[LU] Rob Reich: le système de dons aggrave les inégalités au lieu de les réduire

[LU] Rob Reich: le système de dons aggrave les inégalités au lieu de les réduire
Dans son ouvrage Just Giving paru en novembre 2018, le chercheur américain Rob Reich analyse les dimensions éthiques et politiques de la philanthropie et de ses conséquences sur la démocratie. Ce chercheur américain s’est entretenu avec le journal Libération au sujet de sa thèse qui démontre que les dons aux États-Unis et en France, aggravent les inégalités au lieu de les diminuer mettant en péril la démocratie. Il reconsidère notamment les avantages fiscaux dont bénéficient les donateurs et les fondations privées.


 

Selon la Fondation de France, il existe sur le territoire 5 000 fonds et fondations, qui dépensent 7,5 milliards d’euros par an au profit de l’intérêt général. Du côté des particuliers, une étude publiée en 2018 par Recherches et Solidarités constate que 1,31 milliard d’euros a été collecté par 77 associations et fondations. Généralement, la philanthropie est associée à la notion d’égalité, mais ce chercheur montre que celle-ci peut être une cause d’inégalité.

 

S’interroger des impacts de la philanthropie sur la démocratie

 

Selon ce professeur de Stanford aux États-Unis, la donation volontaire de la part des parents pour l’école publique de leurs enfants est culturelle. Il découvre par exemple que l’une des écoles publiques en Californie récolte plus de dons privés qu’une autre école située dans un quartier précaire. Il y a selon lui « un décalage entre l’intention du don et son effet », car en faisant un don  à l’école publique, celle-ci perd son caractère public. Il appelle à une méfiance envers le don philanthropique qui augmente les inégalités au lieu de les réduire. Rob Reich estime également que la philanthropie « aussi vieille que l’humanité » est « une forme et un exercice de pouvoir » et que les fondations privées influencent les politiques publiques. En effet, les dons donnent droit à des avantages fiscaux déterminés par les gouvernements directement concernés dans cet « exercice de pouvoir ». La question essentielle revient donc à se demander si la philanthropie agit en faveur ou au désavantage de la démocratie. Il critique le système américain et français où  les donateurs bénéficient d’une réduction d’impôts.

 

La philanthropie devrait être un outil d’innovation et de prise de risque

 

Rob Reich se demande si la redistribution de l’argent par les fondations privées est faite de manière plus démocratique que si le gouvernement disposait de cette somme sous forme de taxe. Selon lui, la « philanthropie repose sur l’exercice de notre liberté » d’utiliser comme chacun le souhaite son argent sans la nécessité de mettre en place un avantage fiscal ou bien de la revoir pour qu’elle soit plus égalitaire. Il encourage les fondations à devenir des sortes de laboratoires d’utilité publique décentralisés qui expérimentent des solutions face au problème du changement climatique. Ainsi, lorsque la philanthropie est suffisamment encadrée, celle-ci peut jouer un rôle essentiel « dans le soutien d'une démocratie libérale forte ».

 

Lire l'article de Laure Andrillon : " Rob Reich: «La philanthropie n’est pas toujours l’amie de l’égalité, c’est aussi un exercice de pouvoir»

 

Article modifié le 7 mars 2019.

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