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[ON Y ÉTAIT] Forum mondial Convergences 2018

[ON Y ÉTAIT] Forum mondial Convergences 2018
L'un des temps forts de la rentrée 2018 était sans conteste le forum mondial Convergences. Cette 11e édition, qui s'est tenue les 3 et 4 septembre derniers au Palais Brongniart à Paris, a rassemblé les acteurs des mondes économiques, politiques, associatifs, académiques et médiatiques sur le thème : "Faire société, faire demain". Cinq thèmes faisant partie des ODD (Objectifs de développement durable) fixés par l'ONU, ont été retenus lors de cette édition 2018 : santé et bien-être, éducation de qualité, travail décent et croissance économique et enfin villes et territoires durables. Réflexions, partages d'expérience et décloisonnement des acteurs ont été le fil conducteur du programme ponctué d'ateliers, de conférences et de débats. Carenews vous en propose une sélection.


 


 

Ciné-Débat, “ Quelle éducation pour le XXe siècle ?”


 

Lundi 3 septembre, l’un des premiers programmes du forum Convergences était consacré à l’éducation du XXIe, mise en perspective dans le cadre d’un d’un ciné-débat. Judith Grumbach y a présenté son film Une idée folle produit par Ashoka. Durant plusieurs mois, elle a fait le tour de France des écoles développant des outils pédagogiques innovants et soucieux du bien-être des enfants, rencontré des enseignants, des directeurs d’établissements et filmé l’évolution de ces dispositifs.

 

Soirée médias : “comment les médias contribuent-ils à changer le monde ?”


 

Le grand auditorium a fait salle comble lundi soir pour sa grande soirée médias dédiée au journalisme engagé, orchestrée par Sparknews. Trois figures européennes de l’impact journalism sont venues présenter leur média : Alison Gee, pour BBC World Hacks au Royaume-Uni, Elena Comelli pour Buone Notizie, le supplément d’une trentaine de pages de la Corriere Della Serra, qui booste chaque mardi les ventes du quotidien ; et enfin Pasquale Ferrara pour le programme télévisé suisse 10Vor10. Entrecoupées de zapping présentant les différents reportages, leurs interventions ont permis de synthétiser deux interrogations majeures liées à la pratique de l’impact journalism : certes, les rédactions sont frileuses – mais de moins en moins –, mais la demande existe chez le grand public, et les audiences comme les ventes le prouvent.

 

Avant de clôturer la soirée, Sparknews a annoncé le lancement de l’impact journalism movement, un équivalent de l’AFP (Agence France Presse) pour le journalisme de solutions.

 

Loi Pacte : “Pour un entrepreneuriat européen responsable, inclusif, solidaire et engagé - un regard européen sur la loi Pacte”


 

C’était l’un des grands rendez-vous du forum, et il a tenu ses promesses. Le débat autour de la loi Pacte réunissait en effet des décideurs européens (Ulla Engelmann de la Commission Européenne, Nicolas Schmit, ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Économie sociale et solidaire dans le gouvernement de Xavier Bettel au Luxembourg), des représentants de l’entrepreneuriat social (Emery Jacquillat de la CAMIF, Béatrice Garrette, de la Fondation Pierre Fabre), et des spécialistes juridique et scientifique (Blanche Segrestin de Mines ParisTech et Alissa Pelatan, avocate engagée). Le Prix Nobel de la Paix 2006, Muhammad Yunus, a clôturé le débat avec un discours empreint d’humanisme en revenant sur sa propre expérience, la fondation de la Grameen Bank. Lisez dans notre article dédié un rapport complet sur ce débat.


 

Atouts, outils et perspectives de la mesure d’impact pour les financeurs

 

Intervenants : Bernard Horenbeek (La Nef), Michel Laviale (ORSE), Cécile Leclair (AVISE), Raphaèle Leroy (BNP Paribas), Émeline Stievenart (KiMSO), sous la modération de Antonin Amado (RSE DATA News).

 

Les financeurs de projets sociaux, qu’il s’agisse des banques “classiques” ou des organismes solidaires, sont de plus en plus regardants sur l’impact social ou sociétal des projets qu’ils soutiennent. Impact qu’il s’agit alors de mesurer. Qu’est-ce que la mesure d’impact et comment mesure-t-on l’impact ? Deux questions complexes auxquelles ont tenté de répondre les intervenants de cette table ronde. L’enjeu principal, derrière la mesure d’impact, est évidemment de pouvoir comparer des projets différents en termes d’impact. Aujourd’hui, aucun process généralisé n’existe pour mesurer l’impact, mais des outils de standardisation existent : l’outil MESIS (mesure et suivi de l’impact social) fournit 15 critères d’évaluation en phase de due diligence, et 400 indicateurs d’impact social. Cependant, avec la “quantification” de l’impact, viennent les risques de se contenter de faire du reporting ou de la communication social washing et de cacher l’impact réel derrière des chiffres auxquels on peut faire dire tout et n’importe quoi. C’est pourquoi, l’impact ne doit pas être noyé sous les chiffres, mais doit être concret, objectif et vérifiable. Avant toute chose, il revient donc au financeur et au porteur du projet social de trouver un langage commun sur la notion et le champ de l’impact social (emploi, cohésion territoriale, écologie, solidarité…) ainsi que sur la façon de le mesurer. La mesure peut se faire de manière quantitative, ou de manière qualitative, sur le terrain.

 

 

Utilité sociale : quel changement de paradigme dans le monde de la finance ?

 

Intervants : Éric Campos (Crédit Agricole SA & Fondation Grameen), Alexandre Mars (Epic Foundation), Laurence Mehaignerie (Citizen Capital), Jérôme Saddier (Crédit Coopératif), Eva Sadoun (LITA.co), Emmanuelle Yanakis (Blue like an orange Sustainable capital), Muhammad Yunus (Grameen Bank), sous la modération de François Debiesse (ADMICAL et Fondation de l’Orangerie) et de Jean-Luc Perron (Yunus Center et Convergences).

 

Alors que les stocks annuels mondiaux de gestion d’actifs sont évalués à 100 000 milliards de dollars, les flux relatifs à la philanthropie (au sens large) s’élèvent, eux, à 500 milliards de dollars. Un changement de paradigme s’opère aujourd’hui avec les nouvelles générations, mais il demeure insuffisant. Comment orienter le monde de la finance vers plus d’impact, plus de responsabilité et un changement d’échelle ? La finance ne doit plus être vue comme une fin en soi, mais comme un moyen, qui doit permettre notamment aux entrepreneurs de créer une entreprise pour changer les choses. Un risque est évidemment pointé du doigt, celui d’une finance à deux vitesses : la finance “classique” du business as usual, et la finance “durable”. Pour éviter cet effet pervers, plusieurs leviers peuvent être mobilisés : intégrer la mesure d’impact dans les indicateurs de performance et dans le calcul du retour sur investissement, pénaliser les externalités négatives trop fortes des entreprises, améliorer la transparence des opérations financières, ou favoriser la coopération internationale, contre le protectionnisme. Le législateur et la sphère politique ont en ce sens un rôle évident à jouer, qui doit aujourd’hui être renforcé.


 

Vers une responsabilité éducative des entreprises : quels partenariats territoriaux ?

 

Intervenants : Céline Liegent (STEF), Marc Vanesson (Vers le Haut), sous la modération d’Alain Chaveau (Fondation FACE), Frédérique Weixler (Inspectrice générale de l’éducation nationale), Céline Calvez (députée Hauts-de-Seine).

 

Au cœur du débat, la “RSE éducative” : quel est le rôle des entreprises dans l’éducation et la formation, et comment ce rôle doit être valorisé ? L’éducation apparaît aujourd’hui comme la “grande oubliée” de la RSE ; pourtant, de nombreux sondages montrent que les jeunes attendent en priorité des entreprises qu’elles forment aux métiers de demain et qu’elles intègrent les jeunes en entreprise. Sur la question du rôle de l’entreprise, un consensus s’est rapidement dégagé : il faut ouvrir aux jeunes, le plus tôt possible, le monde du travail, le monde de l’entreprise, et les motiver à être acteur de leur futur professionnel. Cette rencontre avec le monde professionnel se fait par des parrainages, des journées portes ouvertes, sans se limiter au stage de 3e. L’entreprise a donc un rôle à jouer auprès des jeunes pour compenser les limites du système éducatif, et pour corriger les ambivalences contemporaines : élitisme, obsession pour les diplômes et pour les parcours de réussite. En interne également, l’entreprise doit oeuvrer à l’employabilité de ses salariés, en favorisant les évolutions et la formation continue de ses salariés, notamment sur les soft skills. L’école, de son côté, doit valoriser davantage les filières professionnelles. L’entreprise peut donc contribuer à l’éducation par plusieurs canaux : en tant que fournisseur de biens et services, en tant qu’employeur, et en tant que partenaire de l’intérêt général (mécénat de compétences, diffusion du savoir).


 

L'apprentissage de la lecture, clé de l'autonomisation des communautés

 

Intervenants : Rita Chalhoub (Vision du Monde), Gervanne Leridon (African Artist for Development), Joseph Nzali (Unlock Literacy), Marc Vanesson (Vers le Haut), Kerin Ord (World Vision International)



 

L'accès à l'éducation est devenu un enjeu crucial pour l'autonomie des pays dits en voie de développement. Vision du Monde (World Vision) a développé le modèle "Unlock Literacy", un programme pour l'apprentissage de la lecture, ancré dans la recherche fondamentale, qui accompagne les enseignants, les parents ainsi que la communauté dans laquelle s'inscrit l'enfant. Entre 2012 et 2017, le programme a pu améliorer le taux d'alphabétisation de près de 1,7 million d'enfants via la formation de 83 000 enseignants, l'ouverture de 6 000 clubs de lecture et l'édition de 4 millions de livres.

 

Évaluation de l'utilité sociétale des partenariats associations-entreprises

 

Intervenants : Charles-Benoît Heidsieck (le Rameau), Muriel Barnéoud (Groupe La Poste), Marielle Del'homme (AG2R La Mondiale), Emmanuel Dupont (Commissariat général à l'égalité des territoires), Philippe Jahshan (le Mouvement associatif), Géraldine Lacroix (Caisse des Dépôts)

 

À mi-chemin de l'étude exploratoire des impacts des alliances innovantes, la rencontre au forum mondial Convergences était l'occasion d'en présenter les premiers enseignements, en invitant les acteurs pionniers des secteurs publics, privés, et associatifs, à venir témoigner de leur propre expérience. Si les territoires et leurs enjeux sont le premier bénéficiaire des partenariats associations-entreprises, ils sont aussi un terreau fertile pour l'innovation et le changement d'échelle. Les différents intervenants ont soulevé les forces et les fragilités de ces alliances.

Pour AG2R La Mondiale, l'accord préalable d'une méthodologie d'évaluation permet d'instaurer un cadre pour le partage des pratiques.

La Caisse des Dépôts souligne quant à elle l'homogénéité des parcours dans le financement et l'accompagnement, constatant notamment une distribution hétérogène des possibilités en fonction du niveau d'échelle, rappelant également que si le territoire est le lieu de l'impact, il est aussi le lieu de grandes disparités.

Le Commissariat général à l'égalité des territoires témoigne du sentiment partagé d'une nouvelle approche des compétences dans la perspective de co-construction. Au-delà d'une question d'échelle ou de tension local/national, il est fait état de l'émergence d'une société civile portée par ces alliances innovantes. Les enjeux à venir s'articulent, à présent, à  l'articulation de ces partenariats et des formes qu'ils peuvent revêtir : une étude est actuellement menée au sein de 12 territoires pilotes afin de déterminer les modalités nécessaires pour acter cette démarche de co-construction.

Le Mouvement Associatif évoque l'interdépendance des échelles locales, nationales et internationales pour le développement durable, tant pour les collectivités que pour les entreprises, dont il souligne la co-responsabilité dans cette optique. Les asymétries parmi les différentes parties sont aussi un élément crucial à prendre en considération dans le montage de la relation, il est donc nécessaire d'intégrer ces différences pour réduire les inégalités et mieux répartir les rôles.

Enfin, pour le Groupe La Poste, il est nécessaire de quitter une logique du don et de la bonne conscience pour ériger plutôt le partenaire associatif comme un partenaire et un acteur de l'innovation, rendant à l'engagement sociétal des entreprises une vision stratégique et opérationnelle.

 

 

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