Handicap International : combat contre les mines et pyramides de chaussures

Handicap International : combat contre les mines et pyramides de chaussures
Le 26 septembre prochain, des pyramides de chaussures seront organisées partout en France, dans une trentaine de ville environ. À l’occasion des vingt ans de cette initiative lancée par Handicap International qui mène, de longue date, un combat contre les mines et les BASM (bombe à sous-munitions), dont les pyramides de chaussures sont un symbole unique.


Le combat de Handicap International n’a pas commencé il y a vingt ans, mais dix ans encore auparavant. En effet, à cette époque, l’association soutenait les Cambodgiens victimes de mines antipersonnel en leur fabriquant et posant des prothèses pour les aider à se « remettre debout ». Pourtant, les intervenants étaient conscients que soigner les victimes n’était pas la seule action à mener et que cela n’éradiquait la cause de leur malheur. Handicap International a donc fondé, en 1992, la Campagne Internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL), en s’associant avec cinq autres ONG.

Après cinq ans de militantisme et deux millions de signatures de pétitions récoltées durant les pyramides de chaussures pour faire pression sur les États, le traité d’Ottawa est signé, interdisant les mines antipersonnel. Grâce à ce traité, les États ne peuvent alors plus utiliser, produire, stocker ou commercialiser leurs mines, et doivent entreprendre de déminer les zones à risques pour que les populations puissent y vivre en sécurité. La même année, Handicap International reçoit le prix Nobel de la paix pour son action avec l’ICBL.

Suite à cette victoire, Handicap International ne s’arrête pas et décide de militer contre les bombes à sous–munition (BASM) à partir de 2003. La mobilisation citoyenne fit pression sur les États, ce qui aboutit à la signature du traité d’Oslo en 2008, interdisant l’utilisation de BASM.

Grâce à l’action de Handicap International contre les mines et les BASM, ainsi qu’à la mobilisation civile qu’elle a engendré, ces deux traités présentent des normes internationales incontestables qui font que toute utilisation de mines ou de BASM est aujourd’hui condamnée, et que les victimes de ces explosifs sont désormais reconnues par les États.

C’est dans ce contexte de combat contre les explosifs que les pyramides de chaussures ont été instaurées par Handicap International en 1995. Ces pyramides sont un symbole de la souffrance des victimes de mines et de BASM partout dans le monde, qu’il s’agisse d’une souffrance physique ou psychologique. Chaque pyramide érigée, chaque année, représente les nouvelles victimes de l’utilisation d’armes explosives. Ces pyramides sont aussi une manière pour les Français de s’indigner face à l’injustice de l’utilisation de ces armes qui provoquent des victimes civiles et innocentes, et de montrer leur soutien en signant les pétitions de Handicap International. En jetant ses chaussures et en faisant grimper la pyramide, chaque manifestant peut ainsi faire partie du combat et montrer son ampleur. Les chaussures sont récoltées en fin de journée par des associations qui les recyclent ou les redistribuent.

En 1995, seuls Paris, Lyon, Strasbourg et Marseille se sont mobilisées. En 2015, c’est dans une trentaine de villes que s’érigeront des pyramides, symboles de solidarité face à la barbarie de la guerre, preuve que le combat de Handicap International s’est démocratisé et qu’il regroupe de plus en plus de personnes chaque année. 

Handicap International met à disposition des organisateurs un kit contenant un ensemble de supports pédagogiques et de communication.

Pourtant ce combat est loin d’être terminé. Après s’est battu contre les mines et les BASM, Handicap International s’attaque aujourd’hui aux armes explosives en général. Sont considérées comme armes explosives les bombes, les roquettes, les mortiers ou les bombes artisanales. Leur utilisation s’est élargie depuis quelques années dans les zones de guerre et sont un réel danger, tant dans l’immédiat, de par les destructions qu’elles causent, que dans le long terme, puisqu’elles peuvent créer des restes qui font perdurer le risque d’explosion pendant des années. Les principales victimes de ces bombes sont des civils, et notamment des enfants, ce qui rend leur utilisation encore plus immorale pour Handicap International. 

Malgré le fait que le Droit International Humanitaire interdise de prendre pour cible des personnes civiles ou des bâtiments publics, lors de l’utilisation de ces explosifs, ce sont le plus souvent les villes ou les zones très peuplées qui sont bombardées. Les pays les plus concernés par cette utilisation d’armes explosives sont, selon Human Rights Watch, la Syrie, l’Irak, l’Israël/Gaza, l’Ukraine, la Libye, le Pakistan, l’Afghanistan, le Soudan, le Nigeria, la Somalie, la Thaïlande et la Colombie.

Handicap International intervient en Syrie et dans la bande de Gaza car ce sont les zones les plus exposées à l’utilisation d’armes explosives. Dans le cadre de la Syrie, qui est en guerre depuis quatre ans, on dénombre cinq millions de Syriens morts par l’utilisation d’explosifs, dont deux millions d’enfants. C’est ici la catégorie d’armes la plus utilisée, et qui est responsable de 83% des accidents. Les civils représentent un mort sur deux lors d’utilisation d’armes explosives, et un quart des victimes de ces armes doit subir une amputation. Handicap International a ici développé la plus importante mission humanitaire de son histoire. Il a mobilisé 600 personnes et les a réparties en Jordanie, au Liban, en Irak et en Syrie pour qu’elles fournissent des prothèses aux victimes, dispensent des séances de rééducation et d’accompagnement psychologique, offrent un soutien financier. Handicap International cherche également à mener des actions de préventions et des opérations de déminages dans les zones où les combats ont cessé.

Pour la bande de Gaza, les civils ont été les premiers touchés de l’opération « Bordure protectrice », lancée il y a un an par Israël. Cette opération s’est soldée d’une utilisation abusive d’armes explosives sur la bande de Gaza qui constitue un des territoires les plus peuplés du monde. Suite à ces cinquante jours de combats d’une violence inédite, on a dénombré 2 189 morts dont 68% de civils, ainsi que la destruction de 18 000 logements, 17 hôpitaux et 140 écoles. Une année est passée,  et les habitants vivent pourtant toujours sous la menace des restes d’explosifs, puisqu’il y a encore 4 500 bombes sous les décombres, encore prêtes à exploser. Dans son action à Gaza, Handicap International a mis en place 700 sessions de préventions pour sensibiliser la population aux dangers des restes d’explosifs, et pour leur apprendre les bons gestes qui peuvent sauver des vies. Il fait aussi intervenir des équipes pour déblayer les ruines, et déminer les zones à risque. 

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