[HORS-FRONTIÈRES] Brésil – Ordre, Progrès… et Générosité ?

[HORS-FRONTIÈRES] Brésil – Ordre, Progrès… et Générosité ?
Comment s’organise la philanthropie ailleurs qu’en France ? Dans sa rubrique mensuelle Hors-Frontières, William Renaut informe les lecteurs de Carenews sur les ressorts de la générosité dans les pays européens et ailleurs dans le monde. Ce mois-ci, nous partons dans le plus grand pays d’Amérique du Sud, poumon vert de la planète abritant une partie de la forêt amazonienne. 9e économie du globe, le Brésil a connu un développement fulgurant au cours des dernières années. Cependant, le pays continue de faire face aux problématiques que partage le continent sud-américain : inégalités sociales galopantes, corruption et, plus récemment, instabilité politique. Alors que le pays vient de se donner un président d’extrême droite, quels sont les ressorts du don dans ce pays de 209 millions d’habitants ?


 

Le secteur associatif brésilien : un poids léger

 

Si on l’oublie facilement, le Brésil n’est une démocratie que depuis 30 ans : la nouvelle constitution, rédigée après la chute de la dictature militaire, n’est entrée en vigueur qu’en 1988. La création d’associations et d’ONG est récente (70 % ont moins de 30 ans) ; le secteur associatif brésilien reste cependant limité dans sa taille et dans ses moyens : en 2012, on estimait à 400 000 le nombre d’associations au Brésil. Ce chiffre ne prend pas en compte les organisations religieuses lesquelles représentaient un quart des organisations du précédent recensement. Au-delà de ce chiffre, ce sont les moyens du secteur qui interpellent : à l’exception des universités et hôpitaux, 74 % des associations n’ont aucun employé et 6 % seulement en ont plus de 10. En 2009, les membres de l’Association Brésilienne des ONG n’étaient que 20 % à déclarer un budget annuel supérieur à 1 millions de dollars US.

 

Les ONG internationales au Brésil

 

Si les capacités du secteur associatif brésilien posent question, il n’en reste pas moins que le pays abrite de nombreuses ONG internationales (Amnesty, Oxfam, Greenpeace…). Cette présence est sans aucun doute une opportunité pour le développement de la générosité des Brésiliens. Ainsi, l’antenne locale de Médecins Sans Frontières compte aujourd’hui 400 000 donateurs. Cette vitalité de quelques grands acteurs ne doit pas faire oublier que, en dehors de l’environnement et des droits humains, les grands bailleurs de fonds internationaux ont tendance à se détourner du Brésil. En effet, il est de plus en plus vu comme un pays à revenus intermédiaires et devient donc moins prioritaire. Le pays est d’ailleurs devenu donateur sur les questions de développement en 2011.  

 

Faible confiance = faible générosité

 

Au-delà de quelques exceptions, le secteur associatif brésilien est donc encore relativement mal outillé et financé. À ces problèmes de capacité s’ajoute une défiance globale envers les ONG : scandales de corruption et difficultés à communiquer rendent difficile un changement à court terme. L’environnement légal et fiscal complexifie davantage encore l’exercice de la générosité : les donations sont sujets à taxation (les taux varient selon les états) et, si une liste d’exemption existe, l’inscription sur cette dernière est un processus long et à renouveler chaque année. Enfin, si le paiement de la taxe incombe au récipiendaire, le donateur peut être poursuivi en cas de non-paiement. Le manque de confiance et ce contexte légal expliquent vraisemblablement en partie la position de 122e mondial du pays au World Giving Index.

 

Un complexe philanthropique majoritairement d’entreprise et opérateur

 

Malgré ce classement relativement mauvais (la France est 72e), on estime à 68 % la proportion de Brésiliens et à 4,2 milliards de dollars US le montant annuel des dons des particuliers. Des initiatives comme Dia de Doar participent au développement d’une culture du don. Du côté des personnes morales, l’association de référence sur le sujet de la philanthropie et du mécénat est le GIFE. Ce dernier, sans prétendre à la représentativité compte 53 % de fondations ou d’instituts d’entreprises en son sein contre 17 % de fondations familiales. De manière générale, les entreprises brésiliennes sont de plus en plus nombreuses à financer des « projets sociaux » (87 %) ou à proposer du volontariat à leurs employés (67 %). En revanche, les fondations brésiliennes sont très majoritairement opératrices et seules 16 % d’entre elles ont principalement une activité distributrice.

 

Un contexte peu propice au développement

 

Si l’excellent rapport de Philanthropy for Social Justice and Peace notait plusieurs axes d’amélioration et de progrès, notamment sur la question de l’impact investing, la récente élection de Jair Bolsonaro ne présage rien de bon. L’une des premières actions du président élu a été de retirer les associations de défense de la communauté LGBT des organisations protégées par un nouveau ministère des droits de l’Homme. Il a également accusé les ONG de « manipuler les Brésiliens » et donné à son gouvernement les moyens légaux de davantage contrôler leur action.

 

Après les USA et la Hongrie, le nouveau président du Brésil se met en position de complexifier l’action des acteurs de la philanthropie et du secteur associatif. Avec les mêmes résultats ?


 

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