[TRIBUNE] Une finance durable pour construire un futur soutenable

[TRIBUNE] Une finance durable pour construire un futur soutenable
Inutile de rappeler combien il est urgent d’orienter les flux financiers vers la transition énergétique afin de limiter le réchauffement climatique. Selon les spécialistes, les dommages causés par nos activités à l’environnement semblent déjà irréversibles. Le secteur financier connaît depuis quelques années de profondes transformations dans son rapport au développement responsable : crise financière de 2008, adoption des objectifs de développement durable, accords de Paris, multiplication des innovations technologiques et évolutions sociétales. Ces mutations imposent aujourd’hui aux acteurs financiers de faire évoluer leurs pratiques et de se doter de moyens pour soutenir des investissements influant sur la réduction des inégalités, l’accès aux services essentiels et la lutte contre le changement climatique. Dans son célèbre ouvrage De l’origine des espèces et la sélection naturelle, Charles Darwin nous interpelle : « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements ».


 

La Finance durable, une nouvelle offre source de nouveaux revenus 

 

Les Français manifestent de plus en plus leur volonté de voir leur épargne utilisée à bon escient. Ce mouvement est engagé à travers les approches d’investissement socialement responsable, de finance solidaire ou encore de finance verte. Néanmoins, ces activités demeurent limitées par rapport aux engagements globaux du secteur financier. Les régulations sur le reporting des entreprises et la création de labels d’investissement responsable, positionnent la France comme précurseur dans le domaine et lui confère un avantage compétitif. La Commission européenne s’inspire largement des avancées françaises notamment avec le projet de création d’un éco label européen. 

 

La Finance verte rassemble les opérations financières destinées à favoriser la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. L’objectif premier étant de concilier performance économique et écologie. Parmi ses outils les plus utilisés, on trouve les fameux « Green bonds » ou obligations vertes. Ces titres de dette sont émis sur les marchés financiers et sont destinés à financer spécifiquement la transition énergétique. D’autres objectifs environnementaux, comme par exemple le frein à l’artificialisation des terres et la préservation de la biodiversité, occupent pour le moment une place secondaire.

 

Pour poursuivre cette logique de transformation, la finance responsable regroupe différentes pratiques visant toutes une rentabilité financière tenant compte de paramètres environnementaux, sociaux et sociétaux. On parle alors d'investissement socialement responsable (ISR), défini par l’AFG (Association française de la gestion financière) comme « un placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d'activité. En influençant la gouvernance et le comportement des acteurs, l'ISR favorise une économie responsable. »

 

Un concept timide mais ambitieux : la Finance solidaire

 

Au sein de cette finance durable émergente, on distingue également la Finance solidaire, aussi appelée « Finance à impact ». Elle a pour objectif de mettre en relation des épargnants qui cherchent à donner du sens à leur argent et des entreprises et associations à forte utilité sociale et environnementale. Ce type de finance consiste à investir, par la souscription de produits d’épargne solidaire, dans des projets du secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS). Contrairement à l’ISR, l’épargnant ne cherche pas nécessairement à conjuguer rendement financier et utilité sociale. De ce fait, la Finance solidaire est mieux adaptée au financement des PME ou des projets territoriaux mais ses faibles exigences en termes de rendement financier limitent son expansion. Parmi les outils mis en œuvre par la finance solidaire, le microcrédit permet notamment de lutter contre la précarité de personnes en difficulté en finançant des projets généralement refusés par le système bancaire traditionnel.

 

Une volonté d’homogénéité pour une finance verte moins opaque

 

En fonction du poids de l’histoire et de la culture de chaque pays, il existe des approches d’ISR variées. En Suisse et en Allemagne par exemple, l’accent va être mis sur le volet environnemental, tandis qu’en Grande-Bretagne, il sera traité davantage l’aspect « gouvernance ». Aux États-Unis et dans les pays scandinaves, les valeurs éthiques sont mises en avant, alors qu’en France, le critère social est primordial. La sélection des entreprises qui composent un fonds ISR est faite sur la base de deux analyses complémentaires. Une analyse financière des entreprises de plus attractives, comme dans le cas d’un fonds d’investissement classique. Puis une analyse extra-financière pour laquelle plusieurs approches peuvent être retenues. 

 

 

 

Typologies d’approches de sélection d'entreprises composant un fonds ISR

 

Afin de donner davantage de lisibilité à ce type de placement, un label ISR a été créé par les pouvoirs publics le 8 janvier 2016. Ainsi, les investisseurs se sont vus dotés d'un outil leur permettant de choisir et de donner un sens à leur épargne. 

Les avancées en matière de Finance durable ont permis non seulement de créer une palette d’offres de fonds labellisés, mais également de faire évoluer les métiers existants ou d’en faire émerger de nouveaux. Ainsi, des gérants de fonds voient désormais des paramètres supplémentaires entrer dans les sélections des fonds administrés. Pour ce faire, ils travaillent en étroite collaboration avec des analystes ISR. Il s’agit justement d’un nouveau métier dont les principales missions sont liées au rapprochement fait entre les référentiels de développement durable et l’analyse des entreprises composant le panier des fonds d’investissement.

 

Qu’elle soit encore considérée comme marginale, peu connue ou non conformiste, la Finance Durable prend peu à peu de la vitesse grâce à l’édit de différents régulateurs étatiques ou européens. Cependant, n’est-il pas de notre responsabilité vis-à-vis des futures générations d’orienter nos placements vers une moralité écologique et sociétale intacte ?

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