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[D'AILLEURS] Voyage au cœur de l’Afrique

[D'AILLEURS] Voyage au cœur de l’Afrique
Au cœur de la grande forêt vierge d’Afrique centrale, à la frontière entre la République du Congo, le Cameroun et la Centrafrique vivrait un immense animal inconnu. Son nom : Mokélé-mbembe, « celui qui peut arrêter le flot de la rivière », en langue lingala. L’explorateur français Michel Ballot le recherche inlassablement depuis une quinzaine d’années, tout en profitant de ses voyages vers ces zones reculées pour apporter vivres et médicaments aux populations locales. Pour Carenews Journal, nous l’avons suivi lors de sa dernière expédition.


Troisième jour d’expédition. La route poussiéreuse s’enfonce comme un sillon entre deux imposantes murailles végétales. Il y a maintenant plus de huit heures que nous avons quitté la bourgade de Yokadouma, et roulons vers Salapoumbé, un petit village perdu aux confins des pistes dans l’est du Cameroun, à l’orée de la deuxième jungle tropicale la plus vaste au monde (après l’Amazonie). Notre chauffeur est soucieux. Déjà le crépuscule dévore la cime des grands arbres, et ici « les nuits ne sont pas sûres », nous glisse-t-il, tout en poussant à plein régime le moteur fatigué.

« Ce genre d’aventures doit obligatoirement comporter une composante sociale...  »​

À l’avant du véhicule, Michel Ballot, la cinquantaine, une barbe de trois jours et un regard délavé par des années de brousse. C’est l’un des derniers explorateurs de notre temps, mais un explorateur solidaire, qui aime profondément cette forêt qu’il a arpentée de long en large à la recherche du Mokélé-mbembe. Il n’en existe aucune image, mais on sait, d’après les milliers de témoignages recueillis par les nombreuses expéditions qui sont parties sur sa trace depuis plus d’un siècle, qu’il ressemblerait à un dinosaure sauropode de petite taille et passerait la moitié de son temps terré au fond des grands fleuves d’Afrique Centrale.  

« Ce genre d’aventures doit obligatoirement comporter une composante sociale, explique Michel Ballot. Nous travaillons dans des régions d’une extrême pauvreté, où le chômage et la corruption sont endémiques. Ajoutons à cela le braconnage des éléphants, qui atteint des niveaux jamais vus par le passé, l’exploitation illégale du bois et du minerai précieux, et c’est la forêt entière qui risque de disparaître. »

Les premiers habitants de cette immense forêt sont les Pygmées de l’ethnie Baka. Sœur Geneviève Aubry les connaît bien. Cette religieuse vit depuis plus de 40 ans dans la forêt camerounaise. Face à l’avancée implacable des machines et des hommes, ce précieux écosystème se réduit comme une peau de chagrin, poussant les Pygmées – peuple nomade à l’origine – à s’entasser autour des villages, dont Salapoumbé, où grâce notamment au soutien de l’association de Michel Ballot (l’association Ngoko), Sœur Geneviève a pu construire un hôpital, une maternité et bientôt une école.

« Avant, il n’y avait ici qu’un petit centre de santé, et pas de médecin, raconte Sœur Geneviève. Pour se soigner, il fallait parcourir des dizaines de kilomètres sur de mauvaises pistes. Beaucoup de patients étaient condamnés à une mort certaine, et notamment les Pygmées qui n’avaient pas les moyens de payer leurs soins. Ici, à l’hôpital de Salapoumbé, nous soignons tout le monde, gratuitement. » L’aube se lève à peine sur le village forestier que déjà une file de patients attend devant la porte de l’hôpital. Assise sur une chaise en plastique, une femme enceinte est sur le point d’accoucher. Avec une économie de gestes et de paroles, mais un regard doux et bienveillant, Sœur Geneviève donne des directives aux infirmières qui accompagnent la jeune femme jusqu’à la maternité.

« L’enfant naîtra dans quelques heures, sourit-elle. Depuis la création de l’hôpital, en 1997,  nous effectuons 25 opérations chirurgicales par mois. Nous avons des services de gynécologie, de pédiatrie, un laboratoire… » Le travail accompli par Sœur Geneviève est monumental, mais les défis du quotidien restent importants : outre les fonds qui manquent toujours, notamment pour achever l’école – le dernier défi de Sœur Geneviève qui, à 75 ans, envisage de passer la main –, l’approvisionnement en médicaments reste le nerf de la guerre.

« À chaque voyage, raconte Michel Ballot, nous apportons à l’hôpital des cartons de médicaments donnés par l’hôpital de Monaco avec qui nous avons un partenariat. Ce n’est pas suffisant, mais cela permet à Sœur Geneviève de sauver des vies comme elle le fait depuis 40 ans. »

Septième jour d’expédition. Nous sommes sur une pirogue, et remontons le courant vers le village de Ndongo, perdu sur les rives du Dja, dernière trace humaine avant l'enfer vert. À tribord, le Cameroun. À bâbord, le Congo. Et tout autour de nous, le foisonnement miraculeux des plantes et des êtres qui jouent ensemble l’assourdissante symphonie des forêts vierges. Ndongo est composé de quelques maisons de tôle et de bois que la forêt ronge un peu plus chaque jour. C’est ici qu’André, le maître d’école, a construit une salle de classe avec quelques planches, et beaucoup d’amour. Une vingtaine de ses élèves sont des Pygmées Baka.

« Les Baka souffrent du problème qu’ont les peuples isolés débarquant dans le monde moderne, explique-t-il. Ils n’ont pas leur place et, clairement, ne sont pas les bienvenus. Surtout dans un environnement où les ressources sont limitées. Cela a été très difficile pour moi de faire accepter le fait que les Pygmées devaient eux aussi recevoir une éducation. Et pourtant, on a découvert que ces enfants de la forêt avaient des capacités extraordinaires en physique et en mathématiques. Peut-être cela vient-il de leur don inégalé pour comprendre la nature. ». C’est en écoutant les récits des Pygmées que Michel Ballot s’est lancé sur la trace du Mokélé-mbembe. Car cette légende, c’est avant tout la leur, le monstre des fleuves étant un élément important de leur mythologie. Suivant les indications des Baka nous continuons notre périple sur le fleuve Dja. Après Ndongo, il n’y a plus rien, juste le néant vert, et celui des eaux boueuses sous lesquelles glissent parfois des ombres mystérieuses.

Nous apportons à l’hôpital des cartons de médicaments donnés par l’hôpital de monaco avec qui nous avons un partenariat.

Deux jours encore, et nous découvrons une île sablonneuse qui n’apparaît qu’en saison sèche. Cette île est recouverte de centaines de traces de caïmans. Nous décidons d’accoster et soudain, nous tombons sur une série d’énormes empreintes, mesurant environ 80 centimètres sur 60. Michel reste silencieux, l’œil brillant, le souffle court. Il sait que nous venons de faire une découverte exceptionnelle.

Les experts du muséum d’histoire naturelle nous le confirmeront : ces empreintes appartiennent bien à un grand animal dont l’espèce leur est inconnue. Nous ne le verrons pas cette fois-ci, mais déjà Michel Ballot et son équipe planifient une autre expédition pour la prochaine saison sèche, à l’hiver 2017.  « Que nous parvenions à l’observer ou non, conclut Michel, si la recherche de cette créature peut aider à sensibiliser le monde sur le sort la forêt et de ses habitants, ce sera déjà une magnifique victoire. »

Pour plus d’informations sur la recherche du Mokélé-mbembe et l’association Ngoko

 

Crédit photo : A. Brecher

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