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[ENTRETIEN] Léa Thomassin, co-fondatrice et Déléguée Générale d’HelloAsso

[ENTRETIEN] Léa Thomassin, co-fondatrice et Déléguée Générale d’HelloAsso
La septième édition de la Social Good Week se tient du 7 au 14 mars 2018. Baptisée “Reboot”, elle veille à sensibiliser particulièrement autour du développement d’un web solidaire, au service de l’humain. Une centaine d’évènements sont organisés dans une quinzaine de ville partout en France. Nous en avons profité pour rencontrer Léa Thomassin, co-fondatrice d’HelloAsso et à l’initiative du projet aux côtés d’Ismaël Le Mouël. Leur mission ? Faire rimer Internet et intérêt général, et accompagner à cet effet les associations dans leur transition numérique.


 

 


Pouvez-vous revenir sur votre parcours, et votre rencontre avec Ismaël Le Mouël ?

 

Je suis diplômée d’une école de commerce, l’ESSCA. Au terme de mon master, j’ai eu envie de creuser le sujet de l’entrepreunariat social, de comprendre comment mener des initiatives et avoir plus impact. J’ai atterri à La Ruche où j’ai rencontré Ismaël (Le Mouël, co-fondateur d’HelloAsso). Lui avait un parcours d’ingénieur puis d’entrepreneur, il avait fait un peu de conseil, et s’était tourné vers La Ruche pour trouver du sens. Avec Bruno Humbert, le président des Ruches, nous avons alors imaginé Mail For Good (ie : structure ayant précédé HelloAsso), pour réveiller l’engagement. Le constat de départ était que l’on pouvait accompagner le développement des associations grâce aux nouvelles technologies. Puis nous en sommes venus à HelloAsso, dont la mission est d’accompagner les associations dans leur transition numérique. Nous avons ensuite créé la HelloAsso Académie, pour enseigner aux associations comment utiliser le numérique pour leurs projets à impact social. Nous réfléchissons désormais à la construction d’un grand programme numérique à destination du monde associatif. Les grandes lignes du programme devraient être prêtes en juin, pour une mise en application dès le mois de septembre.

 

Quelle est la force de votre modèle par rapport aux opérations de collectes ponctuelles ?

 

Nous utilisons les nouvelles technologies, qui ont démocratisé la collecte en ligne. Avant, pour faire une collecte de fonds auprès du grand public, il fallait acheter des espaces dans la presse, le métro... Aujourd’hui, un email suffit, et c’est gratuit. Pour les petits projets, cela signifie une audience plus large. Les réseaux sociaux permettent également le partage et la communication autour des bonnes actions. Chacun peut devenir un véhicule d’information. On assiste de fait à une mutation de la générosité, car auparavant l’expression de la solidarité restait dans la sphère de l’intime. Enfin, notre modèle offre une gestion clé en main aux associations, et leur évite notamment des frais de structures.

 

La Social Good Week commence cette semaine. Quelle est l’ambition de cet évènement ?

 

Quand nous avons commencé avec HelloAsso, nous passions pour des hippies dans les incubateurs d’innovation “tech”, et n’étions pas non plus tout à fait à notre place à La Ruche, où il y avait alors que très peu de projets web. Nous voulions regrouper les acteurs intermédiaires hybrides comme nous, mettre en lumière des projets utilisant le numérique pour apporter des réponses à des problèmes sociaux ou environnementaux. L’écosystème dans lequel on évolue est important pour se former. Le premier Social Good Day a donc eu lieu en 2011, puis le Social Good Day est devenu la Social Good Week, pour encourager les rencontres entre les différents acteurs des technologies, et valoriser des projets alternatifs au grand public.

 

Pouvez-vous revenir sur le thème de cette année, “Reboot” ?

 

Reboot”, car on veut questionner un redémarrage idéologique du web, et sortir du modèle unique. Internet, ce n’est pas que la Silicon Valley. C’est un terrain de valeurs à défendre, et il faut que les nouveaux tous les acteurs qui y participent prennent conscience de leur responsabilité. Les géants du web revendiquent de connecter le monde ? Nous répondons : connecter le monde ne suffit pas. L’engagement de Facebook ces plateformes est encore trop timide au vu de leurs moyens. Comment luttent-ils sur le contrôle contre la désinformation ? Ils ont un pouvoir gigantesque, et ils ne rendent de compte à personne. Cette culture de l’opacité est hallucinante. Un jour j’espère, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) prendront leurs responsabilités, mais en attendant il faut montrer une autre voix. Moi, je ne veux pas me dire que cinq acteurs concentrent 90% des revenus sur internet. En faisant tout pour conserver leurs monopoles, les GAFAM tuent l’innovation. Heureusement, D’ici une quelques d’années, la prise de conscience sera telle que les attentes du public iront vers des plateformes qui assument leur responsabilité sociale et intègrent ces problématiques. Ce que l’on veut, c’est encourager tous les acteurs du web à repenser leurs objectifs.

 

Comment voyez-vous l’évolution de l’ESS les prochaines années ?

 

Il a déjà beaucoup évolué depuis dix ans. On a encouragé la création de structures de l’ESS et d’un écosystème. Les structures historiques (mutuelles, banques coopératives...) ont bien répondu, et les jeunes pousses ont apporté un vent frais sur l’ESS, qui a été dynamisé en terme de visibilité des évènements, les nouvelles structures tech/ESS ont rajouté de l’appétence pour le secteur… Aujourd’hui, on assiste à l’émergence d’un nouveau type de profil, des personnes avec une grande expertise dans leur domaine, qui ont besoin de trouver du sens. Les diplômés des grandes écoles sont de plus en plus nombreux à vouloir faire de l’entrepreunariat social. Comment je vois l’ESS dans les prochaines années ? J’espère que la préoccupation de l’impact social sera présente partout, et que l’ESS ne sera plus seulement un secteur.

 

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