[PODCAST 9] Grégoire Bleu, UpCycle : « Rendre le changement désirable »

[PODCAST 9] Grégoire Bleu, UpCycle : « Rendre le changement désirable »

[MÉCÉNAT CULTUREL] Michelin roule pour le musée Guimet

[MÉCÉNAT CULTUREL] Michelin roule pour le musée Guimet

[FUSAC] Le réseau immobilier l’Adresse crée sa fondation

[FUSAC] Le réseau immobilier l’Adresse crée sa fondation

Carenews, l'actualité des associations, du mécénat et de la philanthropie

[MERCATO] François Thomas devient président de SOS Méditerranée

[MERCATO] François Thomas devient président de SOS Méditerranée

SOS Méditerranée a annoncé l’arrivée en poste de son nouveau président, François Thomas. Celui-ci succède à Francis Vallat, qui était à la tête de l’association de sauvetage en mer depuis début 2016.

 

 

 

 

Un nouveau président riche d’expérience

 

Le passage de relais s’est effectué lors de l’assemblée générale annuelle de SOS Méditerranée, le 15 juin dernier à Paris. À propos de son successeur, Francis Vallat a déclaré se dire confiant que François Thomas « saura maintenir et amplifier l'action de SOS Méditerranée et continuer de l'inscrire dans sa pureté – le droit, l’éthique, hors de toute considération politique. »

 

Breveté capitaine de première classe de la Navigation Maritime, François Thomas assume ces nouvelles responsabilités après avoir pris sa retraite en janvier 2019 au terme d’une longue carrière dans le monde maritime. Détenteur du diplôme d’officier de la marine marchande de l’École Nationale Supérieure du Havre, il a travaillé pendant une dizaine d’années au sein de la compagnie Louis Dreyfus & Cie. Il a également œuvré pendant 12 ans dans l’humanitaire, notamment en tant que directeur du département monitoring des aides alimentaires et humanitaires de l’Union européenne pour l’entreprise SGS.

 

Une association engagée pour le sauvetage en mer

 

S’exprimant sur ses nouvelles fonctions, François Thomas s’est dit « très heureux de rejoindre SOS Méditerranée, association européenne qui porte haut et fort les valeurs de solidarité des gens de mer dans le strict respect du droit. [...] Je rejoins une association très solide, à l’engagement inébranlable. »

 

Créée en 2015 à la suite de l’arrêt de l’opération de sauvetage Mare Nostrum, SOS Méditerranée a secouru 29 523 personnes qui tentaient de traverser la mer dans des embarcations de fortune. Jusqu’en décembre 2018, le navire Aquarius a assuré les opérations de sauvetage avant d’être immobilisé pour des raisons judiciaires et administratives. L’association travaille aujourd’hui activement pour reprendre au plus tôt ses activités en mer.


 

[ON Y ÉTAIT] ESSEC: Le rôle des fondations dans les politiques d’éducation

[ON Y ÉTAIT] ESSEC: Le rôle des fondations dans les politiques d’éducation

Dans le cadre de son séminaire Lunch & Learn, la chaire de Philanthropie de l’ESSEC présentait le mercredi 6 juin la conférence «The power of foundations: How should foundations influence public policies ? ». Mené par son directeur Arthur Gauthier et ses invitées Megan Tompkins-Stange, professeure de politique publique à l’Université du Michigan et Delphine Lalu, secrétaire générale de la Fondation AG2R La Mondiale, le débat a permis d’apporter des pistes de réflexions sur l’influence des fondations sur les politiques publiques en matière d’éducation.

 

Dans un premier temps, Megan Tompkins-Stange s’est penchée sur le milieu de la philanthropie aux États-Unis. Les fondations y sont particulièrement nombreuses et puissantes, plusieurs possédant des actifs de plus d’un milliard de dollars américains. La professeure s’est intéressée au pouvoir d’influence des 4 fondations les plus fortunées pour l’écriture de son livre Policy patrons : Philanthropy, education reform, and the politics of influence. Ses recherches l’ont amenée à distinguer deux types de fondations : celles dont la stratégie est axée sur les résultats et celles dont le focus est le développement d’un domaine d’actions.

 

Viser des résultats ou renforcer les communautés?

 

Megan Tompkins-Stange place dans la première catégorie des fondations comme la Bill and Melinda Gates Foundation et la Eli and Edythe Broad Education Foundation. Celles-ci possèdent ce qu’elle appelle des « valeurs de la Silicon Valley », fonctionnent de manière centralisée et travaillent avec les élites politiques et financières pour accélérer le changement. Ce type de fondations aborde les problèmes de façon technique et recherche des résultats quantifiables de la part de ses bénéficiaires, qui sont plutôt traités comme des entrepreneurs.

 

Dans la deuxième catégorie se trouvent des fondations comme la W.K. Kellogg Foundation et la Ford Foundation. Celles-ci prônent des valeurs de démocratie et d’engagement civique et s’impliquent dans le renforcement des communautés à l’échelle locale. Leur but est d’aborder les problèmes en s’adaptant aux besoins, ce qu’explique un intervenant interrogé pour l’enquête : « Il s’agit de bâtir un domaine plutôt que d’injecter une idée ou une solution spécifique. » Les résultats espérés sont alors plus qualitatifs.

 

Tenir les fondations responsables de leur influence

 

Pour Megan Tompkins-Stange, l’enjeu est de trouver l’équilibre entre les deux approches. Si la première catégorie de fondations peut avoir une influence majeure et rapide sur la rédaction du curriculum national en comparaison avec les fondations qui agissent localement, cet impact est souvent à court terme. La professeure invite en conclusion à s’interroger sur le rôle des fondations d’élite dans le processus démocratique et sur l’importance de les tenir responsables envers le public.


 

Éducation nationale : miser sur les matières fondamentales

 

En deuxième partie, Delphine Lalu fait le constat de l’éducation en France : si le décrochage est en baisse, l’écart se creuse entre les élèves qui réussissent et ceux qui rencontrent des difficultés, notamment liées aux inégalités sociales. Ainsi, sur plus de 800 000 élèves de 11 ans, 17,9 % ne maîtrisent pas bien l’écriture et la lecture et 28,4 % ne maîtrisent pas les mathématiques.

 

Sur 5 000 fondations au pays, 500 interviennent de manière directe ou indirecte dans l’éducation des 0-16 ans. Si Delphine Lalu reconnaît le travail de celles-ci, elle déplore un manque d’implication dans l’enseignement des matières fondamentales, qui représentent selon elle la base du problème. Elle pense aussi que les fondations auraient plus intérêt à rendre plus efficiente les innovations déjà en place que d’en développer constamment de nouvelles.

 

S’associer aux intervenants de premier plan

 

Se basant sur son expérience au sein de la Fondation AG2R La Mondiale, Delphine Lalu suggère quelques pistes de solutions pour les fondations françaises, un milieu encore naissant comparé aux titans américains. Elle escorte celles-ci à bien comprendre leur milieu d’intervention avant d’agir, en s’associant avec les acteurs de premier plan : dans le cas de l’éducation, les enseignants. Elle conseille aussi aux fondations de se questionner régulièrement sur leurs objectifs, et de se fédérer entre elles au lieu d’avancer de manière séparée.

 

Pour visionner ou écouter l’ensemble de la conférence et les présentations des invitées, visitez le site web de l’ESSEC.

 

[CNJ] La Fondation Abbé Pierre: le porte-voix des mal-logés

[CNJ] La Fondation Abbé Pierre: le porte-voix des mal-logés

« La misère est muette, le pouvoir est aveugle », disait l’abbé Pierre. Militant et porte-parole des plus pauvres pour ouvrir les yeux à ceux « d’en haut », il fut précurseur d’une forme d’action particulière, basée sur une présence médiatique forte pour mobiliser l’opinion et les pouvoirs publics. Une action dont sa fondation se fait la digne héritière, dans un contexte pourtant bien différent de celui de l’hiver 1954.

 

 

« Les pouvoirs publics se focalisent sur le mal-logement visible, quand il y a un vrai danger pour les habitants, mais aussi pour l’image des municipalités quand des événements sont relayés par les médias », analyse Pascale Dietrich-Ragon, sociologue et chercheuse à l’INED sur les questions du logement. « Mais il demeure un mal-logement invisible, qui à l’inverse, mobilise peu les responsables politiques. Les acteurs comme la Fondation Abbé Pierre jouent un rôle énorme dans la visibilité du problème, en s’attachant à en montrer toutes les dimensions. »

 

Donner une voix aux « sans-voix »

 

Pas facile, pourtant, de se faire entendre dans une société saturée de communication et face à des citoyens hyper-sollicités : « En 1954, lors de son appel à la fraternité des Français, l’abbé Pierre était l’une des seules personnalités à “ crier ” son indignation dans les médias. Aujourd’hui, tout le monde parle fort et il est difficile de se faire entendre », explique Yves Colin, directeur de la communication. Pour autant, la Fondation Abbé Pierre continue de bénéficier de l’image de son fondateur pour porter son message. « Même si on ne peut plus parler aujourd’hui de “ tapage médiatique ” comme Bernard Kouchner a pu le dire de l’abbé Pierre, nous poursuivons le chemin qu’il a tracé en essayant de donner une voix aux “ sans-voix ”, aussi souvent que nécessaire. »

 

Aussi souvent que nécessaire et par tous les moyens : campagnes d’affichages, événementiel, projets itinérants, parrainages de célébrités, interventions dans les médias… Régulièrement, la fondation mène des opérations « coups de poings » pour sensibiliser le grand public à la question du mal-logement. Et elle n’hésite pas à employer des images marquantes : la campagne de 2008, qui comparait la taille des panneaux publicitaires ou des arrêts de bus à celle de l’espace de vie des mal-logés, est restée longtemps dans les mémoires. En février dernier, la fondation a frappé fort sur la thématique du sans-abrisme en organisant les Pics d’Or, un prix satirique récompensant les pires dispositifs urbains anti-SDF.

 

En parallèle, le délégué général de la fondation, Christophe Robert, multiplie les interventions dans les médias. Il y dénonce, sans langue de bois, une situation préoccupante et pointe du doigt le manque d'ambition et les incohérences de la politique logement du Gouvernement : APL rabotées d’un côté, « cadeaux fiscaux » aux plus riches de l’autre, loi ELAN retoquée… Une sur-médiatisation assumée et revendiquée comme « fondamentalement identitaire » par Christophe Robert, qui se considère « dans la continuité du combat mené par l’abbé Pierre ».

 

Faire le lien entre le terrain et les pouvoirs publics

 

Pour s’armer dans son combat, la fondation publie chaque année un rapport sur l'état du mal-logement en France. Construit par un centre d'études interne, créé en 2004, composé d'un panel de scientifiques (sociologues, économistes, géographes, urbanistes...), ce rapport se veut avant tout un outil de dialogue avec les pouvoirs publics et les responsables institutionnels. « Notre objectif, avec ce rapport, est de disposer d’un support d’experts pour agir en conséquence », explique Christophe Robert, lui-même sociologue de formation.

 

Revendiquant son expertise de terrain auprès des mal-logés, la fondation regrette une statistique publique insuffisante sur le sujet du mal-logement. Les dernières études nationales remontent à 2013 et 2006 : « Un intervalle de sept ans entre deux actualisations, c’est bien trop long pour apprécier l’évolution de la situation des ménages dans un domaine aussi essentiel que le logement », estime Christophe Robert. Le rapport de la Fondation mêle cependant données nationales et travail de terrain pour ne pas se voir reprocher de « tordre les chiffres » au profit de sa cause ; une critique qui a pu lui être faite, marginalement, par le sociologue Olivier Galland dans une tribune intitulée « Méfions nous des chiffres militants ».

 

Pour Pascale Dietrich-Ragon, si la Fondation Abbé Pierre se positionne clairement comme militante, elle n’en demeure pas moins un acteur crédible. « La Fondation Abbé Pierre fonde son rapport sur des données solides, sur lesquels nous, sociologues, appuyons nous-mêmes nos recherches », explique-t-elle. « La fondation a un vrai rôle de relais entre les travaux “de l’ombre” effectués par la recherche et les médias. C’est, je pense, la vraie force de la Fondation Abbé Pierre, et c’est en grande partie grâce à cela que la société a vraiment pris conscience du problème ».

 

Article extrait du Carenews Journal n°12, printemps 2019, consacré au mal-logement.

[FUSAC] Le réseau immobilier l’Adresse crée sa fondation

[FUSAC] Le réseau immobilier l’Adresse crée sa fondation

Pour marquer son 20e anniversaire, le réseau immobilier coopératif l'Adresse lance sa propre fondation, la Fondation l’Adresse. Elle aura vocation à lutter contre les inégalités dans l’accès au logement.

 


 

Le réseau immobilier l’Adresse prolonge son cœur de métier dans une fondation, créée à l’occasion de ses 20 ans. Placée sous l’égide de la Fondation de France, la Fondation l’Adresse a été lancée officiellement début juin 2019. Elle s’est dotée d’une mission particulière : aider toute personne dont la situation de santé pourrait entraver l’accès à un toit. “L’accès au logement est un droit fondamental, qui peut, parfois, être mis en péril par la maladie”, explique le réseau immobilier.

 

L’engagement de la Fondation l’Adresse vient d’un constat, souvent ignoré du grand public : les malades, en plus de leurs problèmes de santé, ont souvent de grandes difficultés à obtenir des prêts bancaires. Cette problématique est particulièrement prégnante pour les prêts immobilier, qui sont souvent des prêts de très long terme. Les malades se voient souvent demander des garanties très importantes.


 

L’accès au logement pour les malades, un parcours du combattant

 

Selon une sondage mené avec YouGov, 21 % des femmes atteintes d’un cancer sont freinées dans leur recherche de logement, à cause de leur maladie. Ce constat est encore plus important auprès des 45 - 54 ans (48 %), catégorie particulièrement fragile puisque souvent, une famille est à charge. Parmi les femmes freinées dans leur projet immobilier, 48 % affirment avoir dû renoncer à l’acquisition d’un bien, quand 21 % ont dû reporter l’opération et 17 % différer un déménagement.

 

Pour sa première année d’existence, la Fondation l’Adresse se concentrera sur l’association Rose Up, qui oeuvre pour les femmes touchées par le cancer et pour les proches, dans la défense de leurs droits. En plus d’une aide financière, les collaborateurs des 335 agences du réseau l’Adresse viendront sur le terrain apporter leur soutien.

 

[SOCIAL TECH] AOUF, l’appli qui connecte les citoyens et les délogés à Marseille

[SOCIAL TECH] AOUF, l’appli qui connecte les citoyens et les délogés à Marseille

Après que plusieurs immeubles de Marseille se sont effondrés, en novembre 2018, les délogés ont été dispersés dans des hôtels de la métropole. Malgré ce logement temporaire, leur situation est encore difficile. C’est pour concrétiser la solidarité qui s’est créée suite à ce drame qu’un groupe de citoyens a créé la plateforme d’entraide AOUF.


 

Le 5 novembre 2018, plusieurs immeubles du centre ville de Marseille, dans le quartier Noailles, s’effondrent, victimes de leur vétusté. L’incident a provoqué la mort de huit personnes. À la suite de cet incident, plusieurs milliers de personnes sont évacuées de leurs habitations insalubres et progressivement relogées dans des hôtels, éparpillés dans toute la ville.

 

Face aux difficultés rencontrées par les personnes relogées, plusieurs bénévoles ont créé AOUF, une plateforme d’entraide locale. Le projet est né lors du hackathon #balancetontaudis, organisé en janvier dernier par le quotidien local La Marseillaise avec l’accélérateur Donut Marseille.

 

Après cinq mois de travail, le projet a enfin vu le jour. Elle a été officiellement lancée le 5 juin, pour faire “écho au drame du 5 novembre”, explique Charlotte, responsable de la communication du projet, à La Marseillaise.


 

L’objectif : qu’il n’y ait plus besoin d’une appli pour s’entraider

 

Une lessive, des vêtements, un repas… L’appli AOUF permet aux habitants de proposer des services gratuits au bénéfice des relogés, victimes des effondrements. Elle revendique déjà une soixantaine d’utilisateurs. “Si ça marche, demain, les gens n’auront plus besoin d’une application pour se contacter et Aouf aura gagné”, estime Philippine, une bénévole pour La Marseillaise.

 

Selon la mairie de Marseille, encore un peu moins de 500 personnes sont encore logées à l'hôtel, depuis le début des évacuations. Suite aux événements de novembre 2018, les habitants et les associations (Un Centre-ville pour tous, le Collectif du 5 novembre...) ont réclamé avec une pétition en ligne, l’adoption d’une charte du relogement pour les personnes évacuées.

 

La charte a finalement été votée par le Conseil municipal, le 17 juin 2019. Le texte doit être signé cette semaine à la Cité des associations par les collectifs, la Ville et la préfecture.

 

[CNJ] Le mal-logement en France

[CNJ] Le mal-logement en France

Chaque année le rapport de la Fondation Abbé Pierre alerte sur le mal-logement en France. Et chaque année la situation s'aggrave. Sans-abri, squats, hôtels, camping, logements insalubres, surpeuplement… les formes de mal-logement sont nombreuses et concernent 12 millions de personnes en France. L'effondrement de plusieurs immeubles à Marseille en novembre 2018 a rappelé l'urgence de lutter contre l'habitat insalubre. Depuis 2018, le projet « Logement d’abord », un plan quinquennal de lutte contre le sans-abrisme a été mis en place. La mise en œuvre est lente, mais sur le terrain villes, départements, associations et pouvoirs publics se mettent en mouvement pour agir contre le mal-logement.

 

 

En ouverture de son 24e rapport sur l’état du mal-logement en France, les observations de Laurent Desmard, le président de la Fondation Abbé Pierre, sont sévères. Près de 4 millions de personnes sont mal-logées. Le mal-logement ne se réduit pourtant pas à la privation de logement. Il y a bien sûr les personnes sans-domicile, à la rue, en hôtel ou en centre d’hébergement, en habitation de fortune ou encore les personnes que l'on dit très mal logées, c'est-à-dire sans eau courante, toilettes ou chauffage. Le mal-logement englobe aussi toutes les personnes touchées par la crise du logement.

 

Le mal-logement, de multiples facettes

 

En novembre 2018, l’effondrement de trois immeubles à Marseille a remis la question de l’habitat insalubre au cœur de l'actualité. En 2015, le rapport Nicol remis au ministère du Logement estimait à plus de 40 000 le nombre d’habitations indignes dans la cité phocéenne, présentant donc des risques pour la santé et la sécurité de ses occupants. Depuis plusieurs années donc, associations et habitants alertent sur l’insalubrité des logements, notamment dans le centre-ville. Il a fallu la mort de huit personnes pour que les pouvoirs publics évacuent, par sécurité, près de 1 500 personnes de leur appartement. Depuis 2016, ce sont près de 1 400 signalements de logements insalubres qui se sont perdus entre les services de l'État et ceux de la Ville. Si l'État estime que le service de la mairie est défaillant, la Ville lui retourne le reproche. Et pendant ce temps, la situation continue de se dégrader.

 

Marseille est loin d’être la seule ville concernée par ce phénomène. La Fondation Abbé Pierre estime à 600 000 le nombre d'habitations indignes en Métropole. Un chiffre qui prend en compte, entre autres, les micro-logements (moins de 9m2) et les habitations surpeuplées (moins de 18m2 par occupant). Et face à la demande de logements, toujours plus forte, les marchands de sommeil et propriétaires peu scrupuleux en profitent… 2,64 millions de ménages sont en situation de surpeuplement, soit 8,5 % des ménages en enlevant les étudiants.

 

Le mal-logement, c’est aussi la crise du logement. Dans un rapport de mai 2018, l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale montre des chiffres révélateurs. Les ménages à bas revenus consacrent en moyenne 42,4 % de leur revenu au loyer. 2,5 millions de ménages seraient donc mal logés, au titre de cet effort excessif pour se maintenir dans leur logement. Conséquence de cette situation, l'augmentation chaque année des expulsions locatives et des impayés de loyers. Le poids financier qui pèse sur ces ménages, quand il n’est plus supportable, alimente ainsi le sans-abrisme. Plus de 12 millions de personnes sont ainsi touchées par une manifestation du mal-logement, ce qui n’est pas sans conséquence.

 

Santé et isolement, les conséquences du mal-logement

 

Inlassablement, les associations alertent sur les différentes répercussions du mal-logement sur la santé des habitants. Il y a bien sûr les accidents, liés à l’insalubrité des logements : effondrement d’immeubles entiers ou du plancher, système électrique défaillant responsable d’incendie… Il y a aussi toutes les pathologies et maladies qui s’installent, provoquées par le mal-logement. Dès 2007, la Fondation Abbé Pierre avait lancé une campagne de sensibilisation sur le sujet et interpellé : « Quand on est malade, on reste à la maison, mais quand c’est le logement qui rend malade ? » Les problèmes de santé liés à l’habitat sont de mieux en mieux connus, mais peu repérés et traités. Parmi les principaux relevés par le ministère des Solidarités et de la Santé, il y a le saturnisme lié aux peintures au plomb dégradées, les maladies respiratoires liées à l’humidité et au manque d’aération, les maladies infectieuses favorisées par des équipements sanitaires insuffisants. Ces pathologies concernent aussi bien les habitats insalubres que ceux surpeuplés où la promiscuité favorise les maladies contagieuses et augmente l’humidité de l’habitation. D’après une étude de l’OCDE, un habitant en sur-occupation a 40 % de risques supplémentaires de se déclarer en mauvaise santé. Les foyers en situation de précarité énergétique sont également plus exposés aux problèmes de santé. Et là, plus de 3,56 millions de personnes sont concernées.

 

Le mal-logement a également des conséquences sociales. « Aujourd’hui, c’est la première fois que nous avons un logement pour nous », témoigne Bernadette, qui a pu être relogée grâce à la Fondation Insertion par le Logement. « Avant, c’était petit et les enfants ne voulaient pas rentrer à la maison. Aujourd’hui ils peuvent jouer et dorment bien. » Impossible d’inviter des amis ou de la famille quand on vit déjà à plusieurs dans un appartement de 20m2 ou dans un logement insalubre, en proie à l’humidité et au froid. Pour les enfants et adolescents, difficile de faire ses devoirs également. Une étude de l’OFCE* a d’ailleurs confirmé qu’un élève occupant un logement surpeuplé a 40 % de risques supplémentaires d’accuser une année de retard scolaire entre 11 et 15 ans.

 

Des politiques publiques mal coordonnées

 

L’état du mal-logement en France, dans toutes ses dimensions, n’est aujourd’hui plus contesté. À cette situation, les pouvoirs publics tentent d’apporter, depuis de nombreuses années, des réponses. En septembre 2018, l’annonce du Plan Pauvreté et de ses mesures a surpris les associations de lutte contre le mal-logement. Dans ce plan, il est question de résorber les bidonvilles, où vivent 16 000 personnes, en 5 ans et d’accorder des moyens supplémentaires pour accueillir les familles. Mais sur le terrain, les expulsions sans relogement se multiplient et les camps de Calais, Grande-Synthe, ou Paris, où survivent réfugiés et migrants, ne sont pas inclus. Sur ce volet, les pouvoirs publics renvoient à un autre plan, la stratégie « Logement d’abord », qui s’engage, en 5 ans, à construire 200 000 logements très sociaux. Le ministère du Logement a ainsi annoncé début février, qu’en 2018, « 70 000 personnes à la rue ou hébergées étaient sorties vers le logement social ou le logement adapté ». Le monde associatif et les organismes comme la Fondation Abbé Pierre alertent sur ces chiffres qui ne prennent pas en compte d’autres indicateurs comme la diminution des APL (Aides Personnalisées au Logement) ou l’augmentation des expulsions, et qui concernent un cercle plus large de personnes mal logées.

 

Des acteurs de terrain engagés localement

 

Face à cette crise du logement qui dure et s'accroît, les associations sont en première ligne et s’activent localement. Pour identifier les situations de mal-logement, les Compagnons Bâtisseurs sillonnent les routes d’Indre-et-Loire avec leur « bricobus ». Leur constat : les habitants des territoires ruraux ont souvent tendance à être mis de côté par les politiques publiques, et les délais pour obtenir des aides financières à la rénovation s’allongent. L’association recueille les signalements des situations de mal-logement, insalubrité, non-décence et précarité énergétique, repérées par les collectivités territoriales. Des visites ont lieu à domicile pour définir des projets de rénovation ; les travaux sont ensuite réalisés avec les habitants. Toutes ces actions sont menées grâce à des artisans bénévoles, du don de matériaux et des formations techniques. Le « bricobus » de la communauté de communes du Beaunois a d’ailleurs été acquis grâce à une campagne de financement participative sur la plateforme Les Petites Pierres.

 

Ce « crowdfunding solidaire pour l’accès à l’habitat décent » a comme logique de sélectionner des projets très locaux. « Ce sont souvent des projets qui pâtissent de la diminution des subventions publiques et qui ont du mal à lever des fonds », explique Bérangère Martinel, responsable développement et partenariat de la Fondation Somfy – fondation d’entreprise à l'origine du projet. « Cela nous oriente sur des projets dans toute la France,comme des projets très ciblés de construction, réhabilitation, rénovation et équipements mobiliers, mais également parfois des frais d’ingénieries comme des loyers ou des salaires. » Dans la limite de 20 000 euros, les associations sélectionnées par Les Petites Pierres font alors appel à leurs communautés pour lever des fonds et sollicitent donc des donateurs très locaux, en lien direct parfois avec le projet. Ainsi depuis 2013, la plateforme a permis à 210 projets d’être financés, ce qui représente près de 2,4 millions d’euros récoltés.

 

Les chiffres du mal-logement en France

* 143 000 personnes sont sans domicile

* 4 millions de personnes souffrent du mal-logement

* 12,1 millions de personnes sont fragilisées par la crise du logement

3,5 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique


 

La précarité énergétique

 

Selon la loi, « est en situation de précarité énergétique une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat ». Dans la réalité, on estime qu’un foyer est en précarité énergétique quand il consacre plus de 10 % de son budget à l’énergie de son logement. Les raisons sont diverses : une habitation très dégradée, mal-isolée, des équipements énergétiques défaillants, un abonnement de fourniture d’énergie inadapté… Dans le cadre de la lutte contre la précarité énergétique, plusieurs aides financières nationales ont été créées, comme le chèque énergie ou les primes « Habiter mieux » pour entreprendre des travaux de rénovation. Peu connues, elles sont donc rarement sollicitées. Souvent, par souci d’économie, nombreux sont ceux qui restaurent par petits bouts – les fenêtres, puis le chauffage et enfin le toit – ce qui paradoxalement coûte très cher et n’apporte que peu de bénéfices sur la performance énergétique. De plus en plus d’entreprises s’investissent donc, dans le cadre de leur politique RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), dans la restauration énergétique de logements et bâtiments. C’est le cas de Velux France qui a participé à un chantier dans l’Essonne. « Notre vision est d’offrir un habitat qui combine bien-être et performances énergétiques »,  explique un responsable de l’entreprise. « Aujourd’hui il est tout à fait possible de faire entrer la lumière naturelle, tout en étant performant sur le plan énergétique. Dans ce projet, il était nécessaire de faire des logements sous combles de cet immeuble ; des habitats lumineux, confortables et durables pour réduire les consommations d’énergie des habitants. Avec cette opération, c’est la deuxième fois que nous nous engageons en faveur de la lutte contre la précarité énergétique dans l’habitat. »

 

Et si vous deveniez propriétaire solidaire ?

 

C’est l’une des solutions pour lutter contre le mal-logement. Différents dispositifs, peu connus, permettent à des familles modestes de se loger grâce à un loyer bien inférieur au prix du marché. Le plus répandu, Solibail, existe dans 9 régions de France. Le fonctionnement est simple : l’appartement est loué pendant 3 ou 6 ans par par une association à une famille modeste. Les propriétaires, via les associations et pouvoirs publics, sont assurés contre les risques d’impayés et de dégradations. Pour le propriétaire, confier son appartement est la garantie d’une triple sécurité : « une garantie sur le paiement des loyers, un avantage fiscal important sur les revenus locatifs, une gestion et un entretien du bien par des professionnels. » Et les ménages installés bénéficient en plus d’un accompagnement social jusqu’à un relogement durable.

 

D’autres formules existent, comme le bail à réhabilitation : le propriétaire confie pendant 15 ans son logement à l’association, il ne touche pas de loyers, mais tous les travaux de réhabilitation et réaménagement sont pris en charge par l’association. À l’issue du bail, le propriétaire récupère un appartement mis à neuf. Ainsi, à Paris, uniquement via le dispositif « Louez solidaire », 1 040 logements sont actuellement en gestion. Le Gouvernement voudrait créer 40 000 de ces locations d’ici 2022.

 

L’investissement solidaire

 

Depuis plus de 30 ans, la fédération Habitat et Humanisme œuvre sur le terrain du mal-logement, à travers différentes associations ou lieux d’accueil, mais également grâce à une société foncière solidaire. « L’objet de notre foncière est de construire des logements dans les quartiers socialement équilibrés pour ne pas ajouter de la fragilité là où il n’y en a que trop », confie le père Bernard Devert, fondateur d’Habitat et Humanisme. « Il s’agit de construire pour permettre à des personnes de se reconstruire. » Dans cette foncière, plus de 60 % des actionnaires sont des personnes physiques, les 40 % restants sont portés par des institutions. Les investissements sont entièrement destinés à financer des logements pour les personnes en difficulté : un euro investi permet à Habitat et Humanisme de mobiliser 3 à 4 euros. À partir de 40 000 euros, la fédération loge une famille.

 

Les projets dans lesquels la foncière investit sont choisis selon deux critères : « le caractère social du projet valorisant la diversité sociale et les questions liées à la mobilité et au devenir du quartier afin de sécuriser l’investissement », précise Bernard Devert. Habitat et Humanisme développe ainsi l’habitat intergénérationnel, les pensions de famille, mais également l’habitat adapté aux personnes handicapées ou en perte d’autonomie. C’est ainsi que la foncière d’Habitat et Humanisme a été retenue par la ville de Paris pour une opération dans un hôtel particulier, place des Vosges. Le lieu accueillera des familles modestes au cœur de la capitale et proposera un restaurant social ainsi qu’une conciergerie. « L’urgence est de redonner du bon sens à l’économie », confie le fondateur. Par l’épargne solidaire, les actionnaires peuvent ainsi investir sur du long-terme, sans spéculation et dans des projets à fort impact social.

 

L’autorecupero en Italie

 

Rome, comme toutes les capitales européennes, n’est pas épargnée par la crise du mal-logement. Les expulsions se multiplient, les prix des loyers explosent et la spéculation immobilière vide les centres-villes. Depuis une vingtaine d’années, des coopératives d’habitants pratiquent « l’autorecupero », autrement dit de l’auto-récupération résidentielle. Le principe : récupérer l’usage de bâtiments publics vacants, les rénover et y reloger les foyers en difficultés. Pour ce faire, les bâtiments restent des propriétés publiques, bien souvent donc celles des municipalités, mais l’usufruit est confié à une coopérative d’habitants, ceux qui vont y vivre. Le propriétaire doit donc entretenir les parties communes et la façade, mais à l’intérieur, la rénovation et l’attribution des logements sont gérées par la coopérative elle-même. Même si des entreprises et artisans peuvent être sollicités pour les gros travaux, les habitants participent eux-mêmes à la rénovation. Les loyers diminuent ainsi jusqu’à être trois fois inférieurs au prix du marché. C’est également un avantage pour les municipalités où le patrimoine public est vacant, dégradé et soumis à la spéculation. Si le phénomène existe, il peine malgré tout à se développer car l’état d’esprit de la municipalité est primordial, notamment pour passer d’une solution alternative à une véritable politique publique.  

 

*Observatoire Français des Conjonctures Économiques. Marché à procédure adaptée sur la mesure du coût économique et social du mal-logement [Rapport]. octobre 2015.


Article extrait du Carenews Journal N°12, consacré au mal-logement.



 

[MÉCÉNAT CULTUREL] Michelin roule pour le musée Guimet

[MÉCÉNAT CULTUREL] Michelin roule pour le musée Guimet

Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tou·te·s, signe pour carenews.com une rubrique mensuelle. À travers des chroniques étudiant quelques cas de mécénat culturel, Bernard Hasquenoph retrace l'historique des relations entre de grandes marques, souvent de luxe, et les institutions culturelles françaises. Croisant les problématiques de la philanthropie, du marketing, de l'image, du financement, du parrainage... ses récits sont au coeur d'une spécificité bien française, celle du mécénat culturel traditionnel, devenu nécessaire et omniprésent, parfois sans le dire, dans les musées, établissements publics, opéras, théâtres... Aujourd'hui, focus sur le mécénat de Michelin et de sa fondation d'entreprise pour le musée national des arts asiatiques Guimet.

 

 

Un plafond pyramidal décoré de près de 300 assiettes en porcelaine chinoise des 16e et 17e siècles ! Pour admirer cette curiosité, il faut se tordre le cou. Et se rendre à Lisbonne, au Palais dos Santos, siège de l’Ambassade de France depuis 1909. Autant dire que l’endroit n’est pas des plus accessibles. À Paris, le musée national des arts asiatiques - Guimet rêvait depuis longtemps de promouvoir cette merveille dont il avait supervisé la restauration en 1980. Pour ses grandes expositions ou ses activités sociales, le musée est accompagné par des mécènes parmi lesquels Total, longtemps Areva, des partenaires asiatiques comme la banque Nomura ou la fondation Sasakawa, mais difficile de trouver un financement pour un projet aussi pointu. Jusqu’à un heureux concours de circonstances que raconte Guillaume Ravaille, chef du service du mécénat et des partenariats internationaux du musée : « Fortement implanté en Chine, le groupe Michelin souhaitait soutenir un projet valorisant le patrimoine de ce pays qui soit également novateur et exigeant scientifiquement. »

 

En effet, en 2014, le célèbre fabricant de pneus annonçait son intention de doubler son activité en Chine, premier marché automobile mondial, où il possède plusieurs usines géantes. Aussi, quand la Fondation d’entreprise Michelin approcha Guimet en janvier 2017, le choix s’imposa de lui-même. D’autant que cette « salle des porcelaines » lisboète constitue un « témoignage inestimable des premiers échanges commerciaux et culturels entre la Chine et l’Europe ». De quoi plaire à un grand groupe industriel à l’ère de la mondialisation. Côté musée, c’est un peu le partenariat idéal puisque le projet inclut étude scientifique (ce qui est rare), campagne photographique, reconstitution 3D, exposition itinérante entre France, Portugal et Chine avec un catalogue en plusieurs langues. Le tout entièrement financé par Michelin, pour un montant non divulgué. Seul indice, la convention de mécénat signée en 2018 pour 3 ans faisait partie de la quarantaine de projets culturels soutenus par la fondation cette année-là pour 2,4 millions d’euros.

 

En s’invitant dans ce musée parisien, Michelin se savait-il en terrain conquis ? Le lieu ayant lui-même été créé en 1889 par un mécène et industriel : Émile Guimet. On a tendance à l’oublier, leur dénomination nous étant devenue familière, mais jusqu’au début du 20e siècle, un certain nombre de musées, créés par des collectionneurs ou à partir de leurs legs, portent leur nom. Déjà du « naming » en quelque sorte. C’est d’autant plus vrai pour Guimet qu’il s’agissait non seulement d’un patronyme, mais aussi d’une marque. Tout le monde connaissait alors le « Bleu Guimet », couleur artificielle découverte par son père. Le produit avait fait la fortune familiale grâce à ses nombreuses applications populaires (comme la lessive). Emile, héritant de l’entreprise, en assuma la direction et tout en la faisant prospérer, s’adonna à ses passions parmi lesquelles les antiquités égyptiennes et les objets asiatiques qu’il ramena de longs voyages, intéressé par leur aura sacrée. D’abord mécène de lui-même, il choisit de partager avec le plus grand monde sa collection, allant bien au-delà d’une pratique courante dans son milieu bourgeois. Après un premier musée créé à Lyon en 1879, il le transféra à Paris pour le rendre plus visible, dealant, en bon chef d’entreprise, avec les autorités. Il fit don à l’État de toute sa collection en échange de la construction, sur un terrain offert par la ville, d’un musée (dédié initialement aux religions et aux civilisations orientales) à son nom pour l’éternité, d’une subvention de fonctionnement pendant 40 ans et de son embauche à vie (sans salaire) au poste de directeur. C’est ainsi que le musée privé devint national. La conception qu’en avait Émile Guimet était novatrice pour la France. Soignant la scénographie, il s’agissait de rendre intelligibles les objets présentés, à des fins d’instruction. Inspiré du modèle américain, c’était aussi un centre de recherches et de publications, un lieu de conférences et de spectacles. Sa vision était celle d’« un musée qui pense, un musée qui parle, un musée qui vit », selon ses propres termes.

En 1904, le patron en lui n’étant jamais loin, il usait de la métaphore entrepreneuriale pour se souvenir du déménagement de son musée dans la capitale : « J’avais fait une sorte d’usine scientifique et je me trouvais loin de la matière première et loin de la consommation. Dans ce cas-là, on déplace l’usine. » Encore dans la même veine et toujours d’avant-garde, il développa l’institution comme il le fit pour ses affaires, en créant des annexes : « Les dons, les collections arrivent avec une telle abondance que le Musée, ainsi qu'une industrie prospère est amenée à créer des filiales, se voit forcé d'organiser des succursales en province. » Un manager à la tête d’un musée, bien avant l’heure…

 

[CNJ] Les maux du logement

[CNJ] Les maux du logement

Les chiffres que vous découvrirez dans ce dossier thématique cette semaine sont parlants, la France et l’Europe souffrent du mal-logement depuis plusieurs décennies. Logements vides, insalubrité et marchands de sommeil défraient l’actualité de temps à autre. Pourtant, l’indifférence est souvent de mise. Le mal-logement apparaît comme un pis-aller alors que tant sont sans abri. Ce que l’on se dit souvent, c’est alors que ce n’est “pas si pire”, puisque avoir un toit, c’est déjà quelque chose.

 

Beaucoup de silences se cachent derrière cette question, entre le désaveu des pouvoirs publics et la honte des personnes mal-logées… Les chiffres sont souvent militants et les témoignages difficiles à trouver. Cette question traitée en demi-teinte est pourtant dramatique quand on sait les problèmes physiques et psychiques qu’elle entraîne : difficultés professionnelles, cassures sociales et familiales, mauvaises rencontres et vice immobilier... On bascule vite dans le mal-logement. Mais la pudeur nous fait souvent fermer les yeux. Par peur d’identification certainement ; par honte d’une situation d’ampleur nationale aussi.

 

Être logé·e dignement : un droit fondamental

 

La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 statue : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. » Les recherches sur le droit au logement nous ont amené ainsi à différencier les droits « liberté » comme ceux de presse ou de pensée, très identifiés. Et les droits « créance » plus difficilement décelables dont le droit au logement fait partie. Il est intrinsèque à la notion de dignité ou encore, comme l’explique l’association DALO [Droit Au Logement Opposable], inclus « dans la référence à des “ moyens convenables d'existence ” – une décision du 19 janvier 1995 du Conseil constitutionnel a qualifié le droit au logement d' “objectif à valeur constitutionnelle ”.» La société a ainsi l’obligation de s'organiser pour qu'une « offre de logements d'un coût compatible avec les ressources des plus pauvres soit disponible». Car c’est bien de dignité qu’il s’agit. Être logé·e dignement est un droit fondamental et les consciences, acteurs publics et citoyens, doivent s’emparer du sujet. Faire société, c’est aussi bien loger.  

 

Devant une situation critique, des notes très positives contrastent. Quelques associations en ont fait leur fer de lance. Quelques fondations d’entreprises l’ont incluse dans leur champ d’intervention. Le potentiel de progrès sur cette question est immense, et l’action de celles et ceux qui s’engagent au quotidien pour le développer est à saluer et à mettre en lumière. C’est tout le propos de ce numéro 12 du Carenews Journal.  

 

Article extrait du Carenews Journal n°12, printemps 2019, consacré au mal-logement.



 

[POSITIVONS] «Un chez soi d’abord» : la clé vers le logement pour les sans-abri

[POSITIVONS] «Un chez soi d’abord» : la clé vers le logement pour les sans-abri

Début janvier 2019, « Un chez soi d’abord » a été mis en place à Lyon pour accompagner durablement des personnes en situation de rue et atteints de troubles psychiques vers un logement, et à plus long-terme vers la réinsertion. Le concept ?  Proposer aux personnes en situation de grande précarité et présentant des troubles psychiques sévères un accès direct à un logement stable, sans passer obligatoirement par un centre d’hébergement temporaire. Une fois logées, ces personnes sont accompagnées au quotidien par une équipe médico-sociale pluridisciplinaire. Mis en place depuis six ans dans d’autres villes de France, les chiffres ne trompent pas sur les réussites de ce dispositif. Ainsi, 85 % des sans-abri se maintiennent dans le logement et se rétablissent au bout de deux ans.

 

 

Le dispositif « Un chez soi d’abord » est la transposition française du projet « Housing First », initié à New-York dans les années 1990. Cette expérimentation postule que les personnes, y compris celles qui sont durablement sans-abri, ont des compétences pour accéder et se maintenir dans un logement.

 

Francis, qui a pu expérimenter ce dispositif témoigne : « Tout a changé pour moi, parce que je suis passé de rien à un toit sur la tête. Le programme nous aide à nous intégrer et à avoir nos propres logements. Une fois qu’on a le logement, si on paye le loyer et qu’on garde le logement propre, il n’y a pas de soucis. On est suivi, ils viennent nous voir une fois par semaine,. C’est aussi au niveau de la santé que ça va mieux. Maintenant que j’ai le logement, il ne me manque plus que le travail ! »

 

Les personnes sans abri vivent en moyenne 30 ans de moins que la population générale

 

Les personnes sans abri vivent en moyenne 30 ans de moins que la population générale, et un tiers d’entre eux souffre de problèmes psychiques sévères. Face à ce phénomène, les ministères en charge de la santé et du logement ont lancé, en 2011, le dispositif « Un chez soi d’abord » dans quatre villes de France. Celui-ci a été le précurseur du plan quinquennal pour le logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme, appelé plan « Logement d’abord ».

Après une première phase d’expérimentation réussie, l’État souhaite porter à 16 le nombre de sites « Un chez soi d’abord » d’ici 2022 (soit 2 000 nouvelles places).

 

Accéder à un logement ordinaire sans passer par un centre d’hébergement temporaire.

 

Expérimenté à Paris, Toulouse, Marseille et Lille, l’objectif de ce programme est d’éviter que les sans-abri, atteints de troubles psychiatriques, ne soient hébergés que trois nuits par semaine dans les centres d’accueil. L’approche de ce programme est originale puisqu’il ne conditionne pas l’accès à un logement ordinaire à la réussite d’un certain nombre d’étapes préalables comme l’arrêt des consommations psychoactives ou comme la prise d’un traitement relatif aux troubles psychiques. Grâce à un accompagnement quotidien pluridisciplinaire, le suivi est fortement individualisé. Ainsi les personnes organisent leur accompagnement et sélectionnent les services qu’elles souhaitent utiliser.

 

Les résultats de l’évaluation menée sur les 6 dernières années dispositif sont édifiants : 85% des personnes sont toujours logées et accompagnées à la fin des 2 ans d’expérimentation. De plus, le programme est un réel outil d’intégration sociale. Ainsi, la grande majorité des personnes accompagnées a repris des liens avec son entourage, ses amis ou sa famille et 20% des personnes ont été accompagnées vers une formation professionnelle, un emploi ou des activités bénévoles. Le logement, qui est un droit fondamental, devient un tremplin pour faciliter les soins et l’inclusion sociale.

 

[DERNIÈRE MINUTE 24] Les brèves mécénat, associations et intérêt général

[DERNIÈRE MINUTE 24] Les brèves mécénat, associations et intérêt général

Toutes les infos en bref qui font rayonner l’intérêt général ! Cette semaine, des remises de prix, un lancement de MOOC pour apprendre le français aux primo-arrivants et aux réfugiés, une vente solidaire avec un partenariat entre Sézane et Videdressing, une vente aux enchères de vins rosés en faveur de la fondation de Yann Arthus Bertrand et le lancement d’une nouvelle souscription par la Fondation du patrimoine.

 

 

Remise de prix et récompenses

 

Le programme Audi talents a récompensé le 4 juin 2019 au Palais de Tokyo à Paris, trois nouveaux lauréats : Camille Menard, Teddy Sanches, Roman Weil. Pour cette 13e édition, Audi talents met à leur disposition pendant un an les moyens : financiers – une dotation de 70 000 euros par projet – ainsi qu’un accompagnement pour leur permettre de concevoir, produire et exposer leur projet inédit. Leurs projets seront présentés à l'occasion d'une exposition en 2020.

 

La Fondation pour une agriculture durable, sous égide de la Fondation de France, a récompensé le 5 juin en Nouvelle-Aquitaine, deux lauréats : Lucile Muneret, pour sa thèse sur l’effet de l’expansion de l’agriculture biologique sur la biodiversité, et Yann Raineau, pour sa thèse sur les défis environnementaux de la viticulture. Cette fondation souhaite ainsi encourager les doctorants dont les travaux concourent à améliorer la durabilité de l’agriculture.

 

L'Académicien français Amin Maalouf a reçu le mercredi 5 juin, le prix Aujourd'hui pour « Le naufrage des civilisations » (Grasset), un essai sur la crise que traversent les mondes arabe et occidental. Cette récompense dotée de 45 000 euros, ce qui en fait l'un des prix littéraires les mieux dotés en France grâce au mécénat de François Pinault, distingue un « document politique, historique, sociologique ou philosophique ».

 

Le 5 juin, la Fondation NRJ-Institut de France a remis son Prix Scientifique 2019 à  Philippe Faure, directeur de recherche, sous la Coupole de l’Institut de France. Son programme de recherche sur « les traits de personnalité et la susceptibilité à la dépendance à la nicotine » lui valu un prix d’un montant de 150 000 euros.

 

Le 5 juin 2019 a eu lieu la remise des prix de la 8ème édition des Chatons d’Or au CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental), le festival de la nouvelle économie créative ouvert à tous. Parmi les 17 créatifs récompensés, Meet My Mama, a reçu le 1er prix de la catégorie "Entreprises et Formations", Descodeuses a reçu le prix spécial Pôle Emploi dans la même catégorie, “Déjà dans nos assiettes” a reçu le premier prix de la catégorie "responsabilité & environnement" et “Spécial Coach” le 1er prix pour la catégorie "Citoyenneté et engagement".

 

Éducation

 

L’étude du ministère de l'Éducation nationale parue le 6 juin révèle que 1 jeune sur 10 est en difficulté de lecture et 1 sur 20 en situation d'illettrisme. Celle-ci repose sur une évaluation en lecture donnée à 713 000 hommes et femmes âgés de 16 à 25 ans dans le cadre de la journée défense et citoyenneté en 2018.

 

Solidarité et engagement sociétal et citoyen

 

L'Afpa, engagée depuis 2015 dans l'accueil de migrants, porte depuis 2016 plusieurs programmes d'accueil et d'insertion de primo-arrivants et de réfugiés. Celle-ci a lancé depuis le 11 juin, un MOOC (formation gratuite en ligne, ouverte à tous) destinée à apprendre le français aux grands débutants. Baptisé FLI (Français Langue d'Insertion), ce MOOC utilise une pédagogie innovante, basée sur la phonétique.

 

Le Groupement d’intérêt public (GIP) a lancé, le 9 mai, le programme "l'Anquête" qui fédère les principaux acteurs de la solidarité dans le Gers : le Département, la Banque alimentaire, la Croix Rouge, le Secours Populaire, le Secours Catholique, le CIAS, l’UDCCAS, mais aussi Les Restos du cœur, Valoris, les Maisons de solidarité, toutes les associations caritatives, ainsi que le service du numéro vert social. L’objectif ? Faciliter la coordination de l'aide alimentaire et faire de celle-ci un réel outil d'inclusion sociale.

 

Depuis le 15 avril jusqu’au 30 juin 2019, STAEDTLER invite les enfants du monde entier à faire un dessin pour la bonne cause. En effet, pour chaque dessin reçu, 1 euro est reversé à l'organisation humanitaire Plan International. Sur le thème « DESSINE TON RÊVE », les enfants sont invités à représenter leurs rêves les plus fous sous forme de dessin, à imaginer leur futur métier, ce qu’ils aimeraient devenir plus tard...

 

Du 12 juin au 12 juillet, les femmes adeptes de la marque Sézane pourront vendre leurs jupes et autres vêtements Sézane sur la plateforme pionnière des pièces d'occasion Videdressing. La vente permettra également de gagner des bons d’achat. En effet, pour chaque article vendu sur Videdressing, un bon d'achat équivalent à 10 % de la vente sera offert. La marque reversera la même somme au programme solidaire DEMAIN pour soutenir les actions concrètes en faveur de l’accès à l’éducation, à la culture et le combat pour l’égalité des chances.

 

Du vendredi 28 juin au dimanche 18 août 2019, la Fête des Loges revient dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye pour 7 semaines de manèges et d'animations en tout genre. Pour l'ouverture de la Fête des Loges 2019, les forains s'associent avec un bracelet vendu 19 € qui permet aux petits et grandes de faire 15 tours de manège sur 15 attractions différentes le vendredi 28 juin 2019 de 19h jusqu’à 1h30. Cette opération, caritative, permet de soutenir la Fondation Gustave Roussy pour faire avancer la recherche et guérir le cancer de l’enfant.

 

Entreprises

 

En 2019, Swiss Life réitère son engagement, par l’intermédiaire de sa fondation d’entreprise dont l’une des missions principales est de soutenir la création. Plus de 110 collaborateurs des deux sites de Swiss Life sont devenus des artistes d’un jour. Équipés de bombes de peinture aérosol et de combinaisons, ils ont créé deux œuvres originales à Levallois et Roubaix, les 16 et 23 mai, afin d’illustrer le thème de la liberté de choix.

 

La Fondation PSA et la Croix-Rouge française renouvellent leur partenariat sur le financement de dispositifs d’action sociale dans le cadre du « Programme Mobilités ». La Fondation PSA place la mobilité au cœur de ses actions. C’est pourquoi elle soutient à travers ce partenariat non seulement des dispositifs « Croix Rouge sur Roues », des véhicules de transport social mais aussi l’élaboration d’outils d’accompagnement des bénévoles pour leur permettre de développer leurs actions sur les territoires.

 

Le constructeur automobile Ligier a choisi de réaliser 200 modèles miniatures de sa voiture 2019. Ces voitures miniatures seront vendues à l’occasion du 24 Heures du Mans qui ont lieu les 15 et 16 juin 2019. Elles sont disponibles au prix de 60 euros. L’association Mécénat Chirurgie Cardiaque en recevra tous les bénéfices pour financer l’opération d’un enfant atteint de malformations cardiaques. Ces miniatures seront également disponibles dans la boutique officielle Ligier.

 

Six nouvelles personnalités rejoignent la « Vigie Palladio », créée en 2018 par la Fondation Palladio, sous l’égide de la Fondation de France, pour renforcer son action auprès de celles et ceux qui ont ou auront la responsabilité du développement de la Ville et des lieux de vie. La Fondation Palladio a décidé de se doter de cette instance originale pour éclairer ses orientations et actions, attirer son attention sur les tendances émergentes – sous le double angle tendances lourdes et signaux faibles – et mieux intégrer les enjeux sociétaux des villes du futur

 

Environnement

 

Le vendredi 24 mai, les grands producteurs des vins rosés de la Région Sud (Vins de Provence, Vignobles de la Vallée du Rhône, Inter Vins) ont tous accepté de participer à une vente aux enchères en faveur de la fondation de Yann Arthus Bertrand «Good Planet». Plus de 60 000 euros ont été récoltés.

 

Art et patrimoine

 

Grâce au mécénat de la Société des Amis de Versailles, en partenariat avec la Fondation du Patrimoine, le château de Versailles a pu acquérir le portrait d’Alexandrine Jeanne le Normant d’Étiolles, fille de la Marquise de Pompadour, peint en 1749 par François Boucher. L’œuvre sera présentée à partir du 7 juin dans les appartements de Mesdames, filles de Louis XV (accessibles en visite libre), avant d’être exposée définitivement dans les appartements de Madame de Pompadour (accessibles uniquement en visite guidée).

 

Ce vendredi 14 juin, SAYPE a dévoilé à la presse, en compagnie des adjoints à la Maire de Paris Christophe Girard et Dominique Versini et des équipes de SOS MÉDITERRANÉE, son œuvre de 15 000 m2, réalisée en soutien à l'association de sauvetage en mer. Plus grande fresque biodégradable jamais réalisée par l'artiste de land art, « BEYOND WALLS » s'inspire de la main tendue par les marins-sauveteurs pour porter assistance aux naufragés de la Méditerranée.

 

Le mardi 14 mai, la Fondation du patrimoine a lancé une nouvelle souscription pour les cas les plus urgents parmi 2.800 sites menacés en France, en même temps qu'elle clôturait sa collecte de fonds pour la cathédrale Notre-Dame de Paris, en partie détruite par un incendie le 15 avril.

 

Le Festival de la Bergerie Nationale à Rambouillet aura lieu les samedi 29 et dimanche 30 juin 2019. La recette sera entièrement reversée au profit de la rénovation du colombier de la Bergerie nationale. En collaboration avec la Fondation du Patrimoine et grâce au Crédit Agricole Ile-de-France Mécénat, la première phase des travaux sera engagée en 2019.

 

Ce lundi 3 juin, la programmation du festival du film de Cabourg (Calvados), qui se déroulera du mercredi 12 au dimanche 16 juin 2019, a été dévoilée. Les organisateurs ont voulu s’engager pour les droits des femmes. La soirée de gala sera également dédiée à la fondation Panzi, fondée par le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix en 2018.

 

Le ministère de la Culture, la Fondation du Patrimoine et la Mission Stéphane Bern ont dévoilé ce mardi 11 juin, les 103 nouveaux sites qui bénéficieront de l’opération Loto du patrimoine. Ils viennent s’ajouter à la première liste dévoilée au mois de mars.

 

L'information en direct des associations et des mécènes