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Portrait de bénéficiaire : Fabien Majéric, l’éternel apprenant

Portrait de bénéficiaire : Fabien Majéric, l’éternel apprenant
Des erreurs d’orientation ont mené Fabien au dégoût de l’école avant ses 15 ans. Aujourd’hui, il affleure le double de cet âge, achève un doctorat sur la sécurité informatique et pense continuer à apprendre toute sa vie. Une inversion de la courbe d’instruction rendue possible grâce à l’énergie de professeurs enthousiastes et à une incommensurable envie de progresser en s’amusant.


On connaît Cendrillon qui a vu son carrosse devenir citrouille pour ne pas être rentrée avant minuit. Mais on devrait apprendre à connaître Fabien Majeric, qui a vu son CAP carrossier devenir Doctorat après être resté à travailler souvent après minuit. Fabien est né en 1985, à Limoges, d’un couple improbable pour la région : une mère originaire d’Afrique du Nord et un père ancien légionnaire, d’origine bosniaque. Après la naissance de son petit frère, de 3 ans son cadet, les parents se séparent et les deux frères Majéric sont élevés par leur mère dans une cité HLM. Une enfance modeste dont Fabien garde paradoxalement des souvenirs privilégiés : « je ne m’en rendais pas compte alors et j’ai reconstruit depuis, mais le fait d’être dans des établissements classés en ZEP m’a permis de faire des voyages, des visites et autres excursions grâce aux subventions que l’on recevait et que d’autres établissements n’avaient pas. C’était vraiment chouette ». De cette joyeuse insouciance découlent de bons bulletins qui auraient dû l’emmener vers une scolarité rectiligne et brillante quand, dès la 5ème, il vécut la triste chronique d’une discrimination ordinaire en étant victime d’une orientation défectueuse. Envoyé en 5ème NTA, pour Nouvelles Technologies Appliquées, il ne comprend pas qu’on l’envoie sans le lui dire en 4ème techno. Tous ses amis qui empruntèrent la même voie que lui ont arrêté l’école à 16 ans. Il perd alors ses bases tant le niveau baisse, les professeurs passant plus de temps à faire de la discipline qu’à enseigner. L’année suivante, coup de gouvernail à 180° : n’aimant pas la professeur d’espagnol, Fabien opte pour l’allemand et se retrouve dans une 4ème classique, mais d’élite, où il se retrouve bon dernier avec des professeurs l’humiliant gratuitement et décrétant qu’il ne fera jamais rien. Deux erreurs d’orientations et voilà une scolarité plombée en deux ans.

Plombé par des orientations défaillantes

Il part en alternance pour faire un CAP carrossier en apprentissage, mais le patron de la carrosserie Chanut dans laquelle se déroule son alternance lui apprend plus le balais et le nettoyage des voitures que les bases techniques. Troisième échec et retour en lycée pro. Reparti en CAP, il obtient de bonnes notes, se motive et passe en BEP à 18 ans. Déclic : « mon chef d’atelier m’a incité à poursuivre mes études jusqu’au BTS, éviter de me briser le dos avec des métiers trop durs. J’ai acquiescé ». Le BTS carrossier que vise Fabien n’existe que dans très peu de lycées en France, le plus près de chez lui est à Niort, le lycée Paul Guérin. Mails il faut impérativement le bac. Et revoici Fabien interne en seconde générale, à Niort, avec 3 ans de plus que ses camarades de classe. Pas un souci : « je savais ce que je voulais, j’étais plus mature et visais ce fameux BTS. Du coup, je me suis retrouvé premier de la classe sans m’en rendre compte et ai enchaîné sur un bac techno pour aller vers ce que j’aimais. Je l’ai décroché avec mention très bien ! Si j’ai pu retrouver ces automatismes, c’est grâce à plusieurs profs déterminants, notamment mon prof principal, Monsieur Sérafini, qui m’a encouragé à aller en classe prépa, en me disant que si au bout d’un an, ça ne m’allait pas, je pourrais toujours retrouver un BTS et que l’important c’était mon épanouissement. J’ai tenté l’aventure de la prépa TSI à la Rochelle ».

The damned Taylor is still not rich

Désormais titulaire d’un Master en recherche et ayant fini sa scolarité à Centrale Marseille, Fabien n’était pas pour autant officiellement ingénieur ; la faute à ce satané test scolaire du TOEIC. « C’est très énervant, lors de mon dernier j’ai obtenu 760 points et il en faut 785. Ça c’est joué à rien et je me disperse dans des questions de bachotage. C’est un peu ridicule, car toute l’année je travaille en anglais, mes premiers papiers de thèse ont été écrits en anglais… Mais bon, il faut faire avec et je vais le repasser pour être ingénieur ! ». Là encore, le parcours de Fabien est frappé d’une inégalité des chances ordinaires : les filières technos préparent moins leurs élèves aux langues étrangères que les filières générales. Ajoutez à cela que les enfants de milieux populaires ne peuvent partir à l’étranger pour se renforcer comme leurs homologues des milieux aisés et vous obtenez des écarts conséquents dans le maniement des langues vivantes en fonction de l’origine sociale des élèves, sans effet compensatoire et sans indulgence devant les tests… Aussi, il faudra obtenir ce test d’ici deux ans, date à laquelle il sera également devenu titulaire d’un doctorat après 3 ans de contrat CIFRE chez Gemalto. Sa thèse porte sur la faisabilité des nouvelles attaques électroniques. Au-delà des classiques attaques sur les ordinateurs ou des cartes bleues, la multiplication des objets connectés laisse redouter des piratages d’un nouveau genre aux conséquences qui pourraient être plus dramatiques. « Le vrai défi de demain, c’est la pédagogie et l’acceptabilité sociale. Tout le monde veut des objets connectés partout, par commodité, par confort, mais ils ne réfléchissent pas ou n’ont pas conscience des conséquences de ces nouvelles extensions technologiques. Un piratage de carte bleue, c’est désagréable, mais vous êtes remboursé. Si quelqu’un prend la main sur l’ordinateur de votre voiture et pilote les freins, vous réalisez ce qui pourrait advenir ».

Demain, être heureux

Entre le jeune homme qui a failli quitter l’école par dégoût et celui qui s’éternise dans la recherche par goût, le regard social a changé, mais celui des parents est resté le même : « pour ma mère, je sais qu’elle éprouve un peu de fierté, mais elle aspire surtout à ce que je sois heureux. Depuis que je suis petit, elle me répète que l’important est de faire ce que l’on aime, carrossier ou Président de la République. Pour le reste de la famille, c’est compliqué, ils sont trop éloignés de ces choix : mon père aurait voulu que je fasse l’armée car lui même étais passé par la légion et considère que cela correspond au summum de la réussite. Quant à mon grand père, lorsqu’il a appris que j’étais inscrit en doctorat, il a pensé que je m’étais réorienté en médecine ! ». A titre personnel, le jeune homme est serein, bien dans sa ville et en tant que thésard d’entreprise, dispose du même salaire que ses copains ingénieurs « c’est la première fois de ma vie que je suis en positif sur mon compte ! ». Alors, demain ? Pour l’éternel apprenant, naguère qualifié aux championnats de France d’aviron, les chemins à emprunter sont nombreux : « pourquoi pas reprendre du théâtre ? Monter une troupe, ça me plairait. Ca, et poursuivre les cours de cuisine qu’on suit avec ma copine. Et apprendre des autres pays, aussi. Mon moteur c’est le plaisir et il m’emmène dans de nombreuses directions. J’aime ce que je fais aujourd’hui et la sécurité informatique nécessite d’apprendre tous les jours pour contrer les pirates. Le jour où ça ne m’amusera plus, j’irai faire autre chose, pourquoi pas élever des chèvres en Corse, l’important c’est de faire ce que l’ont aime et que cela nous permette de vivre décemment. » !

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