[RÉFUGIÉS] [CNJ9] Bertrand, “simple citoyen”, enseigne le français aux migrants

[RÉFUGIÉS] [CNJ9] Bertrand, “simple citoyen”, enseigne le français aux migrants
Bertrand Guillot, 43 ans, ne se définit pas comme un militant, mais bien comme un simple citoyen sensible à la situation de ceux qui ont tout laissé derrière eux pour tenter de reconstruire une vie nouvelle en France. Il y a deux ans, face à l'arrivée massive de migrants à Paris, la solidarité s'est organisée spontanément dans certains quartiers de la capitale. Bertrand a décidé de rejoindre l'association Entraides-Citoyennes parce qu'il ne pouvait pas " fermer les yeux". Il enseigne aujourd'hui bénévolement les bases du français à un groupe d'hommes issus de cultures et de pays différents. Un soir par semaine, il retrouve ses élèves au Petit Ney, un café associatif situé à deux pas de chez lui dans le 18e arrondissement de Paris. Une expérience humaine et solidaire d'une formidable richesse qui a transformé sa vision du monde. Rencontre.


 

Pourquoi avez-vous décidé de venir en aide aux migrants ? Quel a été le déclic ? 

 

En 2015, des migrants soudanais se sont installés devant la mairie du 18e arrondissement, juste à côté de chez moi. Ils dormaient dans la rue, à même le trottoir. Je les croisais chaque matin, et chaque matin je me demandais : " Pourquoi vous êtes là, les gars ? " Je suis allé à leur rencontre pour comprendre la situation, mais les échanges étaient compliqués à cause du barrage de la langue. Dans le quartier, la solidarité s'est organisée. Des habitants ont commencé à faire des dons de vêtements et de nourriture. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester là sans rien faire. Par hasard, je suis tombé sur l'annonce d'une association qui recherchait des bénévoles pour enseigner le français aux migrants. Je ne savais pas exactement comment j'allais m'y prendre, mais j'ai décidé d'offrir un peu de mon temps pour aider ces gens à prendre leurs repères ici. 

 

Comment se déroulent les cours d'enseignement du français ?

 

Pendant une heure et demie, une fois par semaine, j'encadre, avec une autre bénévole, un groupe de moins d'une dizaine d'hommes de tous âges, originaires du Tchad, du Soudan, d'Afghanistan. Ils ne parlent donc pas la même langue et certains d'entre eux, issus du monde rural, n'ont pas été à l'école dans leur pays. Apprendre le français, pour eux, c'est donc très compliqué, mais ils sont déterminés et volontaires. Leur principal objectif est de surmonter la frustration de vivre dans un monde qu'ils ne comprennent pas. Ils savent que leur avenir en France dépendra de leur capacité à s'exprimer. Nous utilisons des livres pour enfants et des manuels scolaires, mais l'idée est vraiment d'être le plus concret possible afin qu'ils puissent acquérir les bases du vocabulaire pour savoir se présenter, demander leur chemin, se repérer dans le métro. Nous privilégions beaucoup l'apprentissage oral et nous communiquons par gestes. C'est assez théâtral ! Cela fonctionne bien avec un public aussi hétérogène.

 

Quelle est votre plus grande satisfaction en tant que bénévole ? 

 

Ma plus grande satisfaction est d'observer les progrès de mes élèves. Les migrants n'ont pas le droit de travailler, alors ils s'investissent énormément. Les cours de français sont souvent leur seule activité de la semaine. Certains d'entre eux avancent très vite. Je pense à un jeune Afghan qui a obtenu son titre de séjour, il y a quelques mois. Il n'est pas encore parfaitement bilingue, mais il a aujourd'hui un très bon niveau et cela lui a permis de trouver du travail sans l'aide de quiconque. Je pense aussi à cet adolescent qui a quitté le Darfour après l'assassinat de ses parents. Il a effectué la traversée de la Méditerranée seul et a vécu beaucoup de choses difficiles. À force de volonté, il est devenu le meilleur élève de mon groupe alors qu'il ne parlait pas un mot de français à son arrivée. 

 

Que vous a apporté cette expérience au contact des migrants ? 

 

J'avais entendu parler de la crise des migrants comme tout le monde, dans les journaux. Pour moi cela représentait une réalité lointaine illustrée par des statistiques. Tout a changé lorsque j'ai été confronté à la réalité de la situation au coin de ma rue. J'ai rencontré des êtres humains. Il suffit de quelques petites actions pour améliorer le sort de ceux qui ont tout quitté pour l'inconnu. Je ne me pose pas la question de savoir si la France doit ou non les accueillir. Ils sont là. C'est un fait. Ce serait inhumain de les laisser livrés à eux-mêmes. Ils ont juste besoin d'ouverture et d'espoir. Comme un petit colibri, je fais ma part.

 

L'association Entraides-Citoyennes recherche de nouveaux bénévoles pour assurer les cours de français. De quels profils avez-vous besoin ? 

 

Il n'est pas nécessaire d'être déjà professeur pour enseigner les bases du français aux migrants. C'est vraiment une barrière à lever. La seule compétence requise est la motivation, l'envie de transmettre et de créer un pont entre des mondes différents. Les nouveaux bénévoles sont toujours accompagnés par les anciens. Chacun développe ensuite sa pédagogie très naturellement. Nous échangeons beaucoup entre nous, nous expérimentons des méthodes, des techniques et nous avançons avec les élèves de manière assez intuitive. Ce qui compte c'est vraiment la qualité du lien que nous construisons avec eux. Actuellement les besoins se concentrent dans le 18e arrondissement de Paris où nous proposons des cours le mardi soir. Nous avons besoin de trois personnes pour renforcer notre équipe.  C'est une aventure collective qui a du sens et j'invite vraiment toutes les bonnes volontés à venir la partager avec nous. 

 

Aider l'association Entraides-Citoyennes

- Dons de vêtements

À l'approche de l'hiver, les besoins en couvertures, sacs de couchage, chaussures et vêtements chauds pour homme augmentent. Vous pouvez effectuer vos dons dès aujourd'hui auprès de l'association. 

- Collectes alimentaires

Il s’agit de récupérer auprès des magasins partenaires de l'association des denrées offertes gracieusement (fruits, viennoiseries, pain) et de les acheminer dans les locaux de l'association situés à Montreuil et dans le 18e arrondissement de Paris.

- Préparation de repas

Le rendez-vous « cuisine » a lieu à Montreuil chaque samedi entre 17 h et 20 h. Les bénévoles sont invités à trier les dons alimentaires et à préparer les repas qui seront distribués le soir même durant la maraude. 500 plats chauds sont confectionnés chaque semaine en moyenne dans les locaux de l'association. 

- Maraudes

Une équipe composée de quatre à six bénévoles part à la rencontre des migrants Porte de la Chapelle tous les samedis soirs. Il manque régulièrement des volontaires pour distribuer les repas. 

Informations et inscriptions : http://entraides-citoyennes.org

 

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Semaine thématique réalisée avec le soutien de la Fondation Sanofi Espoir.

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