Le diagnostic de la Fondation Abbé-Pierre concernant le logement des défavorisés

Le diagnostic de la Fondation Abbé-Pierre concernant le logement des défavorisés
La Fondation Abbé-Pierre, qui se consacre aux victimes du mal-logement depuis plus de vingt ans, a publié son dernier diagnostic mardi 3 février 2015. Cet état des lieux, qui vient pallier l'absence de statistiques de l'État, montre que le phénomène, loin de se dissiper, s'enracine et se stabilise autour de chiffres alarmants : il y a, aujourd'hui, 3,5 millions de personnes mal-logées en France, et les dispositifs existants sont moins que jamais suffisants pour venir en aide à toutes les personnes concernées.


Plusieurs chiffres inquiétants ont été recueillis par la Fondation : lors de l'hiver 2013-2014, 355 000 appels passés au 115, le numéro d'urgence pour les sans-abri, concernaient des demandes d'hébergement, alors que le Samu social ne dispose que de 140 000 places, ce qui l'a amené à recourir près de 40 000 fois aux nuitées d'hôtel en 2014. 147 000 personnes ont été reconnues prioritaires pour le droit au logement opposable, créé par la loi Boutin en 2007, mais 55 000 restent sans solution. Les demandeurs d'un logement social, quant à eux, sont désormais 1,8 million, alors que seulement 467 000 HLM sont attribuées chaque année.

Les centres d'hébergement et de réinsertion sociale ne permettent pas non plus d'apporter suffisamment de solutions durables en terme de relogement : l'hiver dernier, seuls 44 % des personnes ayant séjourné dans un tel centre ont pu accéder à un logement à leur sortie, contre 63 % en 2009. La proportion de personnes ne parvenant pas à obtenir une aide efficace est probablement encore plus importante que ce qu'indiquent ces chiffres puisque nombre d'entre elles, découragées par des démarches longues et infructueuses, renoncent à solliciter une aide, ce qui rend leur demande invisible.

Les conséquences de cette interminable crise du logement sont multiples et dramatiques : 70 000 à 120 000 sans-abris campent à l'année, les bidonvilles prolifèrent (il y en aurait 429 à ce jour, abritant entre 15 000 et 20 000 personnes) et de nouvelles formes de précarité font leur apparition, comme le manque de chauffage dans certains logements, le surendettement de certains propriétaires, l'incapacité pour eux à supporter financièrement le coût des charges etc.

Par ailleurs, comme l'analyse Nicolas Duvoux, sociologue, la société porte aujourd'hui un regard plus dur qu'auparavant sur la pauvreté, ce qui ne contribue bien sûr en rien à une amélioration de la situation : « Alors qu’il y a encore trente ans, une forte majorité des Français estimait que le chômage et la pauvreté étaient la conséquence d’une injustice sociale, l’opinion est aujourd’hui plus clivée, avec une bonne moitié convaincue que cette exclusion est de la responsabilité individuelle », affirme-t-il.

Patrick Doutreligne, le délégué général de la Fondation, analyse la situation d'un point de vue politique : « 2014 est, pour nous, une année blanche pour les mal-logés : on a vu se réorienter la politique vers les plus aisés, l’assouplissement du dispositif fiscal Duflot, devenu Pinel, l’abandon de l’encadrement des loyers et de la garantie universelle locative ».

Les associations s'accordent pour la plupart à dénoncer l'inaction de François Hollande au sujet du plan quinquennal de lutte contre la pauvreté, dont il avait promis la création lors de la campagne présidentielle de 2012.

Dans ces circonstances, l'annonce faite par Sylvia Pinel, ministre du Logement, qui prévoit la mobilisation de 105 millions d'euros sur trois ans – pour que le recours aux nuitées d'hôtel ne soit plus nécessaire et pour que des hébergements alternatifs, notamment dans le parc privé, soient proposés – ne mettra probablement pas fin aux inquiétudes des personnes mal-logées et des acteurs associatifs.

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