[ON Y ÉTAIT] ESSEC: Le rôle des fondations dans les politiques d’éducation

[ON Y ÉTAIT] ESSEC: Le rôle des fondations dans les politiques d’éducation
Dans le cadre de son séminaire Lunch & Learn, la chaire de Philanthropie de l’ESSEC présentait le mercredi 6 juin la conférence «The power of foundations: How should foundations influence public policies ? ». Mené par son directeur Arthur Gauthier et ses invitées Megan Tompkins-Stange, professeure de politique publique à l’Université du Michigan et Delphine Lalu, secrétaire générale de la Fondation AG2R La Mondiale, le débat a permis d’apporter des pistes de réflexions sur l’influence des fondations sur les politiques publiques en matière d’éducation.


 

Dans un premier temps, Megan Tompkins-Stange s’est penchée sur le milieu de la philanthropie aux États-Unis. Les fondations y sont particulièrement nombreuses et puissantes, plusieurs possédant des actifs de plus d’un milliard de dollars américains. La professeure s’est intéressée au pouvoir d’influence des 4 fondations les plus fortunées pour l’écriture de son livre Policy patrons : Philanthropy, education reform, and the politics of influence. Ses recherches l’ont amenée à distinguer deux types de fondations : celles dont la stratégie est axée sur les résultats et celles dont le focus est le développement d’un domaine d’actions.

 

Viser des résultats ou renforcer les communautés?

 

Megan Tompkins-Stange place dans la première catégorie des fondations comme la Bill and Melinda Gates Foundation et la Eli and Edythe Broad Education Foundation. Celles-ci possèdent ce qu’elle appelle des « valeurs de la Silicon Valley », fonctionnent de manière centralisée et travaillent avec les élites politiques et financières pour accélérer le changement. Ce type de fondations aborde les problèmes de façon technique et recherche des résultats quantifiables de la part de ses bénéficiaires, qui sont plutôt traités comme des entrepreneurs.

 

Dans la deuxième catégorie se trouvent des fondations comme la W.K. Kellogg Foundation et la Ford Foundation. Celles-ci prônent des valeurs de démocratie et d’engagement civique et s’impliquent dans le renforcement des communautés à l’échelle locale. Leur but est d’aborder les problèmes en s’adaptant aux besoins, ce qu’explique un intervenant interrogé pour l’enquête : « Il s’agit de bâtir un domaine plutôt que d’injecter une idée ou une solution spécifique. » Les résultats espérés sont alors plus qualitatifs.

 

Tenir les fondations responsables de leur influence

 

Pour Megan Tompkins-Stange, l’enjeu est de trouver l’équilibre entre les deux approches. Si la première catégorie de fondations peut avoir une influence majeure et rapide sur la rédaction du curriculum national en comparaison avec les fondations qui agissent localement, cet impact est souvent à court terme. La professeure invite en conclusion à s’interroger sur le rôle des fondations d’élite dans le processus démocratique et sur l’importance de les tenir responsables envers le public.


 

Éducation nationale : miser sur les matières fondamentales

 

En deuxième partie, Delphine Lalu fait le constat de l’éducation en France : si le décrochage est en baisse, l’écart se creuse entre les élèves qui réussissent et ceux qui rencontrent des difficultés, notamment liées aux inégalités sociales. Ainsi, sur plus de 800 000 élèves de 11 ans, 17,9 % ne maîtrisent pas bien l’écriture et la lecture et 28,4 % ne maîtrisent pas les mathématiques.

 

Sur 5 000 fondations au pays, 500 interviennent de manière directe ou indirecte dans l’éducation des 0-16 ans. Si Delphine Lalu reconnaît le travail de celles-ci, elle déplore un manque d’implication dans l’enseignement des matières fondamentales, qui représentent selon elle la base du problème. Elle pense aussi que les fondations auraient plus intérêt à rendre plus efficiente les innovations déjà en place que d’en développer constamment de nouvelles.

 

S’associer aux intervenants de premier plan

 

Se basant sur son expérience au sein de la Fondation AG2R La Mondiale, Delphine Lalu suggère quelques pistes de solutions pour les fondations françaises, un milieu encore naissant comparé aux titans américains. Elle escorte celles-ci à bien comprendre leur milieu d’intervention avant d’agir, en s’associant avec les acteurs de premier plan : dans le cas de l’éducation, les enseignants. Elle conseille aussi aux fondations de se questionner régulièrement sur leurs objectifs, et de se fédérer entre elles au lieu d’avancer de manière séparée.

 

Pour visionner ou écouter l’ensemble de la conférence et les présentations des invitées, visitez le site web de l’ESSEC.

 

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