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Élections en France et en Allemagne : la femme est-elle un animal politique ?

Élections en France et en Allemagne : la femme est-elle un animal politique ?
Retour sur le café-débat organisé par la section Berlinoise de Citoyennes pour l'Europe, Bürgerinnen für Europa, en avril 2017. Moins d'un mois avant les élections du Deutscher Bundestag, cet article qui rend compte des trois parties du débat, est un bon moyen de faire le point ! Partie I : „Frauen in der Politik: j‘y suis j‘y reste !“ Partie II : Frauen macht Politik : Incarner le pouvoir Partie III : De “Mutti” à “Merkiavel”, quelle image des femmes en politique ?


Café-Débat à l'Info-Café de l'OFAJ - 20 avril 2017

 

Intervenantes :

Sandrine Rousseau, Secrétaire nationale adjointe d’Europe Ecologie Les Verts (EELV)

Birga Köhler, membre de la section berlinoise de la Frauen Union (CDU) et de la fraction CDU-CSU du Bundestag

Emilia Roig, Docteure en sciences politiques, spécialiste de la discrimination intersectionnelle

Sophia Becker, collaboratrice scientifique au Parlement allemand (Deutscher Bundestag). Co-directrice de la campagne “StopBildSexism”

 

Débat modéré par Fanny Cohen et Sophia Andreotti (Citoyennes pour l’Europe – Berlin) et organisé par Citoyennes pour l'Europe Berlin (Sophia Andreotti, Berdice Boudiaf, Clara Coornaert, Fanny Cohen et Julia Weyer) en partenariat avec l'Info-Café de l'OFAJ (remerciements chaleureux à Alain Le Treut, Rosa Gräschke, Cécile Guarinoni et Antje Klambt).

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Le secrétaire général de l'Office Franco Allemand de la Jeunesse (OFAJ) Markus Ingenlath a introduit la thématique du Café-Débat auprès du public et remercié les intervenantes ainsi que les organisateurs de l'événement. À sa suite, Martine Méheut, présidente de l'association Citoyenne pour l'Europe, a pris la parole, soulignant la chance que représente la relation franco-allemande pour la construction européenne et par conséquent l'importance d'organiser ce type d'événement. Elle a ajouté que les femmes attendaient beaucoup de l'Europe mais n'osaient pas toujours s'impliquer dans le cadre d'organisations. De ce point de vue, les hommes ont un rôle important à jouer : celui de donner aux femmes la confiance nécessaire à un engagement citoyen. La discussion, rythmée de montages vidéos, s'est articulée autour des trois axes suivants : „Frauen in der Politik: j'y suis, j'y reste“, „Frauen, macht, Politik: incarner le pouvoir“, „de Mutti à Merkiavel : quelle image des femmes en politique“.2

 

En premier lieu, les intervenantes ont présenté les raisons pour lesquelles elles se sentent concernées et touchées par la thématique de ce Café-Débat.

 

Pour Emilie Roig, la politique doit représenter des groupes plus vastes. La politique est un milieu trop homogène. Les intérêts de groupes entiers de la société passent inaperçus, groupes qui voient ainsi leurs droits bafoués.Selon Sandrine Rousseau, le monde de la recherche, dont elle est issue, est particulièrement machiste. Mais c'est en entrant en politique qu'elle a pris conscience que la situation y est bien pire et que les femmes n'y ont pas encore la place qu'elles méritent.

Birga Köhler, qui s'est très tôt intéressée à la chose politique, considère qu'il est important pour une femme d'être active dans ce domaine, de servir de modèle aux jeunes femmes et de prendre la parole en tant que femme. Plus jeune, Sophia Becker pensait qu'être femme ou homme ne faisait aucune différence. C'est dans le cadre professionnel qu'elle a pris conscience que quelque chose ne tournait pas rond, lorsqu'un jour, au cours d'une réunion, toutes les têtes se sont tournées vers elle car elle était la seule femme.

 

Partie I : „Frauen in der Politik: j‘y suis j‘y reste !“

Nous avons tout d'abord demandé aux deux responsables politiques présentes, Birga Köhler et Sandrine Rousseau, comment faire sa place en politique en tant que femmes.

 

Pour Birga Köhler, il n'existe pas de « recette miracle » : il faut s'accrocher, oser insister. Il faut apprendre les règles du jeu politique, qui est masculin. Il faut des moyens financiers, réussir à trouver des soutiens, des réseaux, pouvoir s'identifier à des projets. La politique, c'est de la communication, une capacité à jouer aux jeux de pouvoir – avec ses partenaires comme avec ses adversaires. Pour les femmes, cela peut s'avérer problématique : comment devenir partie intégrante de ce jeu sans se trahir soi-même ? Évoquant les fameux „Powerblazers“ dont il était question dans l'un des montages vidéo, Madame Köhler déclare que les femmes politiques n'ont parfois d'autre choix que de s'adapter aux codes masculins. Prenant pour exemple Angela Merkel, elle note que les femmes politiques allemandes doivent parfois se présenter comme « asexuées » afin de gagner en crédibilité. « En résumé, il faut accepter de ne pas toujours être appréciée, avoir les reins solides, ce qui n'est pas une évidence pour les femmes, qui sont généralement davantage en recherche d'harmonie », considère la responsable politique allemande.

Selon Sandrine Rousseau, la question de la durée de vie des femmes en politique est plus décisive que celle de s'y faire une place.3 Relatant sa propre expérience, elle explique que c'est dans le cadre des élections européennes de 2009 que les écologistes sont venus la chercher. Pensant à l'époque ne jamais faire de politique, elle a finalement accepté. « Dans le paysage politique français, on trouve finalement peu de femmes de plus de 50 ans, seules les femmes relativement jeunes expérimentent ce milieu », commente-t-elle. Parallèlement à cela, on constate que les femmes ont beaucoup plus de mal à dégager du temps pour leurs responsabilités politiques, tandis que les hommes ont moins de scrupules à mettre de côté leur famille pour se consacrer à leur mandat. Elles ont par ailleurs beaucoup moins développé le réseautage que les hommes et sont plus hésitantes qu'eux lorsqu'il s'agit d'utiliser les ressources communes au profit de leur carrière.

 

Nous avons ensuite demandé à nos invitées de présenter leur position en ce qui concerne les quotas en politique.

 

Sandrine Rousseau affirme que les quotas sont indispensables en France car ils ont permis à un grand nombre de femmes de faire leur entrée en politique. Cette mesure ne résout cependant pas tous les problèmes, notamment celui du partage équitable des responsabilités. Lorsqu'elle travaillait au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, il y avait autant de femmes que d'hommes parmi les conseillers régionaux mais toutes étaient en charge de compétences facultatives.

En Allemagne, le quota a fait l'objet de nombreux débats. Birga Köhler a fini par défendre cet outil, qu'elle considère comme « une solution transitoire adéquate ». « Au sein de la CDU (Union Chrétienne Démocrate), un quorum a été mis en place », expose-t-elle, c'est-à-dire une règle non contraignante selon laquelle les listes électorales devraient comprendre au minimum 30 % de femmes. Aucune sanction n'est néanmoins prévue en cas de non respect. « Un quota pour les conseils de surveillance des plus grandes entreprises cotées allemandes a déjà introduit, ce qui a d'abord été sujet d'inquiétude pour les entreprises concernées. Mais sans lui, on n'avancera pas », conclut Madame Köhler.

 

Sandrine Rousseau nous a ensuite expliqué comment elle en est venue à écrire son ouvrage « Manuel de survie à destination des femmes en politique »

 

« En France, on ne donne pas assez de solutions aux femmes pour s’en sortir en politique », nous a-t-elle dit. « Mon objectif était de mettre en avant le sexisme en politique en France. Dans ce pays, celui-ci passe par des détails. Il faut lutter contre ces détails pour changer les choses. Dans ce milieu, les femmes sont systématiquement rabaissées et remises en situation d’apprentissage. Il faut aussi dénoncer de manière systématique le harcèlement sexuel en politique en France », a-t-elle conclu.

 

La question suivante s'adressait à Emilia Roig et portait sur l'intersectionnalité. La voit-elle comme une double peine ou comme une chance ?

 

Pour Madame Roig, la réponse est claire, il s'agit davantage d'une instrumentalisation que d'une chance. « Est-ce que les femmes politiques issues de l'immigration représentent une chance pour leur communauté ? La réponse est non. », affirme-t-elle. Ce n’est pas parce que Christiane Taubira ou Rama Yade sont au gouvernement que davantage de moyens sont déployés, par exemple, pour la lutte contre les discriminations ou pour le soutien des communautés qu'elles pourraient représenter. Elles ne se font d'ailleurs pas spécialement les porte-paroles de celles-ci. En revanche, c'est une double peine, oui. A l’intérieur des sphères féministes, on ne pense pas nécessairement aux questions d’intersectionnalité, on les occulte : le féminisme est encore très « blanc » et Najat Vallaud-Belkacem comme Christiane Taubira ont concentré bon nombre d'attaques lorsqu'elles étaient au gouvernement.

 

Constatant qu'en France comme en Allemagne, le nombre de femmes candidates aux élections était particulièrement faible, nous avons interrogé nos intervenantes sur les raisons d'un tel déséquilibre mais aussi sur les solutions suggérées par les partis pour y remédier.

 

Sophia Becker a dans un premier temps rappelé les règles en vigueur dans les deux principaux partis allemands : la SPD (Parti Social Démocrate) a mis en place un quota de 40 % pour ses listes électorales, la CDU ne l'a pas fait. Birga Köhler, rappelant d'abord le principe du quorum non-contraignant de 30 % en vigueur au sein de la CDU, a ajouté que le fait qu'une femme soit en tête de liste était déjà en soi considéré comme un problème. « Pour ce qui est de la liste électorale des élections du Bundestag dans le Land de Berlin, Monika Grütters est en tête mais la femme suivante n'arrive qu'en sixième position. Il y a donc encore beaucoup à faire. Dans le Land de Hambourg, la première femme se place en cinquième position. Cela doit être résolu de manière stratégique. Un autre problème réside dans le fait que les femmes ne votent pas forcément pour des femmes, tandis que les hommes n'ont aucun problème à voter pour des hommes. », explique-t-elle. Madame Rousseau note en outre que les femmes qui se retrouvent à des positions de pouvoir en politique, ou qui parviennent à perdurer dans ce milieu, sont souvent des « filles de » ou « femmes de », en quelque sorte donc protégées par leur père ou leur mari : « En Allemagne, Merkel avait aussi la protection d’un homme, Helmut Kohl. Les femmes finalement élues sont des femmes choisies par des hommes. C’est notamment pour cette raison qu'il y a si peu de solidarité féminine au sein des partis car elles sont mises en concurrence ».

 

Partie II : Frauen macht Politik : Incarner le pouvoir

En guise d'introduction à la deuxième partie du Café-Débat, nous avons demandé à nos intervenantes de nous citer les femmes politiques qu'elles considèrent comme des modèles.

 

« Merkel m'a donné le courage d’y croire. », a d'abord déclaré Birga Köhler, enthousiaste. Les réponses suivantes s'avérèrent cependant quelque peu différentes. « J'ai peu de modèle issus du monde politique », a déclaré Emilia Roig. « J'ai davantage de modèles américains, par exemple Kiberlé Crenshaw. Je citerais aussi Christiane Taubira car elle est restée fidèle à ses idéaux sans penser de manière stratégique. Elle s'est par exemple positionnée pour l'indépendance de la Guyane dans une France encore colonialiste. » Sophia Becker a affirmé ne pas prendre véritablement de femmes politiques pour modèle « car je n'ai pas l'intention d'embrasser une carrière politique », explique-elle. « Mais si je devais en citer une, je dirais Angela Merkel. Le souci, c'est qu'elle a un peu trahi son être en tant que femme4, elle n'a absolument pas mis en avant cela et n'a, à vrai dire, eu que très peu de moments ouvertement féministes, ce qui ne me plaît pas tellement. Mes sources d'inspiration véritables, ce sont les activistes », ajoute-elle. « Je n'ai pas vraiment de modèles issus du monde politique car elles sont soit chaperonnées, soit entrent en politique en revendiquant leur féminité et oublient cet aspect-là une fois arrivées au pouvoir », constate Sandrine Rousseau. Birga Köhler conclut que le problème réside dans le fait que l'on ne dispose pas d'assez de modèles féminins en politique, tout en soulignant l'importance d'avoir des mentors et leur rareté pour les femmes.

 

En Allemagne nous avons une chancelière, des femmes exercent des fonctions de pouvoir dans les deux pays. Au cours de la dernière campagne présidentielle, Ségolène Royal a été mise en avant pour son aspect féminin. En France comme en Allemagne, un certain nombre de femmes sont au gouvernement et/ou travaillent sur le thème de la parité. L’égalité est cependant encore loin d’être atteinte. Ni Le Pen ni Merkel n’incarnent un intérêt féministe et elles ne sont pas là pour faire avancer cette cause. Présentation des réflexions des participantes à ce sujet.

 

Emilia Roig a précisé la stratégie de communication adoptée par Marine le Pen : « On peut dire que Le Pen joue sur deux fronts. Elle met en avant le fait d'être une femme pour adoucir son image mais en même temps elle ne défend absolument pas un programme féministe ». Commentant la politique allemande, Sophia Becker soutient qu'être une femme en politique ne s'est en rien normalisé. « Bien au contraire, on constate un effet Schtroumpfette : lorsqu'une femme est dans le cercle, plus besoin d'autres femmes. Et lorsque l'on s'investit dans ce milieu ou que l'on ose dire que les femmes n'y ont pas encore leur place, on nous répond « Que veux-tu de plus ? Nous avons déjà une chancelière, vous les femmes pouvez pourtant déjà devenir tout ce que vous souhaitez ! » Madame Becker ajoute que la nomination d'Ursula von der Leyen comme Ministre de la Défense constitue un bon exemple de cette situation tant l'emportement médiatique fut impressionnant. Le quotidien Bild-Zeitung l'avait à l'époque représentée en oie entourée de roses5, la revue Cicero avec deux pistolets rose en main. « Dans les domaines politiques « durs » tels que celui de la sécurité ou des affaires étrangères, cette difficulté à intégrer les femmes se fait sentir encore davantage », termine-t-elle.

 

Lorsque nous avons voulu savoir si, selon les intervenantes, l'égalité femmes-hommes était suffisamment thématisée dans les programmes électoraux, la réponse fut unanime : non ! Détails.

 

Pour Emilia Roig, on parle toujours de l’égalité femmes-hommes mais dans les faits rien ne se passe : « Si les personnes en position dominante prennent les décisions, ça ne changera pas assez rapidement. » Birga Köhler rappelle que les programmes relatifs à l'élection du Bundestag n'ont pas encore été publiés6 et attire l'attention sur le fait que le rôle accordé aux femmes au sein de la société allemande ne va pas en s'améliorant : « les femmes sont loin d'avoir fait leur place dans tous les domaines. Celui de la défense par exemple reste encore très masculin. C'est parmi les métiers à caractère social et les activités les moins bien rémunérées que l'on retrouve le plus de femmes. » Pour Sandrine Rousseau, l'égalité femmes-hommes est un non-sujet dans la présidentielle. « On a pu constater un bon nombre de maladresses commises par certains candidats, notamment par Emmanuel Macron et François Fillon. Les femmes qui se retrouvent au pouvoir sont souvent conservatrices, pour le maintien de l’ordre. Une femme en politique qui serait en plus réformatrice, ce serait trop », commente-t-elle. Sophia Becker s'est quant à elle arrêtée sur la manière dont Marine Le Pen utilise le fait d'être une femme dans sa campagne, qu'elle considère comme décisive pour le Front National (FN). « Lorsque des propos racistes sortent de la bouche d'une fille blonde, c'est considéré comme moins grave », argumente-t-elle. Marine Le Pen instrumentaliserait en outre la thématique de l'égalité femmes-hommes au profit de son agenda islamophobe. On observerait une tendance similaire parmi certains membres de la CDU/CSU, par exemple de la part de Julia Klöckner. Le féminisme est ainsi utilisé à des fins racistes et Jens Spahn (CDU) en ferait lui aussi de même en remettant en question l'homophobie des migrants musulmans.

 

Partie 3 : De “Mutti” à “Merkiavel”, quelle image des femmes en politique ?

 

Parle-t-on autrement des femmes en politique que des hommes ?

 

Selon Sandrine Rousseau, on peut parler d'un « traitement très particulier pour les femmes qui est en rapport avec la nouveauté et la fraîcheur. ». « On mentionne toujours les enfants, le conjoint », nous dit-elle. « Les femmes ne sont pas sollicitées dès lors qu'il s'agit de traiter de sujets de fond et elles ont une surface médiatique quand elles sont jeunes car elle sont encore belles, tandis que pour les hommes, la pyramide est inversée ». Réagissant aux propos de Sandrine Rousseau, Birga Köhler s'est étonnée « de tout ce qui est possible en France ». « Il est certain qu'avoir un physique agréable est un atout pour qui souhaite apparaître dans les médias. Mais cela constitue un avantage aussi bien pour les hommes que pour les femmes. En tant que femme, on peut aussi en tirer profit. Lorsque le Daily Telegraph, couvrant leur rencontre sur le Brexit, mettait en avant les jambes de Theresa May et Nicola Sturgeon7, May a réagi avec humour tout en affirmant que les gens s'intéressaient à ce que les responsables politiques font en tant que responsables politiques. Il est donc également possible de jouer avec les médias, sans y voir uniquement le côté négatif. », ajoute-elle. Sophia Becker, quant à elle, considère que l'on doit certes être en mesure de « jouer le jeu médiatique » mais que, parfois, celui-ci va simplement trop loin. Pour cette intervenante, Katja Suding, femme d'affaire et personnalité politique de la FDP, illustre bien cette situation. Très présente dans les médias allemands, elle a participé à de nombreux débats télévisés. « Sa vie a été suivie de près, elle a été très objectivée », explique Sophia Becker. « C'est lorsqu'elle a posé aux côtés de deux responsables politiques de la FDP (Parti Libéral Démocrate) avec Christian Lindner à la manière des „Charlie's Angels“ qu'elle a été objectivée, mais pas de la bonne manière car cette fois-ci, c'était elle qui en avait pris l'initiative. Il est très difficile de trouver la bonne méthode, le bon équilibre. », conclut-elle.

 

Sophia Becker, cofondatrice de « StopBildSexism8 », nous en dit plus sur cette initiative...

 

« Les hommes sont ceux qui font les journaux et les femmes sont les objets. L'initiative consiste à rapporter le contenu du Bild-Zeitung. Les „Bild-Girls“ ne sont qu'un exemple mais elles donnent une impression générale : dans cette revue, ce sont les hommes qui parlent et ils parlent de femmes. Le Bild-Zeitung est bien entendu très stéréotypé. Nous avons recensé la présence des femmes et des hommes dans le journal et les catégories dans lesquelles ils apparaissent respectivement : 66 % d'hommes et 44 % de femmes. Parmi les femmes, on retrouve 70 % d'entre elles dans les catégories « divertissement » et « scandale ». Dans les rubriques « criminalité » et « sport », on retrouve 80 % d'hommes et les femmes dont il est question dans celle du « sport » sont généralement des femmes des footballeurs. Dans le domaine « politique », on retrouve 76 % d'hommes. Dans ce journal, on voit beaucoup de corps nus et 80 % d'entre eux appartiennent à des femmes. Elles y sont objectivées. Cela illustre très bien ce que les médias font généralement des femmes et des femmes politiques. On peut citer comme exemple un article du Bild-Zeitung qui se penche sur des animatrices de télévision présentant le cours de la bourse. L'article s'intitule « Chaque jour, ces femmes nous exposent des courbes sensuelles ». On peut affirmer que les femmes y sont sexualisées. C'est notamment ce que dénonce notre initiative. »

 

Quel est le traitement médiatique réservé aux femmes politiques issues des minorités ?

 

Emilia Roig nous explique que l'intersectionnalité est toujours médiatisée différemment. Être la seule femme au milieu d’hommes, cela joue forcément un rôle. Il en va de même pour les minorités « visibles ». Souvent, ces femmes politiques sont bien intégrées, très belles, et ne revendiquent pas d’appartenance ethnique. Pourtant, on leur demande constamment de se positionner sur des questions d’intégration, religieuses, etc. C’est ainsi que Rama Yade a systématiquement dû se positionner sur l’Afrique. Et lorsqu’elles prennent position sur ce type de sujet, on considère qu’elles le font pour toute leur communauté. C’est le même phénomène que pour les femmes lorsqu’elles sont en minorité : on considère qu’elles parlent pour toutes les femmes.

 

Quelle chance représentent les nouveaux médias pour les femmes engagées en politique ?

 

« Les nouveaux médias, dont les réseaux sociaux, sont une chance énorme car ils permettent de faire entendre de nouvelles voix », affirme Emilia Roig. « Des gens réussissent à rentrer dans le discours par le biais de ces canaux. Les réseaux sociaux permettent de constituer des résistances. A titre d’exemple, on peut citer le mouvement Women’s March, qui s’est largement développé grâce aux réseaux sociaux. On peut ainsi considérer ceux-ci comme l’une des grandes ressources de personnes mises à la marge. » Pour Sophia Becker, il convient cependant de mettre en lumière un autre aspect. Les réseaux sociaux représentent certes des sources d'information alternatives mais parallèlement à cela, ils placent le discours politique à un niveau encore plus personnel qu'il ne l'est déjà. « De ce point de vue, il est intéressant de comparer la manière dont Obama et Clinton ont présenté leurs comptes Instagram », argumente-t-elle. « Tandis que Clinton s'efforçait de se présenter sous des apparences sérieuses et professionnelles, ou en conversation, Obama montrait souvent des aspects plus « fragile » de lui-même. En tant que femme, on se voit de toute façon réduite à la sphère personnelle : les enfants et le partenaire sont des sujets récurrents. D'un autre côté, on agace lorsque l'on se montre dure ou inaccessible. Quoi que l'on fasse, on aura faux. » En tant que responsable politique locale, Birga Köhler perçoit aussi les côtés négatifs des nouveaux médias car elle a le sentiment qu'il faut être extrêmement prudent, faire attention à tout ce que l'on présente de soi-même et de sa vie privée. Dans le cas contraire, les conséquences seront immédiates. « En tant que femme, on se sent contrôlée, j'ignore si ce sentiment est le même chez les hommes. Mais les réseaux sociaux ont aussi leur intérêt en politique. », commente-t-elle. Sandrine Rousseau conclut qu'il s'agit d'une problématique à double tranchant pour laquelle il n'existe pas de « bon positionnement ». « C’est très dur de se mettre autant en avant que les hommes car il faut toujours être plus sérieux qu'eux lorsqu'on est une femme. La question du sexisme en politique est en tout cas un sujet dont doivent s’emparer les journalistes, il y a vraiment des enquêtes à faire sur ce thème. »

 

1Ce second Café-Débat a été organisé par Citoyennes pour l'Europe Berlin (Sophia Andreotti, Berdice Boudiaf, Clara Coornaert, Fanny Cohen et Julia Weyer) en partenariat avec l'Info-Café de l'OFAJ.

2« Femmes en politique : j'y suis, j'y reste », « Femmes, pouvoir, politique/la femme fait de la politique : incarner le pouvoir »,

3Voir à ce sujet « l'effet chewing-gum » que Sandrine Rousseau présente dans son « Manuel de survie à destination des femmes en politique », éditions Les Petits Matins, 2015.

4„Ihr Frausein“ en allemand.

5 Gans in Röschen

6Depuis, les programmes de tous les partis sont disponibles sur le site suivant : https://bundestagswahl-2017.com/wahlprogramm/

7Voir le site internet du Daily Telegraph http://www.telegraph.co.uk/news/2017/03/28/daily-mail-tells-bbc-get-life-sexist-legs-it-story/

8Voir le site internet de l'initiative https://www.stopbildsexism.com/

Légende photo ( copyright Bürgerinnen für Europa : De gauche à droite : Markus Ingenlath, Martine Méheut, Sophia Andreotti, Sophia Becker, BIrga Köhler, Sandrine Rousseau, Emilia Roig, Fanny Cohen, Berdice Boudiaf

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