[ENTRETIEN] Antoine Vaccaro, Faircom International, Fund Raising Lab et Cerphi

[ENTRETIEN] Antoine Vaccaro, Faircom International, Fund Raising Lab et Cerphi
Entretien avec Antoine Vaccaro, président de Faircom International, Fund Raising Lab et Cerphi. Faircom est une agence de fundraising de communication pour les structures à but non lucratif. Le Fund Raising Lab est un incubateur pour philantropreneurs. Le Cerphi est le premier institut d’étude et de recherche français dédié depuis 2004 à l’étude de la philanthropie.


Quel parcours vous a conduit aux responsabilités que vous exercez aujourd’hui ?

Je suis tombé très tôt et un peu par hasard dans le secteur de la philanthropie, grâce à un emploi d’étudiant décroché en 1976 auprès de la Fondation de France. Celle-ci créée quelques années auparavant était en pleine construction de son projet. C’était une époque où l’on essayait de transposer ce qui se faisait dans la vente par correspondance à la collecte de fonds par marketing direct. Pendant sept ans j’ai donc participé à cette période pionnière de construction de la démarche de recherche de financements privés pour des causes d’intérêt général. C’était alors un métier à ses débuts où toute la grammaire était à inventer. J’ai ensuite rejoint Médecins du Monde comme directeur du développement pendant trois ans. En 1988 j’ai créé une première agence de conseil en collecte de fonds Excel qui a rejoint le groupe TBWA en 2001 au sein duquel j’ai co-dirigé, pendant six ans le département non profit . J’ai quitté TBWA en 2007 pour co-fonder les structures que je préside aujourd’hui. D’abord Faircom, un réseau international d’agences spécialisées en fundraising au profit de causes d’intérêt général. Il intervient dans trois pays:  France, Etats-Unis et Suisse, basées à Paris, New York et Genève.

Nous intervenons auprès des associations comme conseil en stratégie, en implantation à l’étranger ou en gestion de la relation avec les donateurs.

Le FundRaising Lab qui est un agrégateur de start-up dans la collecte de fonds, créé en 2011. Nous sommes huit actionnaires consultants qui accompagnons chacune des structures en conseil, stratégie, financement, levée de fonds. Aujourd’hui nous avons trois participations (microDON, Ze Waow, Heoh) et nous en aurons quatre nouvelles dans les prochaines semaines.

Nous avons pour ambition de servir d’incubateur à une douzaine de start-up dans les nouvelles technologies appliquées à la collecte de fonds.

Enfin CerPhi, le Centre d’Etudes et de Recherche sur la Philanthropie qui,  explore, depuis 2004, toutes les tendances de la solidarité aussi bien en France qu’à l’international. C’est la partie « jus de crâne » de mon travail.

Outre ces activités je suis engagé comme administrateur ou cofondateur de plusieurs associations et fondations. Autant dire que le secteur me passionne et depuis longtemps.

 

Comment voyez vous l’évolution du mécénat ?

Au cours de la dernière décennie on a vu exploser la grande philanthropie, celle des donateurs capables de donner des dizaines et même des centaines de millions d’euros. Le contexte économique de l’enrichissement des actionnaires et du creusement des inégalités en est à l’origine. L’histoire montre qu’il en a toujours été ainsi comme avec Rockfeller au XIXème siècle.

En 2006 le financier Warren Buffet a annoncé vouloir donner l’essentiel de sa fortune (85%), c’est la plus importante donation individuelle jamais réalisée aux États-Unis. Et Bill Gates le fondateur de Microsoft a créé avec son épouse Melinda l’une des fondations les plus puissantes du monde.  Ces deux Tycoons ont lancé le Giving Pledge, invitation adressée aux milliardaires du monde entier pour réduire les fractures sociales générées par la montée des inégalités,  depuis une trentaine d’années. 80 milliardaires détiennent aujourd’hui la moitié des richesses mondiales.

En France, les dirigeants qui font fortune et deviennent des philanthropes avec leur patrimoine propre sont plus rares. L’intervention des grands capitaines d’industrie dans ce secteur passe davantage par le mécénat de leur entreprise, à l’exemple de  LVMH ou de  Kering.

Un second changement vient de l’internationalisation car il existe désormais une philanthropie sans frontière. De plus en plus de personnes font des dons sans se soucier de la nationalité des associations bénéficiaires et internet de ce point de vue facilite bien les choses. Aujourd’hui un internaute français de moins de 25 ans sur dix a déjà fait un don à un organisme étranger. Mais les changements à venir sont à chercher du côté de l’innovation.

Le modèle économique des agences conseils qui accompagnent les associations est à revoir alors que celles-ci cherchent des relais de croissance avec des besoins de plus en plus grands.

On sait maintenant qu’un basculement vers le digital est inéluctable et que tous les dispositifs existants en seront bouleversés. Les outils et solutions actuelles de collecte sont arrivés à maturité et pour certains à saturation.

Le mailing fournit encore la grosse majorité des ressources mais la fin du courrier est annoncée. Le téléphone et le street fundraising permettent encore de prospecter mais à des coûts élevés.

Les dons par internet sont en croissance (un Français sur quatre a déjà fait un don en ligne) mais ce canal est insuffisamment maîtrisé et encore très minoritaire dans les montants collectés, hors situations d’urgence.

La seule option pour ce secteur hyperconcurrentiel consiste à innover en matière de financement. On sait tous que c’est dans l’investissement et l’innovation qu’on trouvera des voies d’optimisation de la collecte.

Déjà se développent de nouveaux outils dits de « générosité embarquée » avec des propositions de dons greffées sur des transactions du quotidien (systèmes d’arrondis, cartes bancaires affinitaires, abandon de points de fidélité, cartes de don).

Et ce sont les moins de 30 ans qui inventeront la collecte de fond par internet de demain. 

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