[Entretien] Charles-Benoît Heidsieck, président fondateur du Rameau

[Entretien] Charles-Benoît Heidsieck, président fondateur du Rameau
Charles-Benoît Heidsieck a consacré une bonne partie de sa carrière au conseil en stratégie. Une expérience ayant abouti à la création d'un lieu de réflexions prospectives pour développer des solutions innovantes au service du bien commun. En s'appuyant sur la dynamique de la coconstruction le Rameau aide les entreprises et associations à bâtir de nouvelles alliances.


Comment est venue l'idée de créer le Rameau, ce laboratoire de recherche au service du bien commun ?

La création du Rameau en 2006 est née d'une intuition très forte qu'aucun acteur ne pouvait avoir seul les réponses aux enjeux économiques, sociaux, environnementaux de notre monde. Et que la solution passait par une mobilisation de l'ensemble des regards et des dynamiques. C'était avant la crise financière de 2008 et j'avais le sentiment que nous assistions à une transformation du monde aussi importante que celle générée par la philosophie chez les Grecs ou par la Renaissance. Cette transformation me semblait exiger une action collective à condition de se placer dans un temps long.

La première condition de réussite du projet était donc de se donner du temps. La deuxième était de passer de la suspicion à la confiance, un enjeu profond de notre société, la troisième de rattraper notre retard dans le décloisement de notre société par rapport au reste du monde.

En 2006 personne ne savait ce que voulait dire la coconstruction du bien commun. La rencontre de plus de 200 dirigeants d'entreprises et d'associations nous a convaincus de la nécessité de créer un acteur susceptible d'éclairer les décideurs sur la dynamique de la coconstruction.

Le Rameau est parti du terrain, en intervenant auprès des gouvernances d'organisations au moment où elles réfléchissent sur leur stratégie et se projettent à trois ou cinq ans. Car c'est le moment où elles abattent leurs cartes, elles sont à la fois fragiles car n'ont pas la solution et fortes car se posent des questions. Nous avons travaillé auprès de 400 organisations se projetant dans leur avenir et cela a permis de voir si elles intégraient ou non une stratégie d'alliance comme levier dans leurs actions. Ce n'était pas un sujet il y a dix ans. Aujourd'hui aucune organisation ne s'en passe.

Le laboratoire a observé sur cinq à sept ans -le temps qu'il faut pour passer de la graine au fruit- ce que ces stratégies d'alliance pouvaient produire.

 

Comment fonctionne le Rameau aujourd'hui ?

L'intuition d' il y a dix ans est devenue réalité et nous sommes aujourd'hui convaincus que nous avons tous à planter la graine de la coconstruction. L'équipe du Rameau est actuellement constituée de huit permanents et autant de contributeurs réguliers.

En partenariat avec la Caisse des Dépôts nous avons créé en 2008 l'Observatoire des Partenariats. Il a pour objectif de qualifier les enjeux des relations entre les structures d'intérêt général et les entreprises, d'identifier les pratiques innovantes, de suivre l'évolution des dynamiques d'alliance en France. En moins de dix ans les partenariats associations entreprises se sont considérablement développés. 46% des associations et 60% des grandes entreprises sont engagées dans des stratégies d'alliance et c'est 36% pour les petites et moyennes entreprises et 20% pour les très petites. Et la démarche est d'abord réalisée pour des questions d'innovation. 86% des dirigeants d'associations et 80% de ceux des entreprises souhaitent inventer des solutions dépassant les enjeux de la seule solidarité.

Aujourd'hui le Rameau est aussi un centre de ressources numériques pour que les territoires se nourrissent des expériences. Nous avons accumulé beaucoup de pratiques concrètes pouvant servir d'outils et de méthodes aux autres. Nous mettons nos travaux de recherche en open source. Pour donner une vision systémique, pour outiller les organisations des territoires, pour aider à l'appropriation des outils de formation permettant de s'approprier la dynamique d'alliance.

On travaille sur les réseaux intéressés par le sujet et les pouvoirs publics. Pour faire comprendre les transformations et former ceux qui veulent saisir cette opportunité.

On passe d'une relation d'échange à la logique d'alliance, d'un face à face à un côte à côte, de manière à ce qu'un plus un égale trois.

Et c'est pour le moment bien plus visible au niveau des territoires qu'au niveau national. Le premier rapport régional est sorti fin mai à Nantes et les régions Rhône-Alpes et Alsace ont pris de l'avance.

 

© H Thouroude

 

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