


 

Votre regard sur les entreprises à impact et sur l’économie sociale et solidaire ?

 

J’ai à la fois l'enthousiasme du débutant et sa naïveté. Face aux personnes qui font depuis 10 ans de l’impact et qui diraient qu’il n’y a pas assez d’argent, je répondrais :  « Non, c’est super, il y a déjà plein d’investisseurs qui existent et cela ne peut que s’améliorer. » Et le grand public est de plus en plus sensible à ces thématiques ; la Cop 21, c’était extraordinaire, un moment à la fois de motivation et d’action collective ! Certes, cela ne va pas assez vite, mais je me dis qu’on peut y arriver ! Dans 10 ans, les énergies renouvelables seront devenues une industrie incroyable avec une centaine de milliards d’euros investis dans ce secteur.


Deuxièmement, j’arrive avec une vision d’investisseur et je vois les anciens et les modernes dans le monde de l’ESS [économie sociale et solidaire], de l’impact et de la philanthropie se quereller. Il y a la vision des anciens qui n’associent pas ce secteur au rendement ; la vision des modernes qui lient une approche business à 90 % des sujets. Dans beaucoup de situations, le fait d’imaginer des business avec du rendement rend les choses pérennes, car cela signifie que des personnes peuvent investir et que d’autres peuvent en vivre sans dépendre de la charité.

 

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