Cancers pédiatriques : le PS veut enterrer la proposition de loi de JC Lagarde

Cancers pédiatriques : le PS veut enterrer la proposition de loi de JC Lagarde
Suite aux débat de ce matin en Commission des Affaires sociales, c'est officiel : le parti socialiste et les écologistes s'opposent à une proposition de loi qui, en garantissant un fonds dédié à la recherche sur les cancers pédiatriques, pourrait pourtant offrir de vastes débouchés thérapeutiques...


Le texte du député Jean-Christophe Lagarde, nouveau président de l'UDI, comprend 3 article : le 1er sur le financement de la recherche sur les cancers pédiatriques, le 2nd sur l'individualisation des traitements, le 3ème étant d'ordre technique. 

Equilibré, il part d'un constat simple : chaque année en France, 500 enfants décèdent d'un cancer, faute de recherche et de traitement adaptés. Le taux de survie moyen, de 72% sur 10 ans, stagne depuis le milieu des années 90 et caches d'énormes disparités. En effet, si le taux de guérison de certains cancers pouvant se "soigner" avec des traitements pour adultes a progressé en 30 ans (par exemple, 80% des leucémies), il n'en n'est rien pour les cancers nécessitant des traitements spécifiques. Par exemple, les tumeurs du tronc cérébral emportent 50 enfants chaque année, avec un taux de guérison proche de 0%. En France, seule une radiothérapie palliative est proposée, et la recherche patine.

Les firmes pharmaceutiques n'investissant pas sur le sujet, le député Jean-Christophe Lagarde propose donc que les travaux d'équipes publiques de recherche puissent être financées par une contribution mineure sur le chiffre d'affaires des firmes pharmaceutiques, indolore pour le consommateur. 

En effet, celles-ci, malgré un chiffre d'affaires en hausse constante (53 milliards d'euros/an) et des marges nettes avoisinnant les 20%, n'investissent pas dans cette recherche, la considérant comme peu rentables. Les mesures incitatives, telles que le règlement pédiatrique européen de 2007, est un échec, comme l'indiquait dans un article la revue PRESCRIRE, composée de professionnels de santé indépendants des lobbyings.

Malgré les arguments forts et l'ouverture d'esprit de ce député, qui a toujours fait de ce texte une question apolitique, les députés "socialistes" de la commission des affaires sociales n'ont pas fait dans la dentelle en déposant 3 amendements lapidaires, qui tiennent en 3 mots, pour vider la proposition de loi de son contenu, et ainsi, refuser tout débat au sein de la commission : "supprimer cet article". 

Voici les députés co-signataires de ces amendements :
Mme Michèle Delaunay, M. Aboubacar, M. Aviragnet, M. Aylagas, M. Bapt, Mme Biémouret, Mme Bouziane, Mme Bulteau, Mme Carlotti, Mme Carrillon-Couvreur, Mme Clergeau, M. Cordery, Mme Françoise Dumas, M. Ferrand, Mme Hélène Geoffroy, M. Gille, Mme Huillier, Mme Hurel, M. Hutin, Mme Iborra, M. Issindou, Mme Khirouni, Mme Laclais, Mme Lacuey, Mme Le Houerou, Mme Lemorton, M. Liebgott, Mme Louis-Carabin, Mme Orphé, Mme Pane, Mme Pinville, M. Robiliard, M. Sirugue, M. Touraine, M. Véran et M. Vlody

http://www2.assemblee-nationale.fr/recherche/amendements#listeResultats=tru&idDossierLegislatif=30532&idExamen=2758&numAmend=&idAuteur=&idArticle=&idAlinea=&sort=&dateDebut=&dateFin=&periodeParlementaire=&texteRecherche=&zoneRecherche=tout&nbres=10&format=html&regleTri=ordre_texte&ordreTri=croissant&start=1

Le PS étant majoritaire au sein de la commission, ces amendements ont donc été adoptés, ce qui complique le choses mais n'empêche pas le débat, qui promet d'être vivement suivi, à l'Assemblée Nationale, durant la niche parlementaire UDI le 27 novembre prochain. 

Soutenue par près de 180 000 signataires, l'association EVA POUR LA VIE ( www.evapourlavie.com ) espère, sans trop d'illusion, qu'il y aura d'ici le 27 novembre un sursaut d'humanité de la part de députés qui ont oublié le sens de l'intérêt général, de la protection de vies d'enfants et d'adolescents, au profit des intérêts des firmes pharmaceutiques, comme cela était à peine voilé durant le débat qui est consultable ici, et dont chacun pourra juger les propos :

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.6092.


Contrairement à ce qu'affirmait la députée Michèle Delaunay, un financement dédié à de la recherche (pour la prévention et des traitements) spécifique aux cancers pédiatriques n'oppose pas oncologie générale et oncologie pédiatrique : elle "booste" simplement cette dernière, sachant que cela pourrait également être au profit de la première.

En effet, un chercheur INSERM, consulté par nos soins, expert dans la recherche sur certains types de cancers pédiatriques, indiquait récemment ceci : 

"Le cancer est une maladie du génome. Il est constitué de cellules anormales portant des anomalies génomiques comme des mutations ou des translocations chromosomiques. Des études ont clairement montré que ces anomalies sont beaucoup moins nombreuses chez l'enfant que chez l'adulte. Cette différence est due au fait qu'au cours de leur vie et selon leur environnement, les cellules d’un individu subissent des "attaques" chimiques et accumulent des altérations moléculaires au sein de leur génome. Plus un individu est âgé et vit dans un environnement à risque (tabagisme, amiante, infections...), plus ses cellules contiennent d'anomalies génomiques. Il y a, par exemple, plusieurs millions d’anomalies génomiques dans les cellules cancéreuses pulmonaires d’un fumeur et moins de cinq dans une tumeur du foie chez l’enfant. Comme seul un petit nombre de ces anomalies (appelées anomalies ou mutations « pilotes ») sont à l’origine du cancer, il est donc logiquement beaucoup plus facile de déceler ce type d’anomalies dans les cellules cancéreuses d’un enfant que dans celles d’un adulte. Les cancers de l’enfant sont donc une forme simplifiée des cancers de l’adulte et par conséquent d’excellents modèles pour identifier ces anomalies « pilotes » et confirmer leur rôle dans le cancer. Ces anomalies étant responsables de la maladie, ce sont des cibles thérapeutiques de grand intérêt à partir desquelles de nouveaux médicaments vont être développés. Identifier l’ensemble des anomalies « pilotes » dans les cancers pédiatriques est donc une étape clé en cancérologie qui aura inévitablement des retombées médicales en clinique pour les enfants atteints de cancers, mais également pour les adultes. Soutenir fermement la recherche sur les cancers de l’enfant aujourd’hui est donc un enjeu majeur dans la lutte contre le cancer de demain."

 Aux USA, en avril 2014, Barack Obama a signé une proposition de loi dont les budgets (pourtant déjà moins mauvais qu'en France) seront alloués aux maladies pédiatriques : Gabriella Miller Kifs 1st research act. Les membres du congrès américains, républicains et démocrates, se sont avant tout intéressés à l'intérêt supérieur de l'enfant, alors que les USA sont souvent considérés comme un pays très capitaliste !

Pour l'instant, rien de tel de la part des députés de la majorité actuelle qui ont souvent cité l'importance des firmes pharmaceutiques (farouchement opposés à la proposition de Mr Lagarde), oubliant que ces dernières n'agissent pas en faveur de la recherche pour les cancers, et qu'il est donc temps d'agir...

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