[CARENEWS JOURNAL]La cravate solidaire, un costume taillé pour trouver un emploi

[CARENEWS JOURNAL]La cravate solidaire, un costume taillé pour trouver un emploi
Créée en 2012 par trois jeunes étudiants en école de commerce, l’association La Cravate Solidaire vient en aide aux demandeurs d’emploi, souvent peu habitués aux codes du monde du travail. En leur fournissant costumes et conseils, les bénévoles préparent les bénéficiaires à passer le cap des entretiens d’embauche.


 

Cet article a été publié dans le Carenews Journal n°2 ⎡ GRAND ANGLE ASSO 

 

Mai 2014. Les associations sélectionnées pour La France s’engage, qui récompense l’engagement solidaire, se retrouvent à l’Élysée. François Hollande repartira sans sa cravate. Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de la Ville et de la Jeunesse, sans son foulard. Aujourd’hui, ces deux accessoires trônent fièrement sur les murs des nouveaux locaux du XIIIe arrondissement parisien de La Cravate Solidaire. Cette petite anecdote qui a fait parler de cette association est symbolique : « Le président de la République s’est valorisé avec sa cravate, maintenant à d’autres de faire la même chose », explique Jacques- Henri Strubel, l’un des fondateurs de l’association. "Piquer" la cravate des grands dirigeants est même devenu une marque de fabrique. 

Partant du principe que « l’habit ne fait pas le moine, mais il y contribue », depuis 2012 les bénévoles de cette association viennent en aide à des demandeurs d’emploi. Comment ? En leur prêtant des tenues professionnelles pour les entretiens mais aussi en leur donnant les codes du monde du travail. « Souvent, ce sont des personnes qui n’ont jamais porté de costumes, surtout les hommes », détaille Agathe. Cette bénévole RH voulait partager sa propre expérience à la fois en tant que recruteur, métier qu’elle a exercé pendant cinq ans, mais aussi comme candidate. Pendant une heure, un professionnel du recrutement et un conseiller en image reçoivent individuellement les bénéficiaires. Lors de cet atelier, on travaille le CV, on simule un entretien, on pointe les problèmes et surtout on arrive toujours à trouver une parade pour contourner les difficultés de parcours.

C’est le cas de Nourou. Cette mère de famille a dû s’arrêter de travailler pendant 4 ans pour s’occuper de son fils malade. Aujourd’hui, elle veut reprendre une activité dans le domaine social. Mais l’étape de l’entretien d’embauche pose problème. À la fin de la rencontre avec les bénévoles, la bénéficiaire, envoyée par une autre association, a davantage de clés pour se sortir des situations difficiles lors d’une rencontre avec un potentiel patron. Des éléments de langage qui vont être complétés par une confiance en soi renforcée.

Dans les sous-sols de l’association s’étendent des rayons de vestes, de pantalons, de robes, de chaussures mais aussi d’accessoires, de cravates, de foulards et de bijoux. Cette caverne d’Ali Baba est remplie grâce aux collectes réalisées dans les entreprises (EDF, le Crédit Agricole, Bouygues, Véolia...) et grâce aux dons des particuliers. Nourou, quadra coquette, va trouver son bonheur. Veste noire courte, escarpins à talons, l’équipe va également lui fournir un foulard pour égayer sa tenue. « Quelqu’un qui vous habille, ça vous valorise », confie-t- elle. « On se dit qu’il y a encore de beaux restes. » Gonflée à bloc et prête pour un potentiel entretien, cette mère de famille remercie volontiers l’équipe de La Cravate Solidaire.

Cette touche de fraîcheur dans le monde associatif tient à une équipe jeune qui a décidé de donner de son temps. Les trois fondateurs ont moins de 30 ans, les plus jeunes bénévoles, 18. Cette jeunesse, ils ont su en faire une force, notamment avec une communication très ancrée dans leur génération.

Site internet développé, apéros pour réunir tous les acteurs, envoi d’une newsletter mensuelle pleine d’humour... et surtout, l’association est largement présente sur les réseaux sociaux où la petite communauté s’agrandit avec plus de 5 200 fans sur Facebook et 800 sur Twitter. « Cette communication est rattachée à nos valeurs », assure Jacques-Henri Strubel. « Les réseaux sociaux sont un moyen fantastique de fédérer la famille de La Cravate. Cela nous permet de montrer nos actualités mais aussi de remercier chaque personne qui a contribué à l’association. »

Aujourd’hui, l’association compte plus de 100 bénévoles. Trois d’entre eux ont pu être salariés. Installée dans des locaux plus grands pour accueillir les bénéficiaires, la famille de La Cravate Solidaire envisage de s’agrandir. Le concept est train de se développer à Caen, Lille et même Bruxelles. Une antenne à Lyon est déjà en création.

 

Du patron à l’entretien, l’association de fil en aiguille

La Cravate Solidaire est née sur les bancs d’une école de commerce au cœur du quartier d’affaires de La Défense. Jacques-Henri Strubel, Nicolas Gradziel et Yann Lotodé sont étudiants. « A la Défense, le costume est omniprésent, raconte le premier. On dit souvent qu’il faut un demi loyer parisien pour se vêtir, nous nous demandions alors comment les plus précaires faisaient pour s’acheter un costume ». L’idée a germé.

En janvier 2012, les trois co-fondateurs décident de récolter des tenues « à droite, à gauche », chez des proches, dans leur école, et décident d’organiser leur premier atelier. Celui-ci se déroule lors d’une rencontre pour l’emploi organisée à la mairie de Joinville-le- Pont dans le Val-de-Marne. Ils y aident leur premier bénéficiaire.

Depuis, 500 demandeurs d’emplois se sont vu offrir une tenue en vue d’un entretien. Rien qu’en 2014, 196 demandeurs d’emploi sont passés entre les mains des bénévoles de La Cravate Solidaire, qu’ils viennent de la mission locale de Paris, des écoles de la Deuxième chance ou d’autres associations.

Avec audace et humour, l’association a rapidement pris son essor même si aujourd’hui encore elle est à la recherche de partenaires pour soutenir son activité. En 2015, La Cravate veut aller toujours plus loin en créant des évènements dans les entreprises pour recevoir les bénéficiaires sur place. Sous la forme d’atelier avec les salariés, les demandeurs d’emploi pourraient être suivis et coachés afin de décrocher le totem tant convoité.

 

Quelques chiffres 

87% des chômeurs considèrent que les discriminations à l’embauche sont fréquentes. Parmi eux, 29 % jugent que l’apparence physique (l’obésité, les vêtements, etc.) est considérée comme un critère discriminant. (Ifop 2013)

 

Crédit photo : La Cravate Solidaire 

 

 

 

 

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