Le réfugié devenu humanitaire: l'étonnante histoire de Tok Johnson

Le réfugié devenu humanitaire: l'étonnante histoire de Tok Johnson
Cette histoire commence dans un camp de réfugiés en Ethiopie. Tok Johnson, l'un de ces soudanais du sud qui ont fui les violences ne sait pas encore qu'un destin exceptionnel l'attend.


"J’avais neuf ans lorsque ma famille a dû fuir le Soudan, raconte Tok Johnson. C’était en 1986. Je me souviens encore de la peur que nous ressentions à cette époque. La rumeur courait que de plus en plus de gens du Sud étaient persécutés et maltraités, y compris les jeunes enfants. Presque tout notre village a décidé de plier bagages et de fuir vers l’Éthiopie. Beaucoup n’y sont pas arrivés et sont morts de faim ou de soif en cours de route. Certains sont tombés malades et ont été abandonnés faute de médecins ou de soins."

Tok et sa famille marchent longtemps à travers un paysage désolé et inhospitalier. Durant ce chemin de croix de près de cinq mois, il est difficile de se nourrir. Il n'y a pas ou peu d'eau, et le soleil de plomb rend la progression difficile.

En chemin, Tok perd sa famille et se retrouve tout seul. "Je croyais être l’unique membre de ma famille à avoir survécu et rejoint le camp, raconte-t-il. Pourtant, huit mois plus tard, j’ai retrouvé ma mère. Elle était avec ma sœur et mon jeune frère. J’étais si heureux! Mais mon père n’était pas avec eux. Ce n’est que trois ans plus tard que nous avons eu de ses nouvelles. Il avait trouvé refuge à Bilpam, une ville de ce qui est devenu plus tard le Soudan du Sud."

La vie dans le camp est difficile. La mère et la soeur de Tok tombent malade, la rougeole. C'est là que Tok découvre l'action de Médecins Sans Frontières (MSF), qui soigne sa famille. Il se dit à lors que peut-être, un jour, il pourrait travailler comme infirmier pour cette organisation. Mais ce rêve, presque inaccessible, se confronte à la dure réalité des camps faite de faim et de maladie. Son frère meurt peu après de maladie, et nombre de ses amis ne survivront pas aux conditions de vie des camps de réfugiés. 

Grâce au soutien des organisations humanitaires, Tok parvient tout de même étudier. Ses études se poursuivent jusqu'à ce que des troubles politiques éclatent, en Ethiopie cette fois-ci. Tok doit retourner au Soudan, mais parvient à revenir deux ans plus tard dans son pays d'adoption, et poursuit ses études. 

"Quand j’ai passé mes examens finaux, pour la première fois de ma vie je me suis senti libre. Et le rêve m’est revenu: devenir infirmier et aider les gens en détresse. Je me suis inscrit au collège médical d’Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, et au bout de 18 mois d’études intensives j’avais mon diplôme d’infirmier."

A ce moment-là, son destin prend un nouveau tournant. 

En 2000, Tok retourne au Soudan, et postule chez Médecins Sans Frontières afin d'aider ses compatriotes qui souffrent des conséquences du conflit et des déplacements massifs de population. Un petit miracle s'accomplit, et Tok est recruté comme infirmier. Son rêve devient réalité, même si la réalité est difficile: il effectue de nombreuses missions, dont une à Aboko, en pleine épidémie de choléra. L'apprentissage est intense,mais c'est également un moyen d'acquérir de nouvelles compétences. 

"Durant cette période, grâce à MSF, j’ai pu suivre des formations et développer mes compétences. Par exemple, j’ai appris à soigner les enfants souffrant de malnutrition."

Pendant quelques années, Tok continue de travailler au Soudan. De l'hôpital de Leer, l'un des plus grands hôpitaux du Soudan du Sud où il travaille deux ans, au camp de réfugiés de Jammam, qui accueille hommes, femmes et enfants forcés par les violence d'abandonner leur foyer - Et qui sont totalement dépendants de l'aide humanitaire - Il apprend le dur métier d'humanitaire, et déploie des trésors d'énergie et d'implication qui font de lui l'un des membres les plus appréciés de l'équipe MSF. 

Un jour, dans ce camp de Jamman, Tok reçoit un email de MSF lui proposant une mission au Nigéria. 

"C’était la première fois que l’on m’offrait un poste de direction, à l’étranger de surcroit. Ce fut le plus beau jour de ma vie : j’avais la preuve que mes études et mon travail acharné étaient récompensés."

Tok accepte sans hésiter. Une nouvelle misison, un nouveau défi, dans un pays nouveau qu'il apprend à découvrir pour mieux pouvoir l'aider.

Et c'est là qu'il se trouve encore aujourd'hui, à ce point de sa vie au service des autres, où, se retournant sur le long chemin qu'il a parcouru, il peut enfin se dire: "Je suis très fier de ce que j’ai accompli. J’étais un réfugié et je suis devenu un travailleur humanitaire international. Mon métier me rend très heureux.»

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