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L'étranger de Camus vu par les lecteurs

L'étranger de Camus vu par les lecteurs
Les personnes détenues qui participent au programme de lecture de Lire pour en Sortir remplissent une fiche de lecture à chaque livre lu. Ils répondent à diverses questions sur l’auteur et le livre, retranscrivent leurs citations favorites, rédigent un résumé et donnent leur avis à propos de cette lecture. En parallèle, les lecteurs rencontrent des bénévoles afin d’échanger autour du livre. Chaque lecteur rend compte, à travers son retour, de sa compréhension et son interprétation singulière du livre. Afin de valoriser cette diversité des regards, Lire pour en Sortir propose ici une compilation des avis des lecteurs sur le roman L’étranger, qui a été lu par 35 détenus à ce jour, 23 hommes et 12 femmes. Les verbatims issus des fiches de lecture sont entre guillemets.


 

 

Résumé du livre

Meursault habite un faubourg d’Alger dans les années 1930. Il enterre sa mère dans la plus grande indifférence, a une liaison avec Marie à qui il accepte de se marier « si elle le veut » dixit Meursault, et tue un Arabe « à cause du soleil ». Il est condamné à mort, officiellement à cause de son crime, mais surtout à cause de sa désinvolture générale.

 

Meursault, quelle étrange personne

En quoi Meursault est-il « l’étranger » ? Une des questions de la fiche porte sur l’interprétation du titre ; les lecteurs répondent : Meursault étant français, il est « un étranger à Alger », explique Sarah *. Il est surtout « étranger aux autres », « étranger au monde ». Martin explique de manière poétique qu’il « se laisse glisser sur la vague de la vie. » ; son « caractère est étranger aux normes », peut-être aussi est-il étranger à la morale humaine, comme le suggère Farid.

Certains lecteurs se sont identifiés à Meursault, notamment son sentiment d’innocence alors qu’il est objectivement coupable. Quelques personnes détenues ont davantage humanisé le personnage : Laura le trouve « ouvert sur le monde, sociable » mais sa faiblesse est de ne pas « délivrer ses sentiments, [qu’il] traduit par des actes. » D’autres lecteurs ont détesté le personnage bien qu’adoré le livre, car il n’a pas de « prise de conscience », il n’a « aucun sentiment, aucune émotion, or c’est ce qui fait une grande part de notre humanité. »

 

L’étranger, un livre sur la détention

Les lecteurs, eux-mêmes détenus, ont été très sensibles à la partie sur l’incarcération de Meursault : « J’ai l’impression que le livre parle de moi dans certains passages », confie Sophiane. Lire des chapitres entiers sur les conditions d’incarcération console les lecteurs dans le fait que leur « ressenti sur le milieu carcéral et la peine que cela engendre n’est pas unique », comme le déclare Lisa.

Cet extrait notamment a beaucoup parlé aux lecteurs : « Au début de ma détention, pourtant, ce qui a été le plus dur, c’est que j’avais des pensées d’homme libre. Par exemple, l’envie me prenait d’être sur une plage et de descendre vers la mer. A imaginer le bruit des premières vagues sous la plante de mes pieds, l’entrée du corps dans l’eau et la délivrance que j’y trouvais, je sentais tout d’un coup combien les murs de ma prison étaient rapprochés. Mais cela dura quelques mois. Ensuite, je n’avais que des pensées de prisonnier. »

Sonia trouve que « même si ce roman a été écrit il y a plusieurs décennies, il est toujours d’actualité car malheureusement il y aura toujours des personnes incarcérées, et dans certains pays, des détenus condamnés à mort. ». La dimension politique de L’étranger, qui critique une justice qui « condamne avant de juger » a parlé à beaucoup de lecteurs qui ressentent très fortement ce sentiment d’injustice.

Les lecteurs ont sélectionné beaucoup de citations sur le sujet de la détention et ne savaient pas faire le choix parmi tous les passages qu’ils ont trouvé très justes. Alexandre par exemple a choisi cette citation : « Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d’été pouvaient mener aussi bien aux prisons qu’aux sommeils innocents. »

 

La relation maternelle et souvenirs d’enfance

Certains lecteurs ont également choisi des citations qui concernent la relation maternelle, qui leur rappelle les rapports compliqués ou au contraire complices avec leur mère. Salomon par exemple a apprécié cette phrase : « A travers les lignes de cyprès qui menaient aux collines près du ciel, cette terre rousse et verte, ces maisons rares et bien dessinées, je comprenais maman. »

Au-delà de l’histoire, le nom même de l’auteur Albert Camus a renvoyé un lecteur à son enfance : « J'ai vécu pendant huit ans dans la rue Albert Camus à Reims. C'est comme si j'apprenais qu'un de mes ancêtres était illustre ! »  Il explique longuement qu’en découvrant cet auteur au nom familier mais à l’œuvre jusqu’alors inconnue, il a renoué avec une période de sa vie, ce qui l’aide à s’évader vers des souvenirs qui l’emmènent loin de la détention.

 

 

Pour conclure, ce roman a été très apprécié des lecteurs. Joseph considère L’étranger comme « le meilleur qu’[il a] lu », Lara avoue quant à elle l’avoir « lu en une seule fois ». « Je me suis plongée dans le livre et je ne voulais plus m’arrêter de lire », « la lecture me fait un grand bien », témoigne une lectrice. Brigitte, la bénévole qui l’a rencontrée est ravie d’échanger avec elle sur la lecture : « Lors de ma dernière visite, son regard était plus rayonnant ». 

 

*Les prénoms ont été changés.

Crédit Image 

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