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[ENTRETIEN] Charlotte Debray, déléguée générale de La Fonda

[ENTRETIEN] Charlotte Debray, déléguée générale de La Fonda
Fraîchement élue ministre de la vie associative du gouvernement virtuel de l'ESS, Charlotte Debray est depuis 2010 déléguée générale de La Fonda. Laboratoire d'idées consacré au monde associatif, La Fonda, reconnue d'utilité publique, représente les associations et éclaire les dirigeants associatifs sur les évolutions du secteur. Elle cherche à inspirer et à mutualiser ses forces vives. La Fonda vient d'ailleurs de lancer la plateforme web du Carrefour des innovations sociales, pour recenser les innovations sociales en France. Charlotte Debray porte pour Carenews son regard sur son parcours et sur un secteur associatif en perpétuelle mutation.


 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours  ?

 

J'ai toujours été très attachée à l'intérêt général, qui est le fil conducteur de mon parcours. Mes rares expériences dans le «  monde lucratif pur  » n'ont pas été très heureuses... J'ai été investie à différents titre à avec Unis-Cité pendant 12 ans ; j'étais volontaire dans la deuxième promo, nous n'étions que 24 jeunes, des pionniers [6 105 jeunes inscrits en service civique en 2016]. Je voulais faire une pause dans mes études d'urbanisme et je cherchais à faire du bénévolat ; je n'ai finalement jamais repris mes études. La force d'Unis-Cité c'est de provoquer les rencontres improbables et édifiantes ! J'y ai ensuite été salariée puis j'ai travaillé pour des grands groupes sur leur politique de RSE ou mécénat. Par exemple avec l'IMS- Entreprendre pour la cité [actuellement Les entreprises pour la Cité]. Très concrètement, on a par exemple lancé «  Entreprise et quartiers  »  : on a inventé et testé le CV anonyme, le speed jobing, la formation par des DRH... J'ai fait un passage express chez Microsoft pour m'occuper du mécénat France et j'ai ensuite dirigé Unis-Cité Île-de-France. Avant de poursuivre par 4 ans en free-lance pour accompagner des projets artistiques et culturels. En 2010, je suis entrée à La Fonda et j'en suis devenue la déléguée générale. 

 

Quelles sont les missions de La Fonda et les vôtres  ? 

 

La Fonda est une association qui réunit 200 membres, personnes physiques et partenaires. Elle a deux missions. La première c'est la mission historique de construire une parole politique qui représente et défende le monde associatif et qui fasse reconnaître son apport essentiel ; c'est ainsi qu'a été créé Le mouvement associatif, qui assume aujourd’hui pleinement cette parole politique. Dans les années 2000, dans le contexte de la crise économique, La Fonda s'est donné une deuxième mission  : aider les responsables associatifs à se doter de visions stratégiques. En 2010, le programme Faire Ensemble 2020 a été lancé pour animer le débat et proposer des éclairages et des outils pour accompagner la réflexion des responsables associatifs sur nombre de sujets importants : modèle économique, problèmes de gouvernance, bénévolat, transition numérique, vieillissement démographique, alliances entre les associations et les pouvoirs publics ou les entreprises...

 

À La Fonda, j'anime le réseau, je copilote les dispositifs de travail, je suis en charge de la mobilisation de bénévoles (pour participer à nos travaux ou animer la gouvernance de l’association), mais 80 % de mon travail c'est de chercher des fonds  ! Nos mécènes principaux sont la Fondation SNCF, la Fondation du Crédit coopératif, Chorum, la Macif, et la Caisse des dépôts. Nous avons également des subventions de l’État et de la Mairie de Paris, ainsi que des mécènes qui souscrivent ponctuellement à nos études. 

 

Quel est votre regard sur le secteur  ? 

 

J'ai un poste d’observation privilégié. Si à La Fonda on a une attitude de réflexion, on ne veut pas pour autant rester dans une tour d'ivoire  ! J'observe un monde associatif en transition, qui est constitutif de la société et qui en est le reflet  ; il bat en brèche l'idée que la société est individualiste  ! 43 % des Français sont engagés dans une association, parfois même sans le savoir. Le modèle associatif a un bel avenir devant lui, car les «  réflexes  » associatifs sont partout, notamment la mise en commun et la puissance démultipliée du faire ensemble. Le format association «  loi 1901  » est  souple et intelligent, mais il n'a pas été pensé faire du "commerce". Pour certaines associations, devenir employeur et développer des activités génératrices de recettes est une transition qui doit être accompagnée. Avec le numérique, la tendance est plus dans des modèles d’action éphémères et locaux, ce dans un contexte de porosité croissante entre le privé lucratif, le non lucratif, le public, la recherche... Ma conviction, c'est que les communautés d'action sont l’avenir et le salut des associations de demain, elles sont très puissantes, car elles décloisonnent et réunissent des acteurs indépendants, mais qui décident de travailler ensemble  ! Mais si le modèle fédéral ne se réinvente pas rapidement, les communautés d’actions risquent de court-circuiter le monde associatif pyramidal et descendant. Pour finir, je soulignerais que le monde associatif a gagné en reconnaissance par les pouvoirs publics, mais il faut rester vigilants et sans cesse argumenter pour que la contribution du monde associatif soir reconnue et encouragée. C’est le sens du programme Faire ensemble 2030 que nous inaugurons : valoriser et amplifier l’action des associations et de leur partenaires en faveur des Objectifs de développement durable.

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