[HORS-FRONTIÈRES] La philanthropie en Australie

[HORS-FRONTIÈRES] La philanthropie en Australie
Comment, combien et à qui donne un pays-continent ? Pour le découvrir, nous allons ce mois-ci de l'autre côté de la terre, en Australie. La philanthropie, le mécénat, les associations, les transformations à l'oeuvre, découverte d'un troisième secteur qui vit "la tête en bas" mais les pieds bien sur terre.


 

 

Un géant territorial et économique

Si les clichés d'un pays de surfeurs et de kangourous ont la vie dure, l'Australie est aussi un géant économique et territorial. 12e nation au monde de par son PIB nominal, elle est aussi le 6e plus grand pays de la planète. Relativement peu peuplée (25 millions d'habitants) par rapport à l'immensité de son territoire (7,6 millions de km2), elle est pourtant un géant de la générosité. En effet, elle est systématiquement classée parmi les pays les plus généreux au monde par le World Giving Index [lien en anglais]. En 2016 ce sont 12,4 milliards de dollars australiens (8 milliards d’euros) qui ont été donnés [lien en anglais] par 14,9 millions de foyers aux associations.

 

Dynamique du don individuel et tendances émergentes

Si les montants donnés sont légèrement à la hausse depuis 2005, la proportion de foyers donateurs s’est contractée de 87 % à 81 % quand le don moyen a augmenté de 38 % (553$ vs 764$) à taux de change constant. Au-delà des chiffres, les donateurs restent en demande de  relations humaines quand les associations investissent de plus en plus les nouveaux médias. La planification du don est également de plus en plus recherchée par les associations, et pour cause : les personnes planifient leur don ; si elles restent une minorité (40 % des donateurs),  elles donnent 6 fois plus. Signe des temps, parmi les raisons évoquées par les non-donateurs: la peur d’un manque de confidentialité des informations données. Les grands donateurs ne sont pas en reste, la Fondation Paul Ramsay, la plus importante du pays a été fondée via un legs de 2 milliards d’euros.

 

99 % de grandes entreprises mécènes...

À la différence de la France, les entreprises australiennes donnent plus que les individus ! 17,5 milliards de dollars australiens en 2015/2016 soit 11,5 milliards d’euros. 70 % des entreprises de moins de 200 salariés donnent pour 95 à 99 % des moyennes et grandes entreprises (200 salariés et +). En fonction de leur taille, ces types d’entreprises donnent différemment, les plus petites préférant réaliser des donations et les plus grandes privilégiant la mise en place de partenariats. Plus étonnant, les donations se ventilent différemment par rapport aux entreprises françaises. 66 % des dons sont en numéraire (80 % en France), 17 % en produits (8 %) et 18 % en services (12 % chez nous). Il faut aussi souligner que les très grandes entreprises australiennes (0,2 % du secteur) donnent pour plus de 50 % du total : 9 milliards de dollars australiens.

 

 

 

...et des collaborateurs en première ligne.

Dans son édition 2016, Giving Australia s’intéresse également à l’engagement des collaborateurs des entreprises donatrices. En effet, à la question de savoir ce qu’elles recherchent dans un partenariat, la majorité des entreprises répond “des opportunités de bénévolat pour nos collaborateurs”. Et tout est mis en oeuvre pour faciliter l’engagement des salariés. 85 % des grandes entreprise facilitent le don sur salaire, 56 % ont des programmes de “matching gift” par lesquels elles abondent les dons de leurs salariés et 46 % ont un programme de volontariat formalisé. À noter qu’en plus de l’engagement de leurs collaborateurs, ces entreprises déclarent rechercher un fort impact social ainsi que le renforcement de leur “social licence to operate”.

 

Un secteur associatif dépendant de la philanthropie ?

Notre conception de la philanthropie dans les pays anglo-saxons nous amène parfois à penser qu’elle est la seule à financer les acteurs associatifs. Ce n’est pas le cas en Australie où les charities ont réalisé un chiffre d’affaire combiné de 142 milliards de dollars australiens [lien en anglais]. Ces revenus proviennent principalement: des produits comme les ventes ou les cotisations (50 %) ou des subventions (43 %); seuls 7 % provenant des dons et legs. Si ces chiffres peuvent laisser à penser que la philanthropie ne joue qu’un rôle marginal, il faut préciser que 70 % des charities ont reçu des dons philanthropiques et qu’une charity sur 4 dépend de la philanthropie pour 50 % ou plus de ses revenus.

 

Quand l’on aurait pu s’attendre à un système très proche de ce qui peut se faire aux USA ou au Royaume-Uni, l’Australie semble développer un modèle propre. Le financement et le modèle économique des charities, les formes de dons et l’accent que les entreprises mettent sur l’engagement de leurs salariés en font un pays à part, et pas seulement parce que c’est aussi un continent ! 

 

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