[CHIFFRE] Liberté de presse : la France arrive 32e au classement annuel de RSF

[CHIFFRE] Liberté de presse : la France arrive 32e au classement annuel de RSF
Reporters sans frontières a récemment publié l’édition 2019 de son Classement mondial de la liberté de presse, qui recense la situation de celle-ci dans 180 pays et régions. La France s’y classe 32e, alors que l’ONG alerte sur une situation de plus en plus dégradée à l’échelle mondiale. L’hostilité grandissante envers les journalistes inquiète notamment en Europe, où son image de zone sûre pour la presse s’effrite au rythme de pressions et de violences de plus en plus marquées.


 

Un climat de peur

 

En tête du classement se trouve pour une troisième année consécutive la Norvège, suivie de près par la Finlande et la Suède. En 32e position, la France obtient son meilleur classement depuis 2013, mais arrive 20e à l’échelle de l’Europe. Alors que la dernière année a été marquée par des scandales comme l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, seuls 24 % des pays listés affichent une situation « bonne » ou « plutôt bonne », contre 26 % en 2018.

 

RSF pointe du doigt la peur générée par l’attitude hostile, voire haineuse de plusieurs dirigeants politiques envers la presse comme principale coupable de ce recul, citant notamment les États-Unis en exemple. Malgré le climat général, certains pays affichent de nettes améliorations dans des régions difficiles, grâce à des gouvernements plus ouverts. C’est notamment le cas de l’Éthiopie et de la Gambie en Afrique, qui font des bonds respectifs de 40 et 30 places sur le classement.

 

En Europe, la situation se dégrade

 

Si l’Europe demeure la région qui garantit le plus la liberté de presse, cette position est de plus en plus compromise, alors que l’UE et les Balkans enregistrent la deuxième plus forte dégradation dans les scores du Classement  (+1,7 %). Les meurtres de trois journalistes en Slovaquie, en Bulgarie et à Malte ont mis en avant les dangers auxquels font face les journalistes d’enquête, notamment ceux qui travaillent sur la corruption. Les violences envers les journalistes sont en croissance sur le continent, qu’elles soient physiques ou sur le web. En France, le mouvement des gilets jaunes a vu de nombreux journalistes être menacés, agressés ou harcelés en ligne par les manifestants, mais aussi être blessés par les forces de l’ordre.

 

Un discours anti-média, habituellement l’apanage de régimes autoritaires, fait sa place dans plusieurs démocraties. C’est le cas en Hongrie, où le gouvernement de Viktor Orban fustige régulièrement les médias qui critiquent le pouvoir et refuse de répondre à certains journalistes. En France, des personnalités politiques, comme Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, ont justifié à plusieurs reprises une haine des médias qui va au-delà de la simple critique.

 

Les pressions judiciaires pèsent également sur les reporters : on observe de plus en plus l’usage de procédures «bâillons», des plaintes en diffamation qui vise surtout à intimider et faire taire les journalistes plutôt qu’à obtenir justice. Des grands groupes commerciaux comme Vinci ou l’homme d’affaires Vincent Bolloré ont notamment fait usage de cette technique envers plusieurs journalistes français.

 

Une analyse poussée de la liberté de presse

 

Lancé en 2002, le classement annuel de RSF est une référence, utilisée notamment par les Nations Unies et la Banque Mondiale. Pour déterminer le rang de chaque pays ou région, RSF a développé un questionnaire de 87 items adressé à des experts du milieu partout dans le monde. La consultation porte sur  le pluralisme, l’indépendance des médias, l’environnement et l’autocensure, le cadre légal, la transparence et la qualité des infrastructures. S’y ajoute une analyse des exactions commises envers les journalistes, et chaque pays se voit attribuer une note de 0 à 100 ; 0 correspondant au meilleur score et 100, au pire.



 

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