N'ayons pas peur, changeons de regard !

N'ayons pas peur, changeons de regard !
Si nous voulons (re)donner l'espoir et l'envie d'agir nous devons faire le pari de la confiance et être crédible dans les discours que nous tenons.


C'est le jour de la 5ème Rencontre des pionniers des Alliances un territoire, où 150 des 350 « catalyseurs territoriaux » sont réunis pour partager les idées et les moyens pour « Ensemble, valoriser les territoires. C'est aussi le jour que Le RAMEAU a choisi pour rendre un témoignage sur notre capacité collective à assurer les grands défis de transformation … si nous acceptons de changer de regard.

Lors du débat « (Se) Transformer ou s’éteindre » du Comité 21, le 20 juin dernier, et lors de l'annonce des orientations des instances de gouvernance du RAMEAU d'hier, notre laboratoire de recherche empirique sur la co-construction du bien commun a invité à faire le « pari de la confiance » sur une question essentielle : « croyons-nous à la fin du monde où la fin d’un monde ? Le monde est-il en feu ou chrysalide devient-elle papillon ?

La réponse à cette question est structurante pour définir collectivement le choix du projet de société vers lequel nous souhaitons aller. Pour nous éclairer, il est utile de se rappeler le sens de l’histoire.

Nos défis collectifs nous obligent à revoir en profondeur notre modèle de société.

L’équation à résoudre est systémique. Elle oblige à la fois à articuler les domaines entre eux (économiques, sociaux, sociétaux et environnementaux), à mobiliser toutes les forces vives (système politique, organisations publiques et privées, et pouvoir d’agir des personnes) et à les décliner à partir des besoins spécifiques de la diversité des territoires.

Pour réussir ce challenge, nous devons changer de regard. Nous devons passer de la recherche d'un modèle le plus performant possible, à la capacité à associer la diversité des modèles pour être le plus pertinent face à l'ampleur des mutations.

Cette équation est clairement posée dans les Objectifs de Développement Durable signées en 2015, et dont le Président de la République annoncera en septembre prochain la feuille de route pour la France.

Une fois encore dans notre histoire collective, la France se devra d'être à la hauteur du concept d'intérêt général qu'elle a inventé il y a 1500 ans. Les échos des territoires et des organisations prouvent que nous sommes déjà à la manœuvre pour inventer un mouvement de co-construction du bien commun qui s’observe concrètement dans la proximité des territoires.

Les choses avancent et les ligne bougent, mais sommes-nous au rendez-vous de l’histoire ? Allons-nous assez vite et assez loin ? Il n’est pas inutile de mettre en perspective historique ce que nous vivons.

Que nous apprend l’histoire ?

L'histoire nous rappelle, … que les peuples qui n'ont pas respecté leurs écosystèmes naturels ont disparu (vikings, île de Pâques), mais aussi que les hommes ont su inventer les outils dont ils avaient besoin lorsqu'ils ont pris conscience du changement systémique qu’ils vivaient pour relever le défi collectif (invention des outils, de l'élevage/culture, de la philosophie, des voies de transport, du droit, de l’éducation, des machines, du numérique …). L’important est alors pour eux de s’interroger collectivement non pas sur le « comment » mais sur le « pour quoi » ; autrement dit sur le sens de l’action collective.

L’histoire nous apprend aussi le temps long. Il faut 500 ans pour renouveler entièrement un modèle de société, après 4 phases de 120 ans, elles-mêmes segmentées par 4 phases d’évolution de 30 ans. Nous y sommes, et nous pouvons nous rassurer car la nouvelle ère a déjà débuté depuis 80 ans. Nous en sommes donc déjà aux deux tiers de notre cheminement collectif dans cette nouvelle phase qui s’invente collectivement.

Les leviers pour agir

Dans ces conditions, il convient d’inventer les leviers qui nous permettent de valoriser le chemin déjà parcouru et surtout de faire les choix radicaux qui s’imposent en toute sérénité. Comment en effet, autrement, ne pas avoir peur des épreuves que nous devons affronter pour relever nos défis collectifs où, face à l’accroîssement des besoins sociétaux, nous sommes confrontés à la raréfaction des ressources ? 3 leviers peuvent nous aider pour construire les prochaines étapes :

 Une vision partagée : les ODD sont un cadre commun utile, et il faut en faire la pédagogie. Attention, il ne s’agit pas d’en faire un outil normatif de nouvelles contraintes, mais un cadre commun d’actions qui nous aide à créer le dialogue nécessaire et à (ré)inventer la sémantique qui va avec les nouvelles façons d’agir.

Une gestion régulatrice : à côté de la protection des personnes, physiques et morales, elle doit inviter à prendre des risques collectifs au travers d’expérimentations innovantes. Un droit d’expérimentation partenariale permettrait en particulier de reconnaitre l’importance de co-construire des solutions entre acteurs riches de leurs différences qui prennent le risque de dépasser leur « zone de confort » pour inventer ensemble de nouvelles solutions au plus près des besoins des hommes, des organisations et des territoires, en privilégiant les plus fragiles d’entre eux.

Une action collective transformatrice : elle passe par la reconnaissance de la valeur de la co-construction territoriale où collectivités territoriales, acteurs économiques, structures d’intérêt général et acteurs académiques agissent ensemble pour répondre aux spécificités locales dans une approche du « 1er kilomètre » des besoins que rencontre le « dernier kilomètre » des solutions.

N’est-ce qu’un rêve ?

Charles-Benoît HEIDSIECK, Président-Fondateur du RAMEAU nous donne sa vision : « Après 14 ans d’observation et d’expérimentation d’alliances innovantes au service du bien commun qui s’incarne sur les territoires, je peux témoigner que cela est efficace. Cela apporte performance, innovation et confiance aux acteurs qui prennent le risque d’essayer.

Mais il nous faut aller plus loin aujourd’hui. Nous ne pouvons plus nous limiter aux « pionniers ». Fort des résultats qu’ils ont obtenus, ils doivent devenir les « Ambassadeurs du possible ». Il est urgent de choisir le message que nous voulons porter collectivement :

La désespérance de la fin du monde

… ou l’espérance d’un nouvel enfantement ?

Il revient à chacun de choisir librement sa position. Pour ma part, j’ai fait mon choix lorsque j’ai découvert que la seule expérience commune à toute l’humanité, depuis sa création, était à la fois fondée sur la plus grande peur et la plus forte espérance.

Le jour où chacun d’entre nous a eu le plus peur de mourir parce que le passage était « étroit », le jour où chacun d’entre nous a donné le sentiment d’étouffer alors que le souffle de la vie entrait en nous, le jour où c’est en quittant ce que nous avions de plus cher au monde que nous sommes devenus libres … c’est le jour de notre naissance !

Alors, qu’attendons-nous, n’ayons pas peur et faisons le pari de la confiance », conclut Charles-Benoît HEIDSIECK.

 

 

 

 

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