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Témoignage d'Evelyne, bénévole Lire pour en Sortir à la prison de Mont-de-Marsan

Témoignage d'Evelyne, bénévole Lire pour en Sortir à la prison de Mont-de-Marsan
Evelyne, bénévole référente de Lire pour en Sortir au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, revient sur son engagement en faveur de la lecture en prison au travers d'anecdotes sur ses échanges avec les personnes détenues qui participent au programme de lecture de l'association. Son témoignage nous éclaire sur l'impact concret qu'a le programme de lecture sur les personnes détenues.


Joseph*, 30 ans est un des premiers à s’être inscrit lorsque le programme de lecture a démarré en 2016. C’est néanmoins avec une certaine réticence qu’il s’est lancé : ne lisant plus depuis qu’il a quitté l’école, ouvrir un livre ne fait pas partie de sa routine. « Lire, c’est aussi dur que d’arrêter de fumer », confie-t-il à Evelyne lors de leur première rencontre. La tâche s’annonce difficile. Pourtant progressivement, le livre devient un nouveau compagnon de cellule, avec qui Jospeh a rendez-vous tous les soirs de 18h à 20h. C’est un temps qu’il s’accorde pour lui, durant lequel il cultive son intériorité et se retrouve avec lui-même. Loin de l’isoler du monde, lire lui permet de se reconnecter et d’échanger avec ses proches : il a offert à sa femme La liste de mes envies de Grégoire Delacourt qu’il a découvert grâce au programme de lecture et qu’il a beaucoup apprécié.  

En décembre dernier lorsque l’auteur Pascal Dessain vient parler de son livre et de son métier au centre pénitentiaire Joseph est intimidé, il n’ose pas aller lui parler. Evelyne le pousse à aller échanger avec l'auteur et quelques minutes plus tard Joseph revient tout sourire en remerciant chaleureusement la bénévole. « Merci beaucoup, dit-il, je n’aurais jamais cru parler à un auteur ! »

A ce jour, Joseph a lu 11 livres et est un lecteur confirmé.  

 

Xavier*, 40 ans, n’avait pas non plus l’habitude de lire lorsqu’il a commencé le programme. Avant son incarcération, il travaillait dans le bâtiment et les seules choses qu’il lisait depuis des années, étaient des plans de chantier. « Ce n’est pas un problème, le rassure Evelyne, il y a un début à tout. » Ils ouvrent le catalogue ensemble : que choisir ? Parmi ce choix immense – plus de 200 titres -, tout paraît néanmoins lointain et impersonnel pour Xavier. Soudain, ses yeux de s’illuminent : il va choisir un livre pour l’offrir à ses enfants ! Il commande donc L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono puis Louis Braillel’enfant de la nuit de Margaret Davidson. Si lire pour lui-même ne le motive pas vraiment, il va lire pour ses enfants et faire du temps de lecture un moment de complicité avec eux. L’idée l’enchante ! Maintenant, il pense à eux quand il ouvre son livre, mémorise l’histoire pour la leur raconter, et leur donne le livre lors de leurs rencontres au parloir, comme une marque de sa présence. 

 

Philippe*, 55 ans, est un homme du Sud-Ouest, « du terroir », comme le décrit Evelyne. « Je lis tous les lundis matin », lui annonce-t-il lorsque qu’ils se rencontrent pour choisir un premier livre.  « Ah ? C’est singulier comme habitude, le lundi matin. Que lit-il donc ?» lui répond la bénévole. « Je lis le Sud-Ouest, la rubrique sport. Seulement l’article sur le rugby. » C’est tout naturellement que Philippe se dirige vers la section sport du catalogue du programme de lecture. En quatre mois, Philippe va lire trois livres, dont Football de Jean-Philippe Toussaint.  Le chef de bâtiment lui remet son attestation de participation au programme de lecture. « Trois livres ? Je suis impressionné. Je ne m’attendais pas à un tel investissement de sa part. », avoue-t-il, portant un nouveau regard sur la personne écrouée. Philippe, avec un regain de confiance en lui grâce à ses efforts qui portent leurs fruits, s’est désormais inscrit au scolaire pour une remise à niveau. 

 

Djibril*, 30 ans, est un grand gaillard de 2m10. Avec son charisme et son influence natureIle, il est le leader du groupe. Seulement, il est illettré. Et ça, il le garde pour lui, afin de ne pas perdre sa crédibilité. C’est donc en toute discrétion qu’il rencontre régulièrement Evelyne et qu’ils travaillent ensemble. Avec le soutien de la directrice du SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation), Evelyne va l’aider. Djibril, « il faut l’apprivoiser », dit-elle, comme le renard dans Le Petit Prince. « Qu’est-ce que signifie apprivoiser ? – C’est une chose trop oubliée, dit le renard, ça signifie « créer des liens » ». C’est ce que va tenter Evelyne, « créer des liens » avec cet homme fort qui cache ses faiblesses derrière un bouclier d’épines de roses. Après avoir établi une relation de confiance, Djibril prend ses marques, pose un pied dans la bibliothèque et emporte dans sa cellule L’évasion de Berthet One. Mais pressé par son  son co-détenu qui désire lui aussi lire la BD, Djibril commande le livre dans le cadre du programme de lecture et garde la BD qui va l’accompagner jusqu’à la fin de sa détention et même après, comme un symbole de sa découverte avec la lecture et l’écriture. 

 

Ce sont des histoires d’hommes, d’hommes avec une histoire, que nous raconte Evelyne. Lire leur a permis d’échanger, de créer du lien, de se valoriser, d’être valorisé, et d’avoir confiance en eux. Nous ne manquerons pas de remercier chaleureusement les bénévoles de l’association qui accompagnent les personnes détenues avec bienveillance et leur offrent leur temps pour un échange humain.

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