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[INFO ENGAGÉE] Émilie Vidaud, auteure de Social Calling

[INFO ENGAGÉE] Émilie Vidaud, auteure de Social Calling
Cet automne, carenews.com vous propose une série d'entretiens avec des journalistes "engagé·e·s". Nous constatons, depuis quelques petites années, l'émergence d'un courant de journalisme engagé. Quel que soit le nom (journalisme d'impact, de solution, positif...) et qu'il soit porté par un média généraliste ou par un média spécialisé, c'est avec plaisir que nous observons la montée en puissance de nos confrères et consoeurs motivés par l'intérêt général, le mécénat, l'économie sociale et solidaire, l'innovation sociale, la Tech for good, le développement durable etc. Aujourd'hui, rencontre avec Émilie Vidaud, journaliste économique et spécialisée dans la tech, qui a publié le 2 novembre dernier « Social Calling » aux éditions Fayard, une enquête de 18 mois sur l’émergence de la social tech.


 

 

 

 

Pourquoi êtes vous devenue journaliste ?

Enfant, j’étais toujours planquée dans un coin avec un bouquin. Et à l’école, la rédaction était mon exercice favori. Inventer des histoires a facilité et accéléré ma compréhension du monde. Une manière de m’ouvrir à des horizons plus palpitants. Les adultes s’exclamaient toujours : « Quelle imagination cette petite ! » Longtemps, j’ai cru que c’était une maladie !

Le côté tech, je l’ai hérité de mon père, un entrepreneur dans le Minitel et pionnier de l’Internet en France. J’ai grandi au milieu des carcasses d’ordinateurs – Atari et autres Commodore 64 – que mon paternel démontait pour mieux remontait dans son bureau au sous-sol. Son appétence pour la technologie lui a valu quelques articles dans les médias. A la fin des années 1990, alors que nous avions été catapultés « Famille Web et branché » au Journal de 20h de TF1, moi j’avais acquis la certitude que je serai journaliste. C’est Florence Roy, journaliste à l’Express, qui m’a confortée dans cette idée alors qu’elle venait faire un reportage à la maison. J’ai 16 ans quand elle me dit : « Être journaliste, c’est rencontrer des gens pour raconter leur histoire au plus près de la vérité. » Cette phrase a construit ma trajectoire.

 

Pourquoi traitez-vous de sujets engagés ?

Un journaliste se doit par définition d’être engagé dans le traitement de l’information. Mon rôle, c’est de repérer les signaux faibles. C’est aussi de faire parler les silencieux. Celles et ceux qui ne sont pas suffisamment mis dans la lumière. Ma mission, c’est de défricher, d’enquêter et ensuite de raconter la prochaine grande histoire qui va marquer notre époque. Mon livre, Social Calling, s’inscrit dans cette volonté. Il donne les clés pour comprendre le sursaut d’une génération en quête de sens, qui utilise la technologie pour résoudre des problèmes sociétaux comme le gaspillage alimentaire, l’éducation des enfants autistes, la santé, l’exclusion, le chômage.

 

Comment sensibiliser le public ?

À ma modeste échelle je m’applique à suivre le sillon creusé par le journaliste français Serge Halimi. Il dit du rôle des journalistes : « Un contre-pouvoir : vigoureux, irrespectueux, à l’écoute de l’opinion, porte-parole des obscurs et des sans-voix, forum de la démocratie vivante. » Dès lors qu'un journaliste publie un article ou réalise un reportage, il est tenu par ce devoir d’informer au plus près de la vérité. Le problème en France, c’est que pour faire parler les médias, il faut être clivant. Il faut créer des conflits. Parce que sans conflit, le message que l’on veut faire passer n’a pas le même impact. C’est une nouvelle ère qui complexifie le traitement de l’information. Mais c’est aussi ce qui est captivant.

 

Une rencontre marquante ?

Claude Vincent, rédacteur en chef adjoint du magazine Les Échos week-end. Il m’a donné ma chance quand d’autres m’ont claqué la porte au nez parce que je ne venais pas du sérail.

 

Quel sujet avez vous préférer traiter ?

Pendant 18 mois, j’ai enquêté sur l’émergence de la social tech en France. J’ai rencontré une centaine d’entrepreneurs sociaux et j’ai découvert que le moteur de cette nouvelle génération ce n’est ni l’argent, ni le pouvoir. Pour les Millennials (les 18-34 ans), réussir ce n’est plus faire du profit à tout prix. Réussir c’est avoir un impact, et un job qui a du sens. Ils ont eu un social calling, un déclic pour agir. Ils ont compris que leur travail, notre travail, c’est le levier le plus puissant pour changer le monde. Et la palette d’outils hérités de la révolution Internet leur en donne les moyens.

 

Votre journalisme idéal ?

C’est un journalisme d’enquête, sans complaisance, où les sources sont vérifiées, et qui a pour finalité première d’informer rigoureusement le public.

 

Avenir des médias ?

Monkey, Brut, Loopsider,… On voit fleurir sur la Toile des nouveaux médias d’actu qui misent sur les vidéos de format court pour séduire les jeunes sur les réseaux sociaux. L’une des prochaines grandes batailles se jouera sur le terrain de la vidéo d’info exclusivement conçue à destination des réseaux sociaux, Facebook et autres Twitter. Le journalisme de demain n’aura d’autres choix que de s’adapter aux us et coutumes des utilisateurs de smartphones comme le fait déjà avec brio la plateforme de contenu vidéo Blackpills.

 

Mot de la fin ?

C’est Jean-David Blanc - l’un des parrains du Web français, fondateur de la plateforme Allociné et de l’application Molotov qui permet de regarder la télé - qui m’a dit un jour : « Il faut prendre le risque du "oui", car le "non" vous est toujours acquis. » C’est depuis devenu mon mantra.

 

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