[ENTRETIEN] Karine Guldemann, Déléguée générale de la Fondation ELLE

[ENTRETIEN] Karine Guldemann, Déléguée générale de la Fondation ELLE
Depuis dix ans à la tête de la fondation du célèbre magazine féminin, Karine Guldemann raconte un parcours riche d'engagements et de rencontres. Une femme d'action qui sait jouer collectif pour être efficace, au service de l'éducation et de l'emploi des femmes dans le monde.


Quelles expériences professionnelles ou non professionnelles vous ont menée à la tête de la fondation Elle ?

La cinquantaine maintenant passée je peux dire que j’ai mené une double carrière dans la communication et l’engagement solidaire. À 20 ans, j’ai débuté par hasard comme chargée des relations presse dans le milieu de la mode, de la haute couture et de la beauté. Ayant arrêté de travailler à la naissance de ma fille je me suis engagée en 1994 comme bénévole au service de la communication de Première Urgence, une association humanitaire venant en aide aux victimes de conflits. C’était l’époque de la prise d’otages à Sarajevo et j’ai dû gérer les relations avec la presse, les familles, le quai d’Orsay. Une fois les otages libérés, j’ai su que j’avais trouvé ma place et j’ai assuré la direction du développement de Première Urgence pendant 8 ans. J’étais basée à Paris mais souvent en déplacement à Genève ou Londres pour négocier auprès des autorités ou des bailleurs de fonds, et surtout en mission en Irak, au Kosovo, au Yémen ou en Géorgie, dans tous les pays en guerre ou en déliquescence. J’ai aussi été bénévole aux Restos du Coeur, enseignante à l’ESC de Troyes sur la professionnalisation de l’aide humanitaire ou encore engagée par la Chaîne de l’Espoir pour la construction d’un hôpital à Kaboul. Mon parcours a été peuplé de rencontres avec des femmes formidables. Et quand en 2004 Jean-Christophe Ruffin m’a proposé de mettre en place la Fondation Elle, je n’ai pas hésité. Cette Fondation que je dirige avec une adjointe depuis dix ans soutient des projets pour l’accès des filles à l’éducation et des femmes à l’emploi. Une façon de passer des paroles aux actes puisque la place des femmes dans la société est ancrée dans l’histoire du magazine Elle.

Quels types d’actions mettez-vous en oeuvre pour l’éducation des femmes dans le monde?

Chaque année nous recevons des centaines de candidatures pour des projets d’associations dont nous retenons moins d’une dizaine. Ceux-ci doivent être incarnés fortement par les personnalités qui les portent et nous avons tendance à sélectionner des projets qui ne soient pas trop gros pour bien les connaître. En dix ans d’existence, nous en avons soutenu plus de 75 dans 25 pays. Par exemple depuis l’origine de la fondation nous organisons chaque année en France un concours Elle Solidarité Mode pour permettre à des jeunes filles talentueuses mais ne pouvant financer leurs études d’intégrer des écoles de renom. Trois candidates seront encore élues par un jury de professionnels en mai prochain. La fondation soutient aussi un magazine Citad’elles réalisé par et pour les détenues de la prison de Rennes. Elle a aussi créé en Afghanistan le magazine Roz il y a dix ans et qui est maintenant devenu numérique. Le Congo, la Tchétchénie ou Madagascar sont aussi des pays où intervient la fondation. Son budget limité à 250 000 euros ne permet pas de mener des actions en propre partout. Aussi la fondation agrège autour d’elle d’autres fondations et entreprises pour des projets plus importants. De grands groupes comme Air France, Sanofi, Total, Veolia, Chanel s’engagent à nos côtés. Ce sont ainsi les fondations Kering, Raja, Bouygues Construction ou encore l’Oréal qui ont mis en commun leurs moyens pour lancer avec Elle la Maison des Femmes à Saint-Denis qui viendra en aide aux femmes victimes de violences.

Qu’est ce qui a changé en dix ans dans la nature ou la mise en oeuvre du mécénat d’entreprise ?

Il y a dix ans le monde du mécénat était très feutré et silencieux. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui où les projets sont mis en avant pour les tirer vers le haut. Les entreprises se sont rendu compte qu’elles avaient intérêt à revendiquer leurs actions pour y intégrer le plus grand nombre possible d’acteurs. Il y a une volonté d’être dans le partage et le mécénat est beaucoup plus basé sur l’échange car il se cale sur la société elle-même de plus en plus collaborative et participative. Le développement du crowdfunding (financement participatif) en est un exemple. La Fondation Elle, en tant que fondation d’un média, est à l’origine du mécénat collectif comme le montre la Maison des Femmes. C’est d’ailleurs pour son caractère innovant qu’elle a remporté en 2012 l’ Oscar du Mécénat d’entreprise Admical. Les nouvelles technologies permettent au plus grand nombre (fondations d’entreprises ou familiales mais aussi particuliers) d’agir ensemble au profit d’un projet. C’est pourquoi nous proposons sur la plateforme de la fondation d’agir ensemble par tous les moyens : devenir membre de la communauté via les réseaux sociaux, s’abonner à la newsletter, donner pour amplifier une action de la fondation, agir comme bénévole sur l’un de nos projets. Le mécénat s’est démocratisé et nous pouvons tous être mécènes grâce aux nouvelles technologies. L’avenir du mécénat est de descendre dans la rue pour coller à la société dans laquelle il intervient.

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