[ENTRETIEN] Hervé Sérieyx, vice-président de France Bénévolat

[ENTRETIEN] Hervé Sérieyx, vice-président de France Bénévolat
À l’université, Hervé Sérieyx fut, un temps, professeur de gestion, de développement territorial et de marketing. Il a surtout été un dirigeant d’entreprises (le directeur général adjoint de Lesieur puis le président de deux grands groupes de conseil). Dans deux gouvernements (l’un de droite, l’autre de gauche), il a également été Délégué interministériel à l’insertion des jeunes (particulièrement en responsabilité de l’animation du réseau des Missions locales), et connaît bien les problématiques de l’insertion et des jeunes en difficulté. À ce poste il a rencontré les acteurs des missions locales qui l‘ont « profondément transformé ». Il est ensuite entré au CESE (Conseil Economique, Social et Environnemental) où il a appréhendé l’ampleur du  monde associatif. Il a écrit de nombreux livres dont Aux actes citoyens ! où il explique que les associations constituent une large part du « tissu conjonctif nourricier de notre vie citoyenne engagée » : les associations sont partout et pourtant on ne les voit pas. Auparavant, il a été engagé en parallèle de sa vie professionnelle au Secours catholique et dans diverses associations à missions sociales.


France Bénévolat est un double réseau. L’association regroupe 6 000 associations dont les 80 plus grands réseaux qui en sont les fondateurs, ainsi que 1 000 bénévoles répartis en 80 centres et 208 antennes, et 15 salariés.

La vocation de France Bénévolat est simple : développer en France l’engagement bénévole associatif. Tout d’abord en en assurant la promotion pour le mettre en action sur le long terme. Cela passe notamment par des prises de paroles, écrites ou orales, des livres, des études, des évènements et des témoignages.

Ensuite, sur le terrain, il s’agit d’établir sur tout le territoire, via les multiples centres et antennes répartis dans la France entière, des connexions durables entre les bénévoles qui cherchent à s’engager et les associations qui cherchent des bénévoles susceptibles d’apporter leurs contributions :  il s’agit d’un « travail d’intermédiation qui se réalise en profondeur d’une façon  inter associative ». Hervé Serieyx, qui n’a pas le vocabulaire de son âge, utilise volontiers la comparaison avec Meetic, pour traduire cette mission « d’intermédiation active ».

Enfin, France Bénévolat veille à ce que le bénévolat ne soit pas du salariat gratuit et à ce que les bénévoles soient valorisés. France Bénévolat a ainsi créé le Passeport Bénévole qui est reconnu dans le processus de la VAE (valorisation des acquis de l’expérience).

La mission principale, finalement, selon Hervé Sériyex, « c’est de susciter dans une société souvent inquiète, parfois repliée, compartimentée et fragmentée, le goût de l’engagement bénévole et l’envie de situer celui-ci dans le monde associatif ».  Cet engagement permettrait de « vitaliser nos associations pour peu que tous ceux – très nombreux dans le pays - qui croient à la démarche viennent apporter leur contribution au changement, même modeste, de leur propre environnement » en y conjuguant, avec d’autres, leur conviction que « c’est possible », leur collaboration à l’action  collective et « des yeux qui brillent ».

Il y a en France 20,9 millions de bénévoles, dont 12, 7 millions engagés dans des associations (France Bénévolat - Ifop). Hervé Sérieyx a écrit avec Dominique Thierry un livre, Génération placard, génération espoir (édité chez Maxima), qui établit des constats et des lacunes. Pour multiplier encore le nombre de bénévoles, et particulièrement de bénévoles réguliers, les associations doivent davantage « expliquer ce qu’elles font ».  Pour éviter les saupoudrages souvent inefficaces d’argent public, les associations doivent être à la fois capables de « présenter clairement ce qui constitue leur véritable valeur ajoutée », de savoir monter des projets communs avec d’autres associations et le cas échéant d’organiser avec d’autres une mutualisation de leurs moyens. Il dénonce les associations « qui ne continuent que parce qu’elles ont commencé et ont parfois perdu en route le sens du projet qui, à l’origine, les justifiait ».

Selon Hervé Sérieyx, on s’engage pour quatre raisons : le sens, le lien social, l’utilité et le plaisir. Ensuite, il s’agit de faire repartir à la hausse le nombre de bénévoles réguliers : « L’efficacité associative ne peut pas être le résultat d’une suite de coups de cœur ponctuels. » Il faut une pédagogie de l’engagement, accompagnée de formation, de valorisation et d’accueil. Autre point important selon lui : « Il devient de plus délicat, mais aussi de plus en plus essentiel de renouveler la gouvernance des associations. » Ce qui est difficile, c’est qu’il « faut réussir cette évolution de la gouvernance largement à partir de ceux qui, de l’intérieur connaissent et comprennent la complexité de l’association : les parachutages de l’extérieur sont rarement des réussites, car il n’y a pas de monde plus complexe que le monde associatif ». En effet, « on ne manage pas un bénévole » : il faut des « entraîneurs », des bénévoles contagieux », car le « bénévolat se transmet de façon virale ».

Enfin, il faut intégrer la culture numérique. Il conseille la lecture du livre de Michel Serre, Petite Poucette. Les jeunes ne comprennent guère qu’on n’utilise pas mieux, davantage et plus intelligemment le numérique. Cependant, il insiste : « Il ne faut pas d’uberisation du bénévolat ! », c'est-à-dire la « création de plateformes qui répartiraient des missions de bénévolat entre des individus qui n’œuvreraient pas ensemble ». L’efficacité du monde associatif vient précisément de sa capacité à multiplier les actions collaboratives. France Bénévolat a modernisé son site, entre autres, après consultation auprès des jeunes.   

Ce qu’Hervé Sérieyx souhaite transmettre, c’est à la fois « la passion de l’engagement personnel au sein de l’action collective, la confiance dans l’efficacité de cette approche pour rendre notre société plus humaine et plus heureuse, mais aussi l’esprit de persévérance ; un esprit qui s’applique aussi bien à la jeunesse qu’aux bénévoles de tous âges ». Nous concluons nos échanges et Hervé Serieyx de citer Yann Moix, preuve qu’il n’a pas non plus les références de son âge : « L’échec n’est pas le contraire de la réussite, c’est son brouillon. »

 

Photo : France Bénévolat 

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