Interview commissaire Vytenis Andriukaitis
« Le gaspillage alimentaire est le symptôme d’un système alimentaire totalement dysfonctionnel et je pense que pour s’attaquer à sa cause, nous devons repenser notre façon de produire, de commercialiser, de distribuer et de consommer les aliments. » selon le Commissaire européen Vytenis Andriukaitis


« Le gaspillage alimentaire est le symptôme d’un système alimentaire totalement dysfonctionnel et je pense que pour s’attaquer à sa cause, nous devons repenser notre façon de produire, de commercialiser, de distribuer et de consommer les aliments. » selon le Commissaire européen Vytenis Andriukaitis

Pouvez-vous nous rappeler les champs d’intervention du commissaire à la santé et à la sécurité sanitaire ?

J’ai la chance d’être en charge de sujets qui intéressent la vie quotidienne des Européens. C’est à la fois très gratifiant et exigeant, car nous tous Européens, nous soucions de près et à juste titre de ce que nous mangeons et de notre état de santé. Mon rôle est donc de promouvoir et de protéger la santé publique et de garantir la sécurité alimentaire, en garantissant un niveau élevé de protection de la santé humaine dans la définition et la mise en œuvre de toutes nos politiques et activités. Je travaille par exemple à la prévention des menaces transfrontières graves sur la santé, à l’autorisation des médicaments et des vaccins et à la lutte contre les médicaments contrefaits, à l’utilisation des prescriptions médicales en version électronique lors d’un changement de pays. Au cours de mon mandat, nous avons notamment proposé une législation pour préparer des évaluations européennes de la valeur ajoutée thérapeutique des nouveaux médicaments ou dispositifs médicaux. Mon but est de garantir aux patients des traitements réellement efficaces. Dans le domaine de la sécurité alimentaire, mon rôle est de renforcer le bien-être animal, d’assurer la gestion des risques et la préparation aux crises et de protéger les citoyens, les animaux et les plantes de l’Union européenne contre les menaces transfrontalières pour la santé. Au cours de mon mandat, nous avons par exemple travaillé à la protection des abeilles en interdisant l’usage en plein air des pesticides qui les tuaient, adopté une législation sur la transparence des études scientifiques utilisées pour évaluer les pesticides ou les additifs alimentaires. Un nouveau registre obligatoire sera bientôt créé pour accéder à toutes ces études.

Quelle est votre position concernant le gaspillage alimentaire ?

Je suis né dans un goulag en Sibérie, où ma famille a été déportée depuis la Lituanie occupée alors par les Soviétiques. Quand j’étais petit, il n’y avait pas de nourriture à jeter, car nous en avions très peu tout simplement. Ces souvenirs sont restés gravés en moi toute ma vie et le gaspillage alimentaire est pour moi une absurdité éthique, économique et environnementale. Je trouve inacceptable de gaspiller 88 millions de tonnes de nourriture chaque année dans l’UE. Surtout quand on sait que dans le même temps, 55 millions de personnes ne peuvent pas se permettre un repas de qualité tous les deux jours. Comment peut-on accepter ces inégalités ? Cela représente 20% de tous les aliments produits en Europe, avec des coûts associés estimés à 143 milliards d’euros. Il faut aussi se rendre compte que gaspiller de la nourriture signifie aussi dilapider d’autres ressources telles que l’eau, l’énergie, l’environnement et donc accroître l’impact négatif de nos activités humaines sur le changement climatique. Notre santé en souffre également, car les taux de surpoids et d’obésité, parfois appelés « gaspillage alimentaire métabolique », ont augmenté rapidement dans toutes les régions du monde. Le gaspillage alimentaire est le symptôme d’un système alimentaire totalement dysfonctionnel et je pense que pour s’attaquer à sa cause, nous devons repenser notre façon de produire, de commercialiser, de distribuer et de consommer les aliments. Nous avons besoin de nouveaux modèles pour garantir l’utilisation la plus efficace, la plus sûre et la plus rentable des ressources alimentaires et soutenir la création de nouveaux emplois et services.

Comment avez-vous connu SOLAAL ?

J’ai entendu parler de SOLAAL depuis un certain temps déjà. Mme Angélique Delahaye notamment, députée européenne très dévouée à la lutte contre le gaspillage alimentaire, m’a alerté sur le travail de SOLAAL à plusieurs reprises. J’ai également participé à un événement organisé à Bruxelles en décembre dernier, au cours duquel l’excellent travail de votre association m’a été présenté. Et je dois dire que j’ai été très impressionné par les résultats obtenus par SOLAAL depuis 2013 : 13 500 tonnes dons de produits à des associations d’aide alimentaire, dont 99% sont frais ; 27 millions de repas nutritifs. C’est ce que j’appelle un projet très efficace! Il est essentiel de soutenir les initiatives locales et nationales de lutte contre le gaspillage et la perte de nourriture, en particulier lorsqu’elles ont à cœur d’aider les plus vulnérables de nos sociétés. De notre côté, nous avons créé une plate-forme européenne sur les pertes et le gaspillage alimentaires, préparé des lignes directrices pour faciliter le don de nourriture et améliorer la compréhension et l’utilisation des dates de péremption, et nous élaborons notamment une méthodologie européenne commune pour mesurer le gaspillage alimentaire.

Commissaire Vytenis Andriukaitis. © European Union, 2015 / Source photo : EC – Audiovisual Service / Photo: Etienne Ansotte

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