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[ENTRETIEN] Maëva Tordo, directrice de la Blue factory, incubateur de l'ESCP

[ENTRETIEN] Maëva Tordo, directrice de la Blue factory, incubateur de l'ESCP
À 32 ans, Maëva Tordo dirige la Blue factory, l'incubateur d'entrepreneuriat de l'ESCP Europe. Elle est également la co-fondatrice de NOISE (Nouvel Observatoire de l’Innovation Sociale et Environnementale), une association étudiante qui se définit comme "une communauté passionnée qui a à coeur de faire entendre les innovations qui ont un impact positif sur nos sociétés, et de favoriser leur ancrage dans nos manières d'apprendre". Portée par les sujets de l'ESS et de l'innovation sociétale, Maëva souhaite remettre au coeur de la société l'individu, et questionne le système éducatif. 


De quand date votre engagement pour l'entrepreneuriat ?

 

J’ai découvert l’entrepreneuriat en 2006 lorsque je suis arrivée en école de commerce, un peu par hasard. J’avais suivi des études scientifiques puis littéraires et j'avais choisi d'intégrer une école de commerce car je sentais que j’avais besoin de comprendre l'économie pour agir et avoir de l’impact sur les inégalités économiques qui m’avaient notamment frappées lors de mes différents voyages. À l'époque, je pensais que l'école de commerce me donnerait les moyens de comprendre la source de ces inégalités et peut être de découvrir une nouvelle économie plus en lien avec les enjeux sociaux et environnementaux. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’entrepreneuriat : mon premier stage a eu lieu au Sénégal, il s'agissait d'accompagner un entrepreneur de mon âge qui utilisait la musique pour inciter les jeunes à être acteurs de leur vie, cela m'a marquée et a confirmé mon intuition. Ensuite, j'ai eu la chance de rencontrer Jacqueline Fendt qui m'a proposé de l'assister pour développer l'entrepreneuriat à ESCP Europe, ça a été un deuxième tournant : la passion de l’entrepreneuriat m'avait gagnée.

Pendant mes quatre années d'école, j'ai grandi entre ce que j'y étudiais et ce je découvrais à l'extérieur : c'était le tout début des "impact hubs", ces tiers-lieux dédiés à l’innovation sociale, c'était le début du social business avec danone.communities, et le développement de l’entrepreneuriat social avec Ashoka... C'est dans ce contexte que j'ai rencontré Leïla Hoballah qui avait choisi la même spécialité "entrepreneuriat". On voyait des solutions, mais qui étaient encore invisibles au sein de l'école, nous voulions les faire connaître ! On avait deux intuitions : que les sujets émergents de l'innovation sociale devaient s'inscrire dans la culture générale et qu'il fallait un parcours ad hoc pour les personnes qui voulaient mêler le social et le business. On a alors créé le NOISE, une association étudiante, pour que les personnes qui ont envie d'explorer d'autres manières de faire puissent échanger, se questionner et créer ensemble.

 

Quelles sont vos fonctions au sein de ESCP Europe ?

 

À la création du NOISE, je travaillais déjà en parallèle dans la Chaire Entrepreneuriat de ESCP Europe. On m'a proposé en 2011 de créer l'incubateur, la Blue factory : tout est lié !  Au sein de la Chaire entrepreneuriat de ESCP Europe, notre ambition est de développer des formations (les participants sont étudiants ou professionnels) qui permettent d'acquérir l'état d'esprit et d'action entrepreneurial. C'est un état particulier en ce qu’il permet de faire face à l’incertitude, à l’inconnu, à l’inattendu de manière créative et créatrice. Il s'agit de faire jouer son intuition, son sens de l'observation, de sortir des méthodes préconçues et d’oser tester par itération. Les 3 axes qui font l’ADN de nos formations : le sens, l’action et l’impact.

 

Au quotidien, je m'occupe de la Blue factory : dix entreprises qui se lancent sur le marché et créent leur premier produit ou génère leur premier euro [exemples parmi les 60 passées dans l'incubateur : Welcome to the jungle, MakeSense, Ticket for Change, YouMiam, Dashlane]. Mes rôles sont variés : il peut s'agir de coacher sur le pitch ou de faire intervenir un expert pour améliorer un point précis (site internet, levée de fonds, interaction avec les grands groupes). J'interviens également dans les formations pour les collaborateurs de grands groupes ; et aussi auprès d'étudiants sur les soft skills : l'enjeu de la relation humaine, à soi et aux autres, est pour moi au coeur de l'aventure . Mon expérience montre qu'à 90 %, les entreprises ne fonctionnent pas à cause de relations humaines mal gérées.

 

Quel est votre regard sur le secteur de l'ESS ?

 

Ce que j'observe, en regardant dans le rétroviseur, c’est la diffusion de ces sujets. À l’époque de mon stage au Sénégal, qui a eu lieu en 2007, l'écosystème de l'innovation sociétale n'était pas grand public, nous étions peu nombreux à le connaître et à nous y investir, en tout cas dans le milieu des écoles de commerce. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de visibilité, dans les médias grands publics mais aussi grâce à des médias dédiés. De plus en plus de personnes sont attirées par ce secteur et la prise en compte des problématiques sociales et environnementales concerne davantage les acteurs économiques.

Ce que j’observe en revanche, c’est que cet engouement devient presque un impératif aujourd’hui, « il faut changer le monde », ou un étendard « moi je change le monde ». Or au fil des années j’ai moi aussi dû sortir de la dualité bien-mal pour découvrir la complexité des organisations, en réalisant notamment que les bonnes intentions d’un projet étaient parfois paradoxalement portées dans la douleur. C’est ce qui m’amène aujourd’hui à m’intéresser aux sujets de travail sur l’individu qui est le miroir de la transformation sociétale. C’est peut-être cet intérêt-là qui me fait agir dans le domaine de l’éducation dont un des enjeux clefs aujourd’hui est la prise en compte de l’individualité des apprenants, l’idée qu’ils ont déjà en eux des connaissances et un savoir qu’il s’agit de révéler et de faire grandir.

 

 

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