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Emmanuel Jaffelin : La gentillesse comme entreprise post moderne

Emmanuel Jaffelin : La gentillesse comme entreprise post moderne
Philosophe et conférencier, Emmanuel Jaffelin est l'auteur, entre autres, du livre "Éloge de la gentillesse en entreprise" (éd. First, 2015). La gentillesse n’a pas bonne presse. L’entreprise non plus. Et pourtant, les deux sont des formes d’amour que notre société a du mal à reconnaître comme telles.


 

La gentillesse n’a pas bonne presse. L’entreprise non plus. Et pourtant, les deux sont des formes d’amour que notre société a du mal à reconnaître comme telles. Commençons par l’entreprise. Entreprendre signifie originellement commencer, mettre en œuvre. Il y a un élan dans toute entreprise. Ne pas aimer l’entreprise revient à ne pas aimer l’élan. Dans un monde statique ou sclérosé, le refus d’entreprendre et la critique de l’entreprise sont les symptômes d’une difficulté à aimer. L’entreprise est un élan qui conduit à produire de la richesse, d’autant plus qu’elle a compris que la vraie richesse est l’humanité. Le véritable humus de l’entreprise, c’est l’élan qui pousse les hommes à agir, mais aussi et surtout à s’aimer dans l’action.

 

La gentillesse est également une entreprise. Le gentil est porté par un élan qui le conduit à rendre service à autrui : par ce petit geste, il tisse un lien et se met ponctuellement entre parenthèses. En latin, gentilis désigne le noble, celui qui est bien né ; en français aujourd’hui, le gentil s’anoblit, non par sa naissance, mais par son aisance qui le pousse vers autrui. Le méchant est vide : c’est pour cela qu’il prend et devient prédateur animal. Le gentil est plein : c’est pour cela qu’il donne et devient tisserand des relations humaines.

 

Nous comprenons alors la raison pour laquelle l’entrepreneur est un nouveau gentilhomme et l’entreprise une nouvelle gentilhommière : le premier, car il fait de la production de richesse une riche occasion de promouvoir l’humanisme ; la seconde, car elle devient un lieu prometteur et dynamique d’anoblissement par la sociabilité qu’elle développe. Penser le travail comme un élan revient à faire de chaque actif une nouvelle gente dame ou un nouveau gentilhomme. Dans ce monde postmoderne, la gentillesse dans l’entreprise fait la synthèse entre les vieilles civilisations de l’honneur et nos sociétés du bonheur. Nouvelle devise : Be gentle !

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