Header logo

Le portail n°1 dédié à l'intérêt général

Plan pauvreté : les réactions du secteur de l’intérêt général

Plan pauvreté : les réactions du secteur de l’intérêt général
Emmanuel Macron a dévoilé ce jeudi le Plan pauvreté, porté par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Très attendu par les acteurs de l’intérêt général, ce plan annonce se concentrer sur deux axes forts : la prévention de la précarité et la réinsertion professionnelle. Parmi les mesures phares annoncées, la création à l’horizon 2020 d’un revenu universel d’activité, le repas à un euro dans les cantines ou encore la création d’un service public à l’insertion. Les réactions des acteurs de l’intérêt général sont assez mitigées ; petite enfance, logement, minimas sociaux et précarité alimentaire sont les points les plus sujets à débat. Carenews vous présente un panel non-exhaustif de ces réactions, de la Fondation Abbé Pierre à l’association ATD Quart Monde, en passant par le Secours Populaire.


 

“Peut mieux faire” : entre encouragements et scepticisme sur les mesures et leur financement

 

 

Pour Jean-François Maruscyzak, délégué général d’Emmaüs France, “la bonne nouvelle, c’est que le Président prend enfin conscience de la situation de la pauvreté en France”, qualifiant la mesure sur le revenu universel d’activités de “surprise du chef”. Il appelle cependant à la “prudence”, rappelant que ce même président avait diminué les APL et les contrats aidés. La Croix-Rouge, dans un communiqué, considère que le plan pauvreté "démontre la volonté du Gouvernement de s'inscrire dans une nouvelle dynamique en renforçant la prévention et l'insertion par l'activité".

 

Pour Apprentis d’Auteuil, qui rappelle partager l’ambition du gouvernement d’éradiquer la grande pauvreté en une génération, “ce plan traduit une prise de conscience républicaine”, mais la fondation reste sceptique quant à un “plan ambitieux qui demande à être concrétisé”. Alors que le gouvernement annonce un budget total de 8 milliards d’euros pour la réalisation de ces mesures, l’association ATD Quart Monde souligne qu’une part significative de ces 8 milliards correspond en fait à un simple redéploiement de budget, et “s’interroge” sur la réalité des “moyens humains et financiers” alloués à ce plan.

 

Un certain consensus semble cependant se dégager parmi les acteurs de l’intérêt général et du monde associatif quant aux mesures relatives à la précarité alimentaire, en particulier pour les enfants. Henriette Steinberg, secrétaire nationale du Secours Populaire, se réjouit de ces mesures et notamment du repas à 1 euro, soulignant que “les enfants sont les premiers touchés par la pauvreté”. Le plan pauvreté du gouvernement vient en écho du Baromètre de la pauvreté 2018 publié le 11 septembre par le Secours Populaire, qui se concentre principalement sur la précarité alimentaire. Pour Les Restos du Coeur, le plan pauvreté va “dans le bon sens” concernant les mesures d’accès à “l’alimentation des plus démunis et en particulier des enfants”, alors que 38% des bénéficiaires des cantines des Restos sont des enfants.

 

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, salue également ce qu’il considère comme des “efforts importants” dans le domaine de la petite enfance, ainsi que de l’accompagnement vers l’emploi. Cependant, il fait part de son “inquiétude” quant à la situation des ménages les plus modestes et des jeunes sans ressources, et dénonce un “manque important”, “un plan incomplet”, qui n’aborde pas suffisamment la question des prestations sociales. Un constat partagé par Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité, qui qualifie le plan pauvreté de “sursaut bienvenu”, mais qui reste néanmoins “une première étape”.

 

 

Minimas sociaux et logement, des oublis qui inquiètent le monde associatif

 

 

Le non-relèvement des minima sociaux et la question de l’hébergement apparaissent comme les grands oubliés de ce plan pauvreté, ou du moins, “pas à la hauteur des besoins” ainsi que le résume Louis Gallois dans son interview au Monde. De son côté, l’association Droit au Logement s’indigne : “Emmanuel Macron a oublié de traiter la question des sans-logis, des mal-logés et de l'immobilier cher”, et dénonce dans un communiqué : “Pas un mot sur les APL, soutien à la loi Elan qui met en place des mesures anti-pauvres, rien pour protéger les victimes des marchands de sommeil ou loger les sans-abris et habitants de bidonvilles”. L’association Les petits frères des Pauvres tire également la sonnette d’alarme quant à la situation des personnes âgées, exclues, selon elle, de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté. L’association espère que la mesure concernant la refonte des minima sociaux concernera également l'ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), et déplore l’absence de mesure de lutte contre l'isolement “alors que la pauvreté et la perte d'autonomie renforcent l'isolement et la solitude”.

 

Certaines associations soulignent également des manquements dans les mesures relatives à l’enfance et la petite enfance. Tanguy Desandre, président de Maplaceencrèche, qualifie ces mesures de “tromperie”. “Sous couvert d'un plan de lutte contre la pauvreté, se cache une coupe budgétaire immense”, a-t-il déclaré dans un communiqué, alors que l’association Familles de France juge les moyens alloués à la petite enfance “trop insuffisants”. Louis Gallois indique également n’avoir “rien vu sur la santé scolaire, un secteur en déshérence, tellement décisif pour détecter les maladies” et dénonce une politique de l’autruche de la part du gouvernement : “Nous savons que les enfants issus des bidonvilles, des hôtels et des centres d’hébergement ne sont pas en bonne santé.” Une alerte qui rejoint la problématique du mal-logement, qui touche bien évidemment également les enfants. “Parler d'égalité des chances, c'est un bon principe, mais complètement irréaliste par rapport aux enfants mal-logés ou qui dorment dans la rue”, pour Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au Logement.

 

Enfin, mesure forte du Plan pauvreté, la mesure de création d’un revenu universel de solidarité, qui viendrait fusionner le plus grand nombre possible de prestations sociales, est encore lacunaire dans ses modalités, selon le Mouvement français pour le revenu de base, qui considère que ces annonces “manquent encore d’ambition et surtout d’inconditionnalité, critère essentiel à l’émancipation des individus et à leur liberté réelle”. Claire Hédon, présidente d'ATD Quart Monde, juge la mesure “intéressante”, mais avertit : "Il ne faut pas que [le revenu universel d'activité] aboutisse à une diminution des prestations sociales pour les gens.". Stéphanie Goujon, de l’Agence pour le Don en Nature (ADN) – et ministre de la Solidarité du gouvernement virtuel et idéal de l’ESS #ESSrules ! – salue la mesure car elle reste “un élément positif pour lutter contre les non-recours aux prestations sociales et contre la stigmatisation”.

 

Le combat est loin d’être terminé, ainsi que le résume Émilie Chanson, de la Société de Saint-Vincent-de-Paul (SSVP) : “Au-delà des chiffres et des annonces, voyons des vies, des visages et décidons d'aller à leur rencontre. Nous devons plus que jamais poursuivre nos missions sur le terrain vers les plus pauvres”.

 

 

, , , , , , , , ,