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UN PLANÉTARIUM DANS LES PRISONS POUR LUTTER CONTRE LA RÉCIDIVE

UN PLANÉTARIUM DANS LES PRISONS POUR LUTTER CONTRE LA RÉCIDIVE
« 59% des personnes qui sortent de prison risquent de récidiver » rappelle Pierre Botton, fondateur de l’association Ensemble contre la récidive. C’est pour lutter contre ce chiffre inquiétant et donner aux détenus une perspective de réinsertion, que son association intervient dans les prisons. Elle s’est donnée pour mission d’améliorer les conditions de détention carcérale et d’y faire respecter la dignité humaine. Ses actions concernent principalement les personnes condamnées à des peines de moins de cinq ans, et excluent les condamnés pour crimes de sang ou sexuel. La Fondation Groupe EDF a fait de la solidarité et du progrès les priorités de son action. "Elle participe à construire une société inclusive dans laquelle chacun trouve sa place. Avec de tels objectifs, il est impossible de se désintéresser des conditions de vie en milieu carcéral ou de ce qui est mis en place pour favoriser l'insertion" rappelle Hugues Renson, son délégué général. Depuis 2013, la Fondation EDF accompagne Ensemble contre la récidive sur des programmes très concrets. En juin 2016, elle a renouvelé ce soutien à hauteur de 200 000 euros sur trois ans. 60 000 euros sont attribués à un projet inédit : un planétarium et une initiation à l’astronomie pour les détenus.


« Quelle vision avons-nous de la prison et de son utilité sociale ? Voulons-nous faire en sorte que les détenus, notamment les petits délinquants, ressortent meilleurs de nos prisons ? », interroge Pierre Botton, fondateur de l’association. Se positionnant comme « ambassadeur de la dignité », il lutte avec force contre la surpopulation carcérale et les conditions dégradantes de détention, régulièrement dénoncées par les médias et sanctionnées par la Cour Européenne des droits de l’homme.

 

« La première minute d’incarcération doit être une minute de réinsertion »

« Pour les personnes qui vont sortir à court terme, la condamnation doit être un tremplin vers la réinsertion sociale et professionnelle », martèle Pierre Botton. Lutter contre l’humiliation, préserver le lien avec les familles, proposer des formations professionnelles ou citoyennes, des activités sportives ou culturelles : toutes ces actions visent à faciliter la réinsertion en sortie de prison et à limiter le risque de récidive. L’association mène également des projets pilotes sur l’insertion.

Le sport, qui permet de sortir des cellules surpeuplées et propose des modèles d’identification qui séduisent les détenus, est un vecteur privilégié d'actions pour l’association : rénovation de terrains sportifs, installation de terrain de foot, organisation de matchs entre incarcérés et joueurs professionnels, visites d’entraineurs… La Fondation Groupe EDF s’associe à cette démarche et a soutenu en 2014 la réalisation d’un plateau sportif pour Fresnes.

 

« Nous cherchons à casser les codes, à innover », déclare Pierre Botton, qui cite pêle-mêle le centre expérimental la prévention de la récidive de Saint-Quentin-Fallavier, mais aussi l’équipement de la maison d'arrêt de Versailles en imprimantes 3D, l’entrée des 25 premières ventes en librairie dans les bibliothèques ou plus récemment le projet sur l'exploration spatiale associé au planétarium.

 

Pourquoi proposer des séances de planétarium aux détenus ?

Des séances de planétarium et d’astronomie pour les détenus, le lien n’est à priori pas évident. C’est pourtant le projet que l’association Ensemble contre la récidive a initié à la maison d’arrêt de Villepinte en Seine-Saint-Denis. Un médiateur scientifique, astronome, encadre 25 participants une fois par semaine pendant un mois. Les séances allient théorie, pratique et observation sous le planétarium gonflable et se terminent par un débat. L’accent est mis sur l’apport des différents savants et des différentes civilisations à l’évolution de l’astronomie, et l’animateur apporte des explications scientifiques sur des éléments de la vie quotidienne : comment calculer les heures, définir les saisons ? Si les séances permettent d’expliquer comment se repérer dans le ciel nocturne, elles visent aussi à faire réfléchir les participants sur les religions, les textes sacrés, à leur faire comprendre la démarche scientifique, à travailler en groupe et partager les points de vue. C’est cet aspect d’ouverture à la compréhension du monde et de partage de connaissances auprès de personnes coupées de tout, que la Fondation Groupe EDF a voulu favoriser.

« La liste d’attente pour cet atelier est de 200 détenus sur 1000, c’est donc un choix fort » se réjouit Pierre Botton, même s’il explique cet engouement par le peu d’activités proposées aux détenus.  Cet atelier devrait être dupliqué prochainement, plusieurs autres maisons d’arrêts d’Ile de France et de province ayant émis le souhait d’en bénéficier.

 

Une action rendue plus difficile en raison du contexte

« Aujourd’hui, je suis moins audible à cause du contexte. Le sujet de la radicalisation pollue tout » déplore Pierre Botton, bien conscient que les actions qu'il mène sont importantes pour lutter contre la radicalisation des petites délinquants car elles évitent « que les détenus ne se retrouvent enfermés dans 8,5 m2, 23h sur 24, avec des personnes qui chercheraient à les endoctriner et qui feraient pression ». Pierre Botton s’inquiète du changement de regard sur les détenus et de son impact sur les projets. Il redoute que la crise de surpopulation et la peur de prises d’otages ne rendent les interventions en milieu carcéral plus compliquées ou que des projets importants, comme le parloir numérique qui nécessite un accès internet, n’en soient fortement freinés. Il craint aussi que la peur de la radicalisation et le renforcement des mesures de sécurité ne remettent en cause certaines avancées, comme celles concernant les douches ou la renonciation à la fouille au corps. Cela risque également d’aller contre l’établissement d’une « forme de confiance » nécessaire à la mise en place de projets, comme celui du « Planétarium », qui implique l’usage de ciseaux pour la réalisation des cadrans solaires ou que les détenus soient plongés dans le noir total pendant la projection sous le dôme gonflable.

 

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