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Danse à l'hôpital
Entre autres contrats, les danseurs de la compagnie ACM Ballet se produisent à l'hôpital. Une expérience artistique comme une fin en soi, dont les effets étonnent toujours.


"La danse est probablement la manifestation la plus inattendue à l'hôpital, l'expression artistique que l'on s'attend le moins à rencontrer. L'hôpital est synonyme de hautes technologies, dans les représentations les plus courantes de ses usagers, mais aussi de contrainte, d'immobilité et parfois de souffrance. La danse prend le contre-pied de cet état de fait. Elle déboule et bouscule alors cet ordre institutionnel pour y glisser furtivement un joyeux désordre à travers le mouvement, léger, malicieux, gai. Elle crée comme une sorte de courant d'air, apportant avec elle quelque chose qui pétille dans les corps et dans les esprits : de la joie, de l'émotion, du bonheur. L'effet est bref mais instantané et il se communique aux professionnels de santé.
A travers la danse, c'est la vie qui reprend ses droits à l'hôpital, de l'ordre d'une impulsion, d'un principe actif, irrésistible. Pendant un moment, le plaisir s'installe. C'était improbable, et ça a eu lieu... Quelque chose de l'ordre du miracle.

A la différence des arts plastiques, la danse se porte au devant des malades, entre les murs de l'hôpital. Ce ne sont pas eux qui migrent vers la salle de spectacle, c'est elle qui s'introduit dans les chambres, à partir d'un incroyable défi : danser dans moins de 5 m², encombrés d'un fauteuil, d'une table, d'une potence à perfusion... Et c'est possible! La danse, principe de vie, parvient à se déployer dans ces conditions. Face  à l'immobilité, elle réaffirme la possibilité du déplacement, du décalage - même léger - par lequel l'élan vital retrouve un chemin.

L'apparition de la danse, dans une chambre d'hôpital, c'est encore la réintroduction de "la vie comme avant", hier ou il y a longtemps. La danse réveille un ressort, celui du mouvement partagé, complice. Elle interrompt la mécanique du programme médical, souvent ressenti comme étranger, froid et parfois déshumanisant. Elle réaffirme la part de la sensibilité et de la poésie, qui peuvent faire toute la différence.

La danse à l'hôpital peut sembler un pari dans cet ordre hospitalier, celui du mouvement, de la joie. La grâce et l'engagement des danseurs permettent que ce pari soit tenu. Quand la danse passe, c'est la vie qui passe dans ce qu'elle a de plus surprenant : irrépressible et obstinée. Elle repassera. C'est un influx qui se communique. 

Il faut soutenir les hôpitaux qui ouvrent cette brèche dans le quotidien de l'institution et tendent cette passerelle à cet influx de vie."

Anne Nardin, ancienne directrice du Musée de l'AP-HP

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