[ENTRETIEN] Jacques Bailet, fédération française des Banques Alimentaires

[ENTRETIEN] Jacques Bailet, fédération française des Banques Alimentaires
Après une vie professionnelle bien remplie, Jacques Bailet s'est consacré à la cause du gaspillage alimentaire et de la lutte contre la pauvreté. Les Banques Alimentaires se basent sur des principes qui guident le quotidien de la centaine d'antennes en France : la lutte contre le gaspillage alimentaire, le partage, le don, la gratuité, le bénévolat et le mécénat. Sans détours, il parle avec Catherine Brault de son parcours et des missions de la fédération qu'il préside. Il livre son regard sur le mécénat en mettant l'accent sur la réalité d'un secteur qui remplit des mission d'aides alimentaires aux plus démunis malheureusement nécessaires : " Nos campagnes marchent car les gens voient que c’est du concret."


Comment êtes-vous devenu président des Banques Alimentaires ?

Après une vie professionnelle intense m’ayant apporté beaucoup de satisfactions j’ai souhaité m’engager dans une retraite utile. Le projet des Banques Alimentaires m’a semblé à tous égards intéressant car il est unique dans sa conception de la lutte à la fois contre le gaspillage et la pauvreté. De plus le projet est mené avec un esprit d’entreprise et d’efficacité par des personnes très professionnelles. Traditionnellement les Banques Alimentaires recrutent leur président à l’extérieur de l’association. Celui-ci est élu par l’assemblée des 79 banques régionales pour trois ans et son mandat est renouvelable une fois. Si bien qu’au bout de cinq ans le président en exercice se met avec le bureau à la recherche d’un successeur. C’est dans ce cadre que je suis entré début 2013 dans l’association pour m’y investir et que j’ai été élu à ce poste en mai 2014. J’étais auparavant président de Medica qui n’a a priori pas de lien avec les Banques Alimentaires. Mais je dois faire avancer dans la même direction une équipe de 450 salariés et 5 000 bénévoles, un travail qui me prend trois à quatre jours par semaine et n’est pas si éloigné ni moins prenant que ma fonction précédente.

Quelles sont vos ambitions à la tête de la Fédération ?

Premier objectif : consolider nos fondamentaux. Nous devons être en mesure de fournir aux 5 300 associations et centres communaux d’action sociale avec lesquels nous travaillons des denrées pour constituer des repas équilibrés. Nous récupérons celles-ci auprès des grandes surfaces, de l’industrie agro-alimentaire, des producteurs et nous devons continuellement étendre notre couverture géographique. Pour cela nous devons recruter et former des bénévoles mais aussi investir pour avoir des outils (100 000 m2 d’entrepôts, 20 000 m2 de chambres froides) au meilleur niveau. Nous sommes actifs sur les sujets soulevés par le projet de loi Garot encourageant la limitation du gaspillage.

Deuxième mission: accompagner les associations pour aller au-delà du simple don mais les aider à recréer du lien social avec ceux qui viennent chercher des denrées.

Enfin une Banque Alimentaire est une petite entreprise avec plein d’emplois différents. Nous souhaitons aussi être une structure d’insertion pour les plus démunis en offrant des postes permettant d’acquérir un rythme et une qualification pour retourner dans le monde du travail (c’est possible dans des domaines comme ceux de l’informatique, du tri ou de la manutention).

Comment voyez-vous le mécénat évoluer ?

Malheureusement avec les associations partenaires nous avons distribué en 2014 plus de 100 000 tonnes de nourriture, soit 6 à 7 % de plus qu’en 2013. En fait grandes et petites associations font le boulot des pouvoirs publics. Raison pour laquelle nous sommes à la recherche de subventions que nous ne demandons pas en nous excusant. Car l’outil des Banques Alimentaires est très efficace. Parce que nous fonctionnons avec des bénévoles et sans acheter les denrées puisqu’elles nous sont données nos besoins financiers s’élèvent à 26/27 millions d’euros par an quand nous distribuons l’équivalent de 400 millions d’euros.

Nous n’organisons pas de levées de fonds auprès du grand public mais sollicitons les entreprises pour le financement de projets comme par exemple la création d’une nouvelle antenne, l’achat d’un camion ou la création d’une salle de tri. Les partenariats sont conclus pour une durée de trois ans et s’accompagnent parfois d’une aide technique. La crise ne nous empêche pas d’avoir de nouveaux partenariats car la générosité ne faiblit pas. La grande collecte nationale de novembre 2014 nous a permis de récolter autant de denrées que l’année précédente, soit 13 000 tonnes avec 125 000 bénévoles. Nos campagnes marchent car les gens voient que c’est du concret.

Crédit photo : Banques Alimentaires

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