[ENTRETIEN] Lucie Basch, co-fondatrice et directrice de Too Good to Go

[ENTRETIEN] Lucie Basch, co-fondatrice et directrice de Too Good to Go
Ingénieure centralienne, Lucie Basch débute sa carrière dans l’industrie agro-alimentaire au Royaume-Uni chez Nestlé. Mais rapidement, elle comprend qu’elle a une carte à jouer ailleurs : pour l’intérêt général. Elle quitte donc son emploi avec l’idée de créer une plateforme permettant de lutter contre le gaspillage alimentaire. L’application Too Good To Go, qui permet aux commerçants de revendre à très bas coût leurs invendus directement auprès des utilisateurs, voit le jour en 2016. Deux ans plus tard, les résultats sont plutôt encourageants : 4 000 commerçants partenaires dans l’Hexagone, plus d’1,3 million de repas sauvés de la poubelle et 2 millions de téléchargements. À l’heure du premier bilan, Lucie Basch regarde déjà vers l’avenir et veut que son entreprise devienne un mouvement de référence dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.


 

Quel est votre parcours ?

 

J’ai une formation d’ingénieure, et j’ai débuté ma carrière dans le secteur de l’industrie alimentaire. Dans l’usine de production, on nous demandait d’améliorer les processus, de produire plus vite et pour moins cher, quitte à créer plus de perte... Je me suis assez rapidement interrogée et j’ai démissionné au bout de deux ans, avec l’idée de créer une application. La force du digital, c’est qu’il peut nous connecter les uns aux autres à tout moment, à tout endroit. J’ai commencé à coder moi-même, puis j’ai recherché des développeurs, et lancé le projet en juin 2016.

 

Vous avez un diplôme d’ingénieure. Pourquoi et quand avez-vous décidé de vous tourner vers l’intérêt général ?

 

Le gaspillage alimentaire a toujours été un sujet d’intérêt pour moi. À l’école, j’avais toujours le yaourt périmé de mes copains qui m’attendait sur la table ! Puis le fait de commencer ma carrière dans l’industrie alimentaire a accéléré ma prise de conscience.

 

Quelle est la force du projet Too Good To Go ?

 

Too Good To Go, ça veut dire “Trop bon pour être jeté”. Les gens se géolocalisent, ils voient nos commerçants partenaires, choisissent, paye une petite somme et se déplacent sur le créneau de la fermeture pour récupérer un panier surprise. On ne sait jamais ce qu’on va récupérer, mais c’est un modèle gagnant-gagnant. C’est une action très concrète pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Nous avons commencé à Paris puis à Lille, et aujourd’hui nous avons plus de 4 000 commerçants présents dans toute la France, et deux millions de téléchargements. À l’origine, nous ne faisions que l’alimentaire, mais nous nous sommes aperçus que les possibilités étaient immenses. Nous avons désormais des fleuristes, et nous pouvons répliquer ça sur tous les produits qui ont une durée de vie limitée en travaillant aussi bien avec les producteurs qu’avec les supermarchés ou les distributeurs.

 

Quel est aujourd’hui votre regard sur le secteur de l’ESS (économie sociale et solidaire) ?

 

Il faut que l’ESS devienne l’économie habituelle. C’est pour ça que j’ai construit Too Good To Go sous la forme d’une entreprise et pas en association. Une entreprise, c’est un projet, il y a derrière l’idée d’avoir une vraie vision qui a un impact positif sur la société. Chaque entreprise devrait avoir cette vision. Les grands groupes alimentaires, au lieu de motiver leurs collaborateurs à prendre un maximum de parts de marché devraient avoir l’objectif de donner l’accès à une nourriture saine et de qualité à un maximum de personnes. Il faut pouvoir trouver un modèle économique qui le permette. Les gens sont en quête de sens, et avec le numérique, notamment, on peut permettre à tout le monde d’en trouver. Les choses sont en train de bouger, les gens ont accès à l’information et se posent des questions sur les incohérences de notre société.  

 

Quels sont les projets de To Good To Go ?

 

Nous voulons dépasser le stade de l’application. Nous sommes aujourd’hui une vraie communauté qui lutte contre le gaspillage alimentaire, avec le pouvoir de faire évoluer les choses. Deux millions de personnes utilisent l’application, donc quand les députés font passer un amendement sur le doggy bag, ils nous demandent notre avis. Voilà notre but : mettre en place une politique publique pour faire évoluer les choses en profondeur sur la question du gaspillage alimentaire. Récupérer son panier sur Too Good To Go, c’est le premier pas vers une consommation plus responsable, vers l’impact que l’on peut avoir. Il faut faire comprendre aux gens qu'en changeant leurs habitudes du quotidien, ils contribuent à résoudre des problématiques globales.






 

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