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[ON Y ÉTAIT] Rock en Seine, tour d'accessibilité

[ON Y ÉTAIT] Rock en Seine, tour d'accessibilité
Le festival Rock en Seine, c’est le rendez-vous incontournable de la scène rock et pop de la pré-rentrée, qui fête ses 15 ans cette année. Dès ses débuts en 2003, Rock en Seine s’est affirmé comme un festival engagé, notamment en œuvrant sur l’accessibilité de ses évènements aux personnes en situation de handicap de tout type et aux publics fragiles. Progressivement, les dispositifs se sont améliorés, perfectionnés, élargis, pour toujours plus d’accessibilité et d’interactivité. Carenews était présent à cette édition 2018 et revient sur l’ensemble des mesures mises en place pour l’accessibilité au festival.


 

Rock en Seine, festival accessible et inclusif

 

La mise en place d’un parcours accessibilité dans un festival n’est déjà pas chose aisée ; mais pour Rock en Seine, le défi était particulièrement de taille, puisque le festival est organisé chaque année sur le Domaine national de Saint Cloud, un parc de région parisienne classé monument historique en 1994 et labellisé “Jardin remarquable” en 2005. Deux labels qui contribuent au rayonnement du lieu et donc du festival, mais qui imposent aussi des précautions particulières pour son organisation.

 

Rock en Seine a dépassé ces contraintes techniques pour mettre en place un dispositif important autour de l’accessibilité, en commençant par une équipe de bénévoles dédiée, déployée sur tout le festival pour l’information et l’accompagnement des personnes en situation de handicap. L’ensemble des structures du festival (parkings, toilettes, comptoirs des bars, chemins) a été adapté pour les fauteuils roulants, et des plateformes d’accessibilité ont été installées face aux quatre scènes. Pour les malvoyants et non-voyants, des plans du festival ont été édités en braille ou en gros caractères. Enfin, pour les personnes équipées d’appareil auditif, des boucles magnétiques ont été mises en place pour leur permettre d’entendre le concert sans être gêné par les autres bruits du festival.

 

Mais comme le rappelait Bénédicte Hamon, chargée de mécénat pour Rock en Seine, la problématique de l’accessibilité va au-delà de celle du handicap : l’accessibilité, c’est aussi donner de la visibilité à des associations pour sensibiliser les festivaliers à leurs causes. Depuis 2010, plusieurs associations et fondations sont présentes sur le festival. Pour l’édition 2018, pour la première fois, Rock en Seine a lancé un appel à projets pour les sélectionner et Carenews faisait partie du jury. Le jury a sélectionné les associations SOS Méditerranée, qui oeuvre pour le sauvetage des migrants en mer, Le Refuge, qui accueille et soutient les jeunes homosexuels victimes d’exclusion familiale, et La Cloche, qui lutte pour une société plus inclusive en faveur des personnes sans domicile fixe.

 

Enfin, l’accessibilité concerne aussi les familles, et plus précisément les enfants. À cet effet, un mini Rock en Seine permet aux familles de participer au festival et de partager des moments conviviaux, autour d’activités de plein air et musicales. Une “Radio mini rock” a même été installée pour permettre aux enfants d’expérimenter et d’interviewer des artistes du festival.

 

Un échange des bonnes pratiques pour progresser en matière d’accessibilité

 

Rock en Seine a également été l’occasion d’échanger sur les bonnes pratiques et innovations en matière d’accessibilité dans les festivals, ainsi que dans les autres événements ou sur les sites culturels. Les échanges, autour d’une table ronde, étaient traduits en direct en langue des signes.

 

Régis Brault, vice-président du festival Au foin de la rue, a présenté le parcours inspirant de ce petit festival de Mayenne en matière d’accessibilité. Lancé il y a 19 ans, le festival a initié la réflexion il y a 8 ans, avec la volonté de prendre en compte les cinq champ du handicap (visuel, auditif, moteur, psychique et mental) dans sa politique d’accessibilité. Parmi les initiatives innovantes mises en place, des performances en chant-signes pendant les concerts avec l’association Les mains baladeuses, depuis 2012, et la nouveauté 2018, Subpac, un gilet vibrant permettant aux personnes sourdes de ressentir les vibrations de la musique.

 

Les autres évènements culturels et le patrimoine culturel historique sont évidemment tout aussi concernés par les problématiques d’accessibilité. Laure Pressac, responsable de la mission stratégie, prospective et numérique pour le Centre des Monuments Nationaux (CMN), souligne les difficultés rencontrées dans leur recherche d’une accessibilité maximale aux monuments historiques, qui est une obligation légale pour tout ERP (établissement recevant du public), alors même que les protections dont bénéficient ces bâtiments interdisent souvent de faire des aménagements spécifiques. Le CMN privilégie beaucoup les outils interactifs, notamment le numérique (tablettes et pupitres, boucles numériques), ainsi que les visites adaptées avec un médiateur. Par ailleurs, un Incubateur du patrimoine a été lancé cette année pour porter des projets liés à la valorisation et à l’accessibilité du patrimoine.

 

Ce n’est pas un scoop, le numérique est l’un des vecteurs les plus efficaces pour innover en matière d’accessibilité. Cyril Courtonne a ainsi présenté Aurizone, un GPS d’intérieur intégré sur une application smartphone qui permet aux malvoyants d’être guidé à l’intérieur d’un bâtiment. L’application est en plein développement, avec pour ambition de pénétrer les espaces étudiants. Une phase de test est notamment menée actuellement dans les bâtiments de l’ESSEC à Cergy-Pontoise. De son côté, la startup TheatreinParis, portée par Carl de Poncins, propose aux touristes non-francophones des lunettes connectées donnant la traduction des dialogues pour suivre des pièces de théâtre et des comédies musicales.

 

Karine Rossignol, directrice générale de la Fondation pour l’Audition, a conclu cette table ronde en estimant que “les choses bougent en matière de handicap”, tout en insistant sur le potentiel d’un incubateur dédié au handicap, car de nombreuses innovations auraient besoin d’être soutenues. Une conclusion nuancée par Michaël Jérémiasz, multi-médaillé de tennis paralympique et ambassadeur accessibilité pour Malakoff Médéric depuis 2 ans. Pour ce festivalier assidu, si toutes ces initiatives sont souhaitables et doivent être encouragées, elles comportent un risque : celui de finir par parquer les personnes en situation de handicap, sous prétexte de leurs difficultés. “Ce que l’on revendique le plus, c’est l’autonomie, (...) la possibilité d’arriver par nos propres moyens, et sur place, d’avoir accès à toute l’information”, témoigne-t-il. “L’idée, c’est de trouver des solutions très pratiques et très concrètes, ensemble.”

 


 

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