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[Entretien] Marie-Pierre Aulas, déléguée générale Fondation Dassault Systèmes

[Entretien] Marie-Pierre Aulas, déléguée générale Fondation Dassault Systèmes
Concentrée au début de sa carrière sur l'image de la science à la télévision Marie-Pierre Aulas a ensuite produit des films scientifiques et rencontré l'entreprise de haute technologie Dassault Systèmes à cette occasion. Accepter la direction d'une fondation ayant pour ambition de mettre la 3D au coeur de l'éducation pour faire naître des carrières d'ingénieur lui a semblé tout naturel. Elle croit en un mécénat de plus en plus impacté favorablement par les évolutions technologiques comme en atteste le développement des plateformes collaboratives.


Quel parcours professionnel vous a amenée à la tête de la Fondation Dassault Systèmes ?

Le partage des connaissances et la vulgarisation scientifique constituent le fil conducteur de mon parcours professionnel. Après des études de chinois à l’Institut des Langues Orientales ( Langues O’) je suis entrée au CNRS Images/média. J’ai été chargée de monter un colloque sur l’image de la science à la télévision en Chine, puis dans le monde. Ma mission avait en effet deux aspects : faire le bilan de la présentation de la science dans les médias des principaux pays, y compris sur le continent africain d’une part, organiser des rencontres entre la communauté scientifique et les médias pour monter des émissions scientifiques à la télévision d’autre part. Ce travail a, par exemple, contribué à la valorisation des émissions comme C’est pas sorcier en France. 

Une expérience qui a duré six ans et m’a donné envie d’aller au-delà de l’analyse et de produire moi-même des films scientifiques. Raison pour laquelle j’ai passé les dix années suivantes dans la société de production Gedeon programmes, leader dans la réalisation de programmes scientifiques pour la télévision, le cinéma ou les entreprises. Une expérience qui me sert beaucoup aujourd’hui, car elle m’a appris à avoir une ligne éditoriale claire et forte, à gérer des équipes et des budgets, à rassembler beaucoup de métiers autour d’un même projet.

En 2007 Dassault Systèmes a monté un programme Passion for Innovation proposant d’aider les porteurs de projets innovants à réaliser leur rêve. C’est dans ce cadre que j’ai produit le film Kheops révélé qui permettait grâce à la 3D de modéliser la théorie de l’architecte Jean-Pierre Houdin sur la construction mystérieuse de la pyramide. Et découvert les outils incroyables en constante innovation de Dassault Systèmes. Quelques années plus tard, je rejoignais le programme Passion for Innovation pour produire des films et développer les partenariats.

Il y a quelques mois la direction du groupe Dassault Systèmes m’a proposé de créer et de mettre en œuvre la Fondation. Je n’ai pas hésité.

 

Quelles sont les ambitions de cette nouvelle fondation?

L’idée de départ est de créer un cadre au mécénat de Dassault Systèmes et de lui donner une ligne éditoriale forte.

L’ambition de la fondation est de transformer l’avenir de l’éducation et de la recherche en s’appuyant sur les puissantes possibilités d’apprentissage et de découverte offertes par la technologie 3D et les univers virtuels. Elle va accorder des bourses et fournir des contenus numériques ainsi que des compétences dans le domaine des technologies virtuelles à des projets d’éducation et de recherche menés par des établissements universitaires, des instituts de recherche, des musées, des associations, des centres culturels ou d’autres organismes d’intérêt général tournés vers l’avenir. Mettre la 3D au cœur de l’éducation devrait susciter l’intérêt des étudiants en faveur de disciplines comme les sciences, les mathématiques et la technologie. Et faire naître des carrières d’ingénieurs dont on a tant besoin, y compris chez les filles. Avec un périmètre d’intervention qui est pour l’instant celui de l’Union européenne.

Elle soutient déjà trois projets : 

Digital farm Project grâce auquel « Des étudiants du monde entier façonnent l'avenir de l'agronomie ». L’ENIM (École Nationale d’Ingénieurs de Metz), et l’Institut polytechnique d’agronomie La Salle Beauvais ont développé ce projet de fin d’études international, collaboratif et multidisciplinaire. Cette année l’objectif est de créer un drone qui va cartographier les champs et transmettre des informations à un robot terrestre pour faire du désherbage localisé. Cinquante étudiants vont participer à ce projet réparti dans 11 universités regroupant des étudiants d’Argentine, Brésil, Colombie, Corée du Sud, France, Irlande, Mexique et Pérou. 

Elle finance un projet de pédagogie innovante pour lutter contre le décrochage scolaire avec la Fondation des Apprentis d’Auteuil permettant à des jeunes collégiens en grande difficulté scolaire d’expérimenter la conception d’un projet en 3D jusqu’à sa concrétisation grâce à l’imprimante 3D.

Enfin la Fondation Dassault Systèmes soutient un projet de l’Académie de Versailles  qui vise à créer des contenus innovants en 3D, facilitant un apprentissage individualisé et stimulant l’autonomie et la créativité des élèves. L’objectif est d’instaurer des pratiques innovantes dans les sections de la voie professionnelle constituées parfois d’élèves issus de milieux difficiles (CAP et Bac Pro consacrés à la maintenance automobile). Ces élèves considèrent souvent l’école comme un lieu d’échecs. Il s’agit de s’assurer qu’ils sortent avec un diplôme, mais surtout de leur redonner confiance en eux. Le projet est supporté par l’ANFA (Association Nationale pour la Formation Automobile) et a pour vocation d’être largement diffusé auprès des autres académies de France et des professionnels de l’automobile.

 

Comment voyez-vous l’évolution du mécénat ?

Le mécénat est de plus en plus impacté par les innovations et usages qui surgissent dans le monde économique en général. Les maîtres mots sont aujourd’hui « économie participative, et collaborative » rendue possible grâce aux plateformes technologiques qui émergent.  L’utilisation de ces outils numériques révolutionne la manière de concevoir le monde enfaçonnant différemment les actions de mécénat. Ils permettent de fédérer massivement les bonnes volontés qui souhaitent construire ensemble des projets fondés sur des valeurs communes tout en abolissant les frontières géographiques. 

Les plateformes sont utilisées par les structures traditionnelles de mécénat déjà très organisées et établies, mais également par des structures nettement plus modestes qui, il y a quelques années encore, n’avaient pas les moyens de s’offrir des campagnes de communication. Ces microstructures porteuses de projets sont comparables aux makers (le monde du DoItYourself – « faites par vous-même ») dans l’Industrie. Comme eux, elles ont su tirer parti de l’innovation collaborative en ligne, en utilisant toutes les forces qui ont émergé dans le numérique ces dernières années. Et côté donateurs, elles ouvrent aux citoyens de nouvelles possibilités en étant plus proches de ce qu’ils souhaitent soutenir.

L’Expérience du partage, du construire ensemble est renforcée et facilitée. De nouvelles synergies sont rendues possible grâce au digital qui bouscule, renforce et dynamise les codes et les usages. Voilà toutes les raisons pour lesquelles j’ai confiance en l’avenir d’un mécénat toujours plus solidaire, développé en soutien à des actions toujours plus variées et innovantes. 

 

 

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