[ENTRETIEN] Pierre Emmanuel Grange, président fondateur de microDON

[ENTRETIEN] Pierre Emmanuel Grange, président fondateur de microDON
Dans la famille Grange la culture entrepreneuriale est forte. Les valeurs sociales aussi. Missions humanitaires du père engagé dans Médecins du Monde. Accueil en famille d’enfants défavorisés. Engagement dans des Chantiers Jeunes ou comme brancardier à Lourdes. Le terreau favorable à la création d’une entreprise sociale était là. Pour la lancer manquait l’idée. C’est au Mexique que Pierre Emmanuel Grange l’a trouvée. Pierre Emmanuel Grange a remporté le Prix de la Personnalité de l’année 2015 dans le cadre de la 2ème édition des Trophées LSA de la diversité et de la RSE.


Pouvez vous nous raconter comment lidée de créer microDON a germé?

J’ai découvert la générosité embarquée c’est-à-dire l’opportunité de réaliser des dons dans les actes de la vie courante au Mexique. Et j’en suis immédiatement tombé amoureux. C’était à la caisse d’un supermarché et l’on m’a proposé d’arrondir ma facture au profit d’une œuvre de charité. Une opération toute simple qui a déclenché ma réflexion. J’étais alors ingénieur en systèmes d’informations expatrié pour le compte de General Electric dans le cadre d’un programme pour jeunes diplômés après un master à l’EM Lyon. Je suis resté six ans dans le groupe que j’ai quitté pour PlaNet Finance de manière à faire avancer le projet né de cette expérience mexicaine qui m’avait beaucoup marqué.

Et j’en suis parti pour créer avec un ancien manager de General Electric l’entreprise sociale microDON en 2009.

Comme beaucoup de personnes j’avais dans un coin de la tête des valeurs sociales mais aussi une culture de l’efficacité en entreprise. J’ai découvert l’entrepreneuriat social en lisant « 80 hommes pour changer le monde » et compris que c’était fait pour moi. Je ne voyais pas ce que je pouvais faire de mieux.

Pourtant convaincre les grandes enseignes de mettre des dispositifs permettant des dons en caisse n’a pas été facile. Idem pour intégrer l’option générosité dans les logiciels de paie des grandes entreprises. Pendant trois ans nous sommes allés de forum en forum rencontrer tous les acteurs, nous avons réalisé de multiples tests et projets pilotes et enfin réussi à convaincre.

 

Quels sont actuellement les programmes phare de microDON?

 

Aujourd’hui microDON est clairement positionné sur la thématique du financement innovant. Nous vendons aux entreprises des prestations de services autour de la mise en place de programmes solidaires.

Le concept de l’arrondi en caisse déjà adopté par Franprix, Géant Casino en Corse ou Nature et Découvertes fera l’objet d’une campagne publicitaire lancée le 12 octobre prochain. Il s’agit de proposer aux clients d’arrondir leur facture au profit d’associations locales.

L’arrondi sur bulletin de paie est désormais en place dans une trentaine d’entreprises telles Accenture, ADP, BNP Paribas Real Estate, Eutelsat, Pepsico France ou encore Thalès. Et nous enregistrons deux nouvelles entreprises par mois en ce moment. L’arrondi sur facture d’eau pourrait aussi bientôt voir le jour avec Suez.

Un autre programme phare consiste à organiser dans les supermarchés des opérations avec la carte microDON. Il s’agit d’une carte d’une valeur de 2 euros achetée au profit d’une association et passée en caisse grâce à son code barre. Les associations participant à l’opération sont présentes sur place pour expliquer ce qu’elles font, ce sont souvent des associations de proximité. Une opération carte microDON est lancée avec la ville de Paris les 9 et 10 octobre avec 250 magasins pour à peu près autant d’associations.

L’idée est toujours la mise en place d’outils pour faire revenir la générosité dans le quotidien.

 

Quelle est votre vision de l’évolution du mécénat ?

 

Les associations travaillent beaucoup avec les grands donateurs. Les pouvoirs publics ne peuvent faire plus et les besoins sont de plus en plus importants. Les financements privés sont donc amenés à grandir et nos outils vont permettre le développement d’un mécénat participatif avec une plateforme collaborative.

Les entreprises qui s’engagent dans la mise en place d’outils investissent dans ceux-ci et ne le font pas pour quelques mois seulement. De surcroit elles participent au financement des associations puisqu’elles ont la possibilité de doubler les dons de leurs salariés quand l’arrondi sur salaire est installé.

Les dons privés augmentent même si nous sommes encore très loin de la culture anglo-saxonne. En Grande-Bretagne par exemple les dons sur salaires qui existent depuis longtemps représentent environ 200 millions d’euros par an.

Et nous sommes aussi convaincus que remettre les associations dans le quotidien des enseignes est créateur de liens, de visibilité et d’échanges. D’autant plus que le supermarché est un peu devenu l’agora moderne.

 

Crédit photo : microDON

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